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  • L’utilisation des larvicides 'réduit la prévalence du paludisme en milieu urbain'

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[DAR ES SALAAM] Des chercheurs en Tanzanie ont démontré que des larvicides peuvent neutraliser les moustiques avant qu’ils n’atteignent l’âge adulte, faisant reculer la prévalence du paludisme en zones urbaines - signe d'un probable retour en grâce de cette méthode dans la lutte contre la maladie. L'utilisation des larvicides a été abandonnée dans les pays en développement avec l'introduction du DDT (Dichloro-Diphényl-Trichloroéthane) au milieu du vingtième siècle. Les larvicides sont depuis devenues une source de polémiques, jugées onéreuses et peu durables.

Une équipe dirigée par Gerry Killen de l'Institut Ifakara pour la Santé a collaboré avec la municipalité de Dar es Salaam pendant trois ans afin d’identifier les meilleures méthodes d'application de deux larvicides, le Bacillus thuringiensis israelensis (Bti) et le Bacillus sphaericus (Bs). Il s'agit dans les deux cas de bactéries du sol qui tuent les larves de moustiques sans être toxiques pour l'être humain.

Trois quartiers de Dar, Buguruni, Kurasini et Mikocheni, recensant plus de 128.000 habitants ont été choisis pour les essais de ces larvicides pour une durée d’un an. Le Bti a été appliqué aux mares et aux marécages, et le Bs utilisé dans le traitement des latrines, des fosses sceptiques et des systèmes d'assainissement domestiques.

Les larvicides ont réduit à la fois le nombre de moustiques et la prévalence du paludisme. Les taux d'infection du paludisme chez les enfants de moins de cinq ans ont baissé de 72 pour cent, effet comparable, selon les chercheurs, à l'utilisation de moustiquaires imprégnées.

La méthode a ensuite été étendue à une zone comptant 600.000 habitants dans trente quartiers de la ville.

"Vous ne pouvez pas imaginer le nombre de moustiques qu’il y avait ici avant," dit Salim, un habitant de Buguruni. "Ces chercheurs nous ont aidé à nous débarrasser de cette nuisance."

Les programmes de lutte contre le paludisme sont souvent axés vers des zones rurales à haut risque. Or, selon les estimations, la moitié de la population de l'Afrique sera citadine d'ici 2030 et, pour Killen, contrôler ou éradiquer le paludisme dans ces zones pourrait être assez facile.

Pour Khadija Kannady, chef du programme de lutte contre le paludisme en milieu urbain (Urban Malaria Control Programme, ou UCMP) qui a réalisé cette étude, l’utilisation des larvicides serait une intervention viable et rentable. Le coût annuel de la protection d’un individu s’élève ainsi à US$ 0,5 centimes contre US$ 2 par personne pour les moustiquaires imprégnées. , Elle précise n éanmoins que ces deux approches doivent être complémentaires.

Prosper Chaki de l'Institut Ifakara pour la Santé, qui a participé à cette étude, relève l'importance de la collaboration des communautés locales, et note que l'application des larvicides se solde parfois par un échec si l’on ne peut accéder aux domiciles.

Cette étude a été publiée le mois dernier dans PLoS ONE (31 mars).

Lien vers l'article complet dans PLoS ONE

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