Rapprocher la science et le développement

  • L'OMS 'trop hâtive' dans sa décision d'arrêter la supplémentation en fer

Shares

[ABUJA] Selon les auteurs d’une nouvelle étude, les suppléments de fer devraient être donnés aux enfants dans les régions à forte prévalence du paludisme, et la décision de l’OMS de modifier ses directives en la matière a été hâtive.

Jusqu’en 2007, l’OMS recommandait l’administration de suppléments en fer aux enfants, afin de prévenir une déficience en fer et l’anémie.

Mais un essai de grande échelle mené à Zanzibar a conclu que la supplémentation en fer pourrait être associée à un risque accru d’hospitalisation, principalement des suites du paludisme et de maladies infectieuses, et de mortalité. L’OMS a ainsi été jugé bon deréviser ses directives.

Par le passé, certains estimaient que les suppléments en fer pouvaient contribuer à l’augmentation de la quantité de parasites du paludisme dans le sang.

Des chercheurs de l’organisation caritative Cochrane Collaboration ont analysé des données issues de 68 essais différents, sur un total de 42 981 enfants. Ils ont ainsi trouvé que les résultats et les décès liés au paludisme n’ont été signalés que dans 16 et 11 essais, respectivement.

Ils ont donc conclu que les suppléments en fer n’accroissent pas le risque d’infection par le paludisme si une surveillance régulière et des soins sont assurés. Les chercheurs affirment que l’OMS s’est ainsi trop fondé sur un seul essai pour modifier ses directives.

La chercheuse principale Juliana Ojukwu, affiliée au département de pédiatrie de l’Université de l’Etat d’Ebonyi au Nigéria, a déclaré au Réseau Sciences et Développement (SciDev.Net) que l’OMS s’est précipité dans son jugement.

"Si un enfant a besoin de suppléments en fer, nous en concluons qu’on ne doit pas les lui refuser, même s’il vit dans des régions où le paludisme sévit. Le fer est important dans la croissance et le développement de l’enfant, et dans la préservation d’un système immunitaire sain".

La mesure de l’OMS pourrait-elle se justifier dans l’absence d’un système de surveillance efficace ? Ojukwu répond : "Que vous donniez des suppléments en fer à un enfant ou pas, s’il vit dans des zones où le paludisme est endémique, il doit être suivi. Il nous faut mettre en place un système pour le suivi des parasites du paludisme chez les enfants."

"A notre sens, il ne semble pas justifié d’interdire les suppléments en fer aux enfants s’il le système de surveillance fait défaut. Même si nous n’avons pas mis en place un système de surveillance, les résultats globaux de notre analyse montrent qu’il faut continuer de donner du fer aux enfants ".

Bayo Fatunmbi du Programme mondial de lutte contre le paludisme de l’OMS a déclaré au Réseau Sciences et Développement que l’étude de Cochrane serait minutieusement examinée, et que l’OMS modifierait ses directives si des preuves assez solides le justifient.

" Nous allons certainement prendre au sérieux cette étude, et si les preuves le justifient, nous réagirons promptement et de la manière qu’il faut ", promet Fatumbi.

Lien vers le résumé de l’étude dans Cochrane Reviews

Republier
Nous vous encourageons à reproduire cet article en ligne ou sur support papier. La reproduction est libre de droit, suivant les termes de notre licence Creative Commons. Nous vous prions cependant de suivre ces directives simples :
  1. Vous devez créditer nos auteurs.
  2. Vous devez créditer SciDev.Net — dans la mesure du possible, veuillez insérer notre logo, avec un rétrolien vers l’article originel.
  3. Vous pourriez aussi simplement publier les premières lignes de l’article et ajouter ensuite la mention: "Veuillez lire l’intégralité de l’article sur SciDev.Net", avec un lien vers l’article originel.
  4. Si vous souhaitez aussi reprendre les images publiées avec cet article, veuillez vérifier avec les détenteurs de droits d’auteur que vous êtes autorisés à les utiliser.
  5. Le moyen le plus facile de reproduire l’article sur votre site est d’intégrer le code ci-dessous. 
Pour plus d’informations, veuillez consulter notre page media et nos conseils pour la reproduction.