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  • Le Nigeria révoque la licence de production d'un médicament contre la drépanocytose

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C’est la fin d’un longue histoire : les tentatives, suivies dans le monde entier, de commercialiser un médicament de source locale se sont soldés par un échec, après que l'entreprise chargée de la production du traitement s’est vu retirée sa licence.

Le Nicosan – un médicament à base de plantes traditionnelles utilisées contre la drépanocytose – était fabriqué par la société Xechem, au Nigeria, depuis 2003.

L’Institut nigérian pour le Développement et la Recherche pharmaceutique (NIPRD) a désormais révoqué la licence de cette société, d’après des documents obtenus par le Réseau Sciences et Développement (SciDev.Net).

Ce retrait arrive alors que la production du médicament a stoppée, privant ainsi de nombreux drépanocytaires nigérians d’un médicament pour alléger leurs souffrances.

Cela met un terme à un feuilleton de six ans d’accusations de détournement de fonds et de prêts bancaires à l’encontre de Xechem International et de sa filiale Xechem Nigeria . En novembre 2008, Xechem International a introduit une demande de liquidation judiciaire aux Etats-Unis et est proposée à la vente aux enchères aujourd’hui (16 mars).

Le Nicosan (commercialisé précédemment sous le nom de Niprisan), est un médicament à base d'extraits de plantes ouest africaines, dont les propriétés contre la drépanocytose étaient connues par des générations successives d'une famille nigériane.

Près de 12 millions de personnes souffrent de cette maladie génétique, particulièrement douloureuse. Pour Charles Wambebe, président-directeur général de l'Institut international de Recherche biomédicale (IBRI) d'Abuja, au Nigeria, il s’agit 'probablement du problème de santé publique grave le plus négligé sur le continent africain' .

La famille qui détenait à l’origine la recette du médicament a signé un protocole d'accord pour son développement avec l'Institut nigérian pour le Développement et la Recherche pharmaceutique. Cet accord novateur fut largement présenté comme un bon exemple de 'partage des bénéfices' – permettant aux groupes vulnérables de participer aux profits de la commercialisation de produits locaux.

En 2003, Xechem a acquis, dans une manoeuvre controversée, les droits de production du Nicosan. Au mois de février de l’année dernière, sa filiale, Xechem Nigeria, a déclaré produire quelque 50 000 capsules par an (voir Controverse autour d'un médicament contre la drépanocytose).

Mais au cours du mois suivant (mars), une plainte pour fraude a été déposée auprès de la Commission nigériane des Crimes économiques et financiers contre Xechem Nigeria, le plaignant affirmant que US$ 3,5 millions de fonds publics provenant du gouvernement nigérian et destinés à la fabrication du médicament, avaient été détournés.

Xechem avait par ailleurs emprunté près de US$ 4 millions à une banque nigériane et US$ 4 millions à une banque américaine. L'utilisation de ces emprunts a également suscité des interrogations.

Que le NIPRD envisageait la révocation de la licence de Xechem, les rumeurs circulaient depuis quelques mois déjà. Une source a affirmé à SciDev.Net que la société n’avait pas respecté ses engagements, notamment dans la production de rapports trimestriels et le paiement de royalties

Pourtant, interrogé à ce sujet il y a deux semaines, Ireti Onivide, directeur general de Xechem Nigeria prétend que les rumeurs concernant la licence étaient “non fondées”.

“Nous produisons le médicament et il est sur le marché. Vous pouvez le trouver dans les pharmacies Lawcas ou Cutteman à Abuja, JKK ou Medcloth à Lagos. Il n’est pas disponible partout parce que nous devons nous assurer que les installatins de stockage sont appropriées” dans les lieux de vente.

Il a déclaré que la société mère, Xechem International, a introduit une demande de liquidation judiciaire (voir Un depot de bilan menace la prise en charge locale des drépanocytaires), dans le seul but ”de protéger la compagnie nigériane. Cela ne nous a pas affecté”.

Or, une enquête menée par SciDev.Net au cours des dernières semaines a revelé que le medicament n’était pas disponible dans les principales pharmacies du Nigeria.

Et un haut responsible gouvernemental qui souhaite rester anonyme a déclaré à SciDev.Net que Xechem avait arrêté ses activités de production depuis plus de deux mois, après avoir fonctionné au ralenti pendant 16 mois.

Wambebe, ancien directeur général du NIPRD a déclaré le mois dernier qu’il souhaitait voir le produit mis à la disposition de la population à un prix abordable. “C’est un sujet de grande préoccupation pour moi ; j’étais l’enquêteur en chef qui a initié la recherche sur le Nicosan et son développement.”

Dorothy Ogundu, un médecin et scientifique nigériane qui a travaillé aux Etats-Unis sur la commercialisation du Nicosan pendant cinq ans, a déclaré: “Je ne sais pas si je dois être triste ou en colère devant la tournure que prennent les évènements”.

Elle a affirmé dans un e-mail qu’elle a travaillé sur le médicament “parce que je croyais qu’il était nécessaire d’offrir un répit aux personnes affectées par la drépanocytose, une maladie qui a causé des dégâts chez les nigérians".

“Je considère ceci comme une mésaventure sur tous les plans, la mise à mort de la poule aux oeufs d’or, pendant que ceux qui auraient dû intervenir n’ont rien fait."

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