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  • La carte mondiale du paludisme pourrait orienter les stratégies de lutte

Des chercheurs ont dressé ce qu’ils affirment être la première carte mondiale des taux d’infections palustres en plus de 40 ans, dans le but d’éclairer les stratégies en matière de lutte contre cette maladie et d’en évaluer les progrès.

La carte montrant l’étendue de l’infection due au Plasmodium falciparum, le plus dangereux type de parasite responsable du paludisme, sera publiée aujourd’hui (24 mars) dans PLoS Medicine. Elle a été dressée par le Projet d’atlas du paludisme (Malaria Atlas Project, ou MAP), une équipe multinationale comptant plus de 200 chercheurs.

Pour établir la carte des zones à risque du paludisme, les chercheurs se sont appuyés sur des données provenant de près de 8000 enquêtes chiffrant, dans des zones sujettes au paludisme, le nombre de personnes portant le parasite dans le sangen 2007,.

Ils ont ainsi découvert que les personnes vivant dans des régions hautement exposées au paludisme sont moins nombreuses qu’on ne le pensait précédemment. Environ 70 pour cent des 2,4 milliards de personnes dans des régions sujettes au paludisme vivent dans des zones à faible risque, où les modèles mathématiques prévoient que de simples interventions telles que le recours aux moustiquaires pourraient éradiquer la maladie.

Pour Bob Snow, l’un des auteurs du rapport travaillant à l’Institut de Recherches médicales du Kenya et à l’Université d’Oxford du Royaume-Uni,  “la carte nous montre, chose étonnante, que la majeure partie du monde endémique est en fait exposé à un très faible risque“.

L’Amérique latine est donc à considérer à faible risque, tout comme la majeure partie de l’Asie centrale et du Sud-Est, bien qu’il subsiste dans ces régions des poches de transmission intermédiaire voire élevée de temps à autre.

La carte montre toutefois que le risque de contracter la maladie reste élevé en Afrique centrale et en Afrique de l’Ouest.  La lutte contre cette maladie, plutôt que son éradication, devrait donc y être l’objectif à atteindre au cours des dix prochaines années. D’après les estimations, 98 pour cent de l’ensemble des personnes vivant dans des zones à risque, sont en Afrique.    

La carte sera également utile pour les décideurs politiques, affirme Simon Hay de l’Université d’Oxford, directeur du projet.

“Nous pouvons à présent dire avec exactitude combien de moustiquaires sont nécessaires dans un pays, dans quelles régions elles devraient être distribuées, dans quels cas elles sont susceptibles d’être plus que suffisantes et dans quelles circonstances nous devons envisager de faire des efforts supplémentaires, tels que la pulvérisation de l’intérieur des maisons“, a-t-il expliqué au Réseau Sciences et Développement (SciDev.Net).

Pour Richard Feachem, directeur du Global Health Group (Groupe pour la Santé mondiale) à l’Université de Californie San Francisco, la carte servira de mesure d’encouragement pour les 39 pays qui se sont engagés à éradiquer la maladie – car tous sont identifiés par la carte comme étant à faible risque.

Mais pour Richard Cibulskis, épidémiologiste auprès du Programme mondial de lutte antipaludique de l’OMS, s’il est vrai que la carte sera utile pour l’élaboration des politiques à l’échelle planétaire, elle pourrait s’avérer moins appropriée à l’échelle d’un pays.  En effet, le manque de points de données “la rendrait bien imprécise pour certains pays“.

Les pays souhaitant utiliser ces données serait confrontés à iun autre obstacle, ajoute’-t-il : leur capacité limitée d’analyse des données et de surveillance des programmes de lutte et d’éradication.

La carte et ses données sont disponibles en ligne gratuitement et seront actualisées chaque année. Un projet de cartographie mondiale pour le parasite du paludisme Plasmodium Vivax est également à l’étude. 

 

 

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