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  • Des substances chimiques naturelles pour rendre les moustiques 'aveugles'

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[NAIROBI] D'après une étude, un ensemble de substances chimiques troublant la navigation des moustiques pourrait accélérer la lutte contre les maladies telles que la dengue et le paludisme.

Les moustiques détectent les bouffées de dioxyde de carbone (CO2) exhalé par les êtres humains et les utilisent pour suivre leur cible. Des scientifiques basés au Kenya et aux États-Unis viennent de découvrir trois catégories de molécules susceptibles d'interférer avec les récepteurs olfactifs des moustiques et d'entraver leur capacité à trouver des êtres humains à piquer.

Le CO2 est déjà utilisé dans les pièges à moustiques et des pièges contenant des odeurs humaines sont également en train d'être conçus. D'après les chercheurs, cette nouvelle stratégie permettrait toutefois de masquer la présence de l'homme.

"L'idée est de parvenir à bloquer un grand nombre de moustiques afin qu'ils ne puissent pas trouver les êtres humains, mais aussi à masquer de larges surfaces comme un jardin ou un habitat tel qu'une hutte", a indiqué Anandasankar Ray, coauteur de l'article qui a été publié ce mois-ci (2 juin) dans Nature, et entomologiste à l'Université de Californie, à Riverside, aux États-Unis.

Les chercheurs savaient que les mouches à fruits, qui ont des récepteurs de CO2 similaires à ceux des moustiques, sont attirées par les fruits mûrs, bien que ces fruits émettent du CO2 qui repousse généralement les mouches. Ils ont découvert que les fruits mûrs émettaient également certaines molécules qui bloquent la détection de CO2 par les mouches à fruits ; ils ont également identifié plusieurs composants qui ont le même effet sur les moustiques.

L'équipe a commencé par tester les molécules dans une soufflerie, dans laquelle du CO2 était libéré à une extrémité et des moustiques à l'autre extrémité. Les moustiques exposés aux molécules inhibitoires avant d'être lâchés ne parvenaient pas à atteindre l'autre extrémité.

Ils ont ensuite testé les odeurs dans une vaste enceinte à l'International Centre for Insect Ecology and Physiology de Nairobi. Les moustiques avaient été lâchés la veille dans une enceinte de huttes contenant soit du CO2 attractif, soit une combinaison de CO2 et des molécules récemment découvertes. Le lendemain matin, on comptait deux fois moins de moustiques dans les huttes contenant les molécules que dans les huttes non protégées.

"[Les substances chimiques] sont des molécules simples dont le prix d'achat est faible", a indiqué A. Ray en ajoutant qu'elles sont issues de sources naturelles telles que les fruits et les feuilles, mais qu'elles peuvent être produites synthétiquement en laboratoire si elles sont destinées à contrôler les moustiques.

Selon A. Ray, la méthode obtenue est efficace y compris si de faibles concentrations de substances chimiques ou de petits containeurs sont utilisés. Cela offre une alternative aux cylindres de CO2 qui sont utilisés pour la plupart des pièges et qui sont onéreux.

Les technologies de répulsion sont utilisées depuis des décennies sans que les personnes pauvres puissent y accéder en raison de leur coût élevé, a déclaré Elizabeth Juma, Directrice du Département du contrôle du paludisme au ministère de la Santé publique du Kenya.

Elle a toutefois signalé qu'il était probable que les moustiques finissent par trouver un moyen de vaincre ces répulsifs étant donné que le sang est crucial pour eux.

A. Ray a indiqué qu'il était nécessaire de mener des recherches supplémentaires sur les pièges, notamment des essais à grande échelle sur le terrain ou des analyses sur les risques, avant qu'ils soient prêts pour une production commerciale ; il a cependant commencé à travailler avec une entreprise basée aux États-Unis afin qu'elle produise les pièges à bas prix sur une base commerciale.

Lien vers l'article complet publié dans Nature (en anglais)

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