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  • GAVI exhorté à faire fabriquer les vaccins pour l'Afrique en Afrique

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[LONDRES] Alors que les bailleurs de fonds vont se rassembler lors d'une rencontre importante sur les financements des vaccins pour les pays en développement, des activistes demandent que la production de vaccins soit transférée en Afrique dans le but de faire des économies et de contribuer au développement économique plus large du continent.

L'Alliance Mondiale pour les Vaccins et l'Immunisation (GAVI), une initiative public-privé, demandera lundi (13 juin) 3,7 milliards de dollars américains (2,8 milliards d'euros) au cours des quatre prochaines années, pour immuniser 243 millions d'enfants contre plusieurs maladies. Ce financement pourrait permettre de sauver quatre millions de vies, outre les cinq millions de décès d'enfants qu'il a empêché dans les pays en développement au cours des dix dernières années.

Or, d'après le Council on Health Research for Development (COHRED), basé en Suisse, presque tous les vaccins homologués par la GAVI sont produits en Europe, en Amérique du Nord, en Amérique latine et en Asie.

Dans une lettre ouverte, le COHRED déclarera, lors de la conférence de la GAVI, que "le développement durable pourrait être largement amélioré en Afrique si la production et la réglementation locales des vaccins étaient incluses dans les objectifs mondiaux".

Carel IJsselmuiden, Directrice du COHRED, a indiqué à SciDev.Net que "le transfert de la R&D, de la production, des capacités d'approvisionnement et de réglementation prendra du temps mais qu'il sera le gage d'un réel développement allant bien au-delà des questions spécifiques qui sont traitées".

"Il n'y a aucune raison pour que les objectifs fixés par la communauté internationale quant à la vaccination des enfants n'incluent pas le fait qu'au moins trois des vaccins, parmi ceux qui intéresse la GAVI, soient produits en Afrique au cours des cinq prochaines années".

Il existe en Afrique un seul producteur de vaccins ayant été approuvé ('pré-qualifié') par l'OMS, à savoir l'Institut Pasteur de Dakar, au Sénégal, qui fabrique des vaccins contre la fièvre jaune pour la GAVI.

L'Afrique du Sud est toutefois en train de créer l'Institut Biovac et la Tunisie accroît sa capacité à produire des vaccins. D'après le COHRED, d'autres pays africains, tels que le Kenya et l'Ouganda, disposent également d'établissements qui pourraient, avec un peu d'aide, devenir des producteurs de qualité.

Daniel Berman, Directeur adjoint de la Campagne pour l'accès aux médicaments de Médecins Sans Frontières (MSF), a déclaré à SciDev.Net que les pays en développement étaient en train de simplifier, rapidement, les processus de fabrication afin de produire des vaccins à un coût plus faible.

"Nous devons soutenir cette forte hausse de la capacité ; ils ont besoin de financements pour développer des produits et accéder à des savoir-faire tels que la propriété intellectuelle".

Julia Hill, conseiller politique sur les vaccins à MSF, a déclaré : "Nous pensons que la GAVI pourrait être plus forte si elle incluait des producteurs à bas coût au lieu de payer des entreprises qui ont initialement développé les vaccins pour qu'ils soient utilisés dans les pays plus riches. [Les vaccins] doivent être plus adaptés aux pays dans lesquels ils sont utilisés".

D'après MSF, les mécanismes de financement de la GAVI n'accordent pas assez d'attention à la garantie que les producteurs des pays en développement puissent concurrencer les entreprises pharmaceutiques internationales.

"1,5 milliard de dollars américains [1,14 milliard d'euros] de subventions a été accordé aux entreprises pharmaceutiques mais rien n'est fait pour accélérer le développement de produits compétitifs", a déclaré J. Hill. Par exemple, elle a indiqué que les fournisseurs des pays émergents avaient déclaré qu'ils pouvaient vendre des produits similaires à des vaccins anti-pneumococciques à 2 dollars américains [1,52 euros] la dose, c'est-à-dire un prix inférieur de 40 pour cent par rapport à celui payé par la GAVI.

En vue de la conférence, l'entreprise pharmaceutique GlaxoSmithKline a indiqué cette semaine qu'elle allait diminuer de deux tiers, soit 2,50 dollars américains (1,71 euro) la dose, le prix de son vaccin contre les rotavirus pour les pays pauvres, et d'autres grandes entreprises pharmaceutiques ont également annoncé des réductions de prix pour leurs propres produits.

Eric Buch, conseiller en santé pour le Nouveau partenariat pour le développement de l'Afrique, a déclaré que le Plan de fabrication des produits pharmaceutiques pour l'Afrique de l'Union Africaine préconisait déjà d'augmenter les capacités.

"Les fabricants des pays émergents d'Afrique ont fréquemment des difficultés avec les volumes [de médicaments] liés aux campagnes mondiales, mais nous pensons que les fabricants africains pourraient être capables de fabriquer une certaine proportion de ces volumes".

"Un appel d'offres affirmatif pourrait également encourager le transfert des technologies et inciter les fabricants occidentaux à établir des partenariats avec l'Afrique afin de développer ce [secteur]".

Lien vers la lettre du COHRED (en anglais)

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