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  • L'OMS lance un appel mondial contre la résistance du paludisme

LʹOMS vient de lancer un appel mondial aux gouvernements, aux agences, aux chercheurs et aux organisations non gouvernementales pour quʹils agissent contre la résistance croissante du parasite du paludisme envers son arme la plus puissante, le médicament à base dʹartémisinine.

Selon lʹOMS, si la résistance récemment découverte se propage, les formidables succès des campagnes contre le paludisme ayant été menées au cours des dernières années seront menacées. Lʹartémisinine est au cœur du traitement du paludisme dans le monde et aucun successeur évident nʹest connu à ce jour.

Lors dʹune conférence de presse qui sʹest tenue hier (12 janvier) après le lancement du ʹPlan mondial pour endiguer la résistance à lʹartémisinineʹ (PMCRA), la Directrice générale de lʹOMS, Margaret Chan, a déclaré que "les conséquences de la propagation de la résistance aux artémisinines seraient catastrophiques".

"Nous devons garder ce médicament. Ce qui est en jeu nʹest pas seulement les objectifs quant au paludisme mais, honnêtement, cʹest lʹensemble des Objectifs du Millénaire pour le développement auxquels il est lié", a déclaré Robert Newman, Directeur du Programme mondial de lutte antipaludique de lʹOMS.

La résistance à lʹartémisinine a été détectée dans le parasite Plasmodium falciparum, à la frontière entre le Cambodge et la Thaïlande dans le cadre dʹétudes menées entre 2001 et 2009. Depuis, elle a été signalée dans dʹautres zones de la Sous-région du Grand Mékong, et certains craignent que cette résistance ne se diffuse jusquʹen Afrique, où la plupart des décès causés par le paludisme sont recensés.

Le PMCRA préconise dʹintensifier la surveillance de la résistance et dʹaméliorer les possibilités de diagnostics et de traitements grâce à des thérapies combinée à lʹartémisinine (TCA) ; elle réclame également des recherches supplémentaires sur des sujets allant des nouvelles méthodes pour endiguer la résistance jusquʹà la modélisation mathématique de sa diffusion.

"Nous ne disposons pas de tout le savoir ni des outils dont nous avons besoin", a déclaré R. Newman en ajoutant quʹil devrait être prioritaire de trouver un moyen rapide de tester la résistance.

"Nous avons besoin dʹun marqueur moléculaire de la résistance aux médicaments qui nous permettra de savoir avec plus dʹavance où ce problème est susceptible dʹapparaître".

"La communauté de chercheurs doit sʹengager à développer de nouvelles catégories de médicaments antipaludiques qui ne tomberont pas dans le même piège de la résistance auquel nous somme confrontés avec les ACT", a-t-il ajouté.

Toutefois, il ne sera pas aisé de saisir les gènes du parasite responsables de cette résistance, selon Pascal Ringwald, coordinateur de lʹunité d’endiguement de la résistance au médicament du Programme mondial antipaludique de lʹOMS.

"Il a fallu 30 ans pour trouver le gène lié à la résistance à la chloroquine", a-t-il indiqué à SciDev.Net. "Le parasite contient des milliers de gènes mutants et le problème est dʹidentifier quelle mutation pourrait être liée à la résistance à lʹartémisinine".

"Aujourdʹhui, nous disposons de meilleurs outils moléculaires", a-t-il déclaré. "Je ne pense pas que cela prendra à nouveau 30 ans, mais cʹest très difficile et très coûteux".

Cet appel de lʹOMS vise également à apporter de nouveaux financements pour combler les 175 millions de dollars américains (133 millions dʹeuros) qui manquent, dʹaprès une estimation, pour réaliser ce projet. Jusque-là, le Department for International Development (DFID) britannique a accepté de financer un projet visant à améliorer la surveillance et à cartographier lʹétendue de la résistance.

Lien vers le rapport complet du ʹPlan mondial pour endiguer la résistance à lʹartémisinineʹ (en anglais)