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Résistance antibiotique : une responsabilité partagée
  • Résistance antibiotique : une responsabilité partagée

Crédit image: Steve AllenUK

Lecture rapide

  • Toutes les classes d’antibiotiques sont concernées par la résistance des microbes

  • Cette résistance est due à des prescriptions inadaptées et à une mauvaise utilisation

  • L’Afrique subira de lourdes conséquences, avec près de 4 millions de victimes par an

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Trois agences internationales - l’Organisation Mondiale de la Santé (OMS), l’Organisation mondiale de la santé animale (OIE) et l'Organisation des Nations unies pour l'alimentation et l'Agriculture (FAO) -, appellent à redoubler d'efforts pour lutter contre la résistance antimicrobienne.

Lors de la semaine mondiale de la sensibilisation sur la résistance aux antibiotiques (WAAW) [2], qui a eu lieu du 13 au 17 novembre dernier, les trois organisations insistent sur le besoin de sensibiliser à la nécessité de préserver l’action des antibiotiques grâce à une utilisation appropriée chez les hommes, ainsi que chez les animaux.

Une étude d’AMR-Review [1] datant de mai 2016 estime que si rien n’est fait, quelque dix millions de personnes mourront chaque année du simple fait de la résistance des microbes aux antibiotiques.
 
De plus, "les coûts des soins de santé devraient augmenter de 25% dans les pays à faible revenu, si la résistance aux antibiotiques n'est pas contrôlée ; ce qui entraînerait un appauvrissement significatif", explique Liz Tayler, directrice technique du secrétariat à la résistance aux antibiotiques, à l’OMS.
 
Selon cette dernière, l’Afrique payerait d’ailleurs le plus lourd tribut à ce problème, avec quatre millions de victimes, parce qu’elle a le système de santé le moins performant et demeure le continent le plus touché par les maladies transmissibles comme la tuberculose et le sida.
 
"Effectivement, la résistance aux antimicrobiens est un réel problème en Afrique et un enjeu extrêmement important pour l’avenir, puisqu'il faudra trouver des alternatives à ces médicaments", confirme Alioune Badara Ly, directeur adjoint du Centre des opérations d’urgence sanitaire au ministère de la Santé du Sénégal.
 
Interrogée par SciDev.Net, Liz Tayler indique que "tous les antibiotiques sont concernés par ce problème de résistance".
 
Ainsi, pour la pénicilline développée en 1928, les premiers signes de résistance ont été enregistrés dès 1940. Préparés en 1948, les tétracyclines et les macrolides connaissent quant à eux des résistances depuis 1953 et 1985 respectivement.
 
Tuberculose
 
En conséquence, "pour la tuberculose par exemple, il faut maintenant des traitements de deuxième, voire de troisième lignes, parce que l’on rencontre de plus en plus de souches multirésistantes", témoigne Alioune Badara Ly.
 
Ce problème n’épargne pas la santé animale. Seulement, hormis les pays développés, "très peu de pays ont actuellement des systèmes pertinents de surveillance de la résistance des bactéries pour la santé animale", regrette Matthew Stone, directeur général adjoint de l'OIE.
 
Comme responsables de cette résistance, l’OMS pointe du doigt les médecins et les vétérinaires, d’un côté, et les patients de l’autre.
 
Les médecins sont accusés de souvent prescrire plus d’antibiotiques qu’il n’en faut ; tandis qu’il est reproché aux patients de les utiliser abusivement.
 
"Même dans les pays développés comme les États-Unis, on estime que jusqu'à la moitié des antibiotiques prescrits peuvent ne pas être appropriés", constate Liz Tayler.
 
Et l’OMS de souligner dans un communiqué que "là où ils peuvent être achetés pour une utilisation humaine ou animale sans ordonnance, la résistance est aggravée".
 
Le rapport de l’AMR-Review mentionne d’ailleurs que ce type d’utilisation représente 20 à 30% en Europe et culmine à 100% dans certaines régions d’Afrique.
 
Interpellation
 
Du coup, selon le site Resistancemap [3], le taux de résistance aux antibiotiques en 2015 atteignait 29% en Afrique du Sud, 58% au Kenya et 59% au Ghana.
 
D’où le rappel et l’interpellation de Liz Tayler : "La résistance survient lorsque les bactéries sont exposées aux antibiotiques. Les agents de santé doivent être les gardiens des antibiotiques et ne doivent les utiliser que pour traiter les infections bactériennes suspectées".
 
Aussi l’OIE organise-t-elle une campagne de communication intitulée "We need you to handle antimicrobials with care" [4]
 
"Nous avons fourni à l'avance les outils de cette campagne aux services vétérinaires nationaux pour leur permettre de les utiliser dans leurs pays respectifs", précise Matthew Stone.
 
Simultanément, les Etats se mobilisent tout autant. C’est ainsi qu’au Sénégal, "il y a eu l’élaboration d’un plan stratégique de lutte contre la résistance aux antimicrobiens", indique Alioune Badara Ly.
 
Enfin, l’OMS, l’OIE et la FAO ont créé un site web conjoint qui fournit des données et des informations sur l’utilisation des antibiotiques.

Références

[1] Tackling drug resistant infections globally - Final report and recommendations
[2] World Antibiotics Awareness Week
[3] Resistancemap : Portail interactif de cartes qui résument les données nationales et infranationales sur l'utilisation et la résistance aux antimicrobiens dans le monde
[4] "Nous avons besoin de vous pour manier les antibiotiques avec précaution".
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