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L’Afrique prépare un plaidoyer devant le Fonds mondial
  • L’Afrique prépare un plaidoyer devant le Fonds mondial

Crédit image: NIH Image Gallery

Lecture rapide

  • Le Fonds mondial veut ouvrir sa bourse à plus de pays pour combattre trois maladies

  • L’Afrique craint la baisse de sa part d’allocations avec l’arrivée de ces nouveaux pays

  • Le continent plaide pour le maintien des critères clés de l’attribution des subventions

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En prélude à la 38ème session du Conseil d’administration du Fonds mondial, qui se tient le mois prochain à Genève (Suisse), les deux circonscriptions africaines (1) de ce programme se sont réunies les 16 et 17 octobre 2017 à Addis-Abeba (Ethiopie), pour se préparer à faire face aux mutations que risque de connaître ledit Fonds, connu pour ses financements dirigés vers la lutte contre le paludisme, la tuberculose et le sida.
 
Parmi ces mutations, il y a des changements dans les critères d’éligibilité aux financements du Fonds mondial pour la période 2020-2022, afin d’y admettre d’autres pays bénéficiaires, ce qui n’est pas sans susciter une certaine inquiétude dans les rangs des Etats africains.

“Si la voix de l’Afrique n’est pas entendue, il y a des chances que les objectifs stratégiques du Fonds mondial ne soient pas atteints.”

Fred Muwanga

 
Fred Muwanga, directeur exécutif de l’African Constituency Bureau, l’organe qui coiffe les deux circonscriptions africaines, explique : "Le risque est qu’avec un plus grand nombre de pays bénéficiaires des financements, nous ne sommes pas sûrs que le montant actuel des ressources du Fonds mondial va également augmenter".
 
Du coup, sur le continent, d'aucuns redoutent une diminution des financements du Fonds mondial dans le prochain cycle de financement, d’où la réunion d’Addis Abeba, qui visait à accorder les violons des deux circonscriptions africaines du Fonds mondial, pour que l’Afrique parle d’une seule voix, lors du conseil d’administration de novembre.
 
Ce plaidoyer devrait porter sur le maintien comme prioritaires le fardeau des maladies et la situation économique des pays, parmi les critères d’éligibilité des Etats bénéficiaires des fonds.
 
"Nos pays subissent le plus lourd fardeau de ces maladies et ont en même temps des moyens économiques limités. Ces éléments ont jusqu’ici été des critères clés d’éligibilité", soutient Fred Muwanga.
 
"Les pays à faible revenu et à haut niveau de fardeau devraient rester prioritaires et être protégés contre les révisions susceptibles de réduire leur niveau de financement", renchérit Abdoulaye Cire Anne, point focal du Fonds mondial à Dakar, au Sénégal.
 
Augmenter les subventions
 
Concernant le sida, ce dernier pense même que "le Fonds mondial doit augmenter les subventions pour la prévention du VIH  (2), en particulier pour les jeunes femmes et les filles qui sont actuellement touchées de manière disproportionnée par les nouvelles infections à VIH."
 
Il justifie cette requête par le fait que "le point de référence de l'ONUSIDA pour les allocations de dons pour la prévention du VIH est de 26% des subventions totales pour le VIH. Peu de subventions de pays ont atteint cet indice de référence".
 
Mais, avec seulement deux voix (correspondant à ses deux circonscriptions) au conseil d’administration du Fonds mondial, l’Afrique a-t-elle vraiment les moyens de peser sur ses décisions ?
 
"Oui", répond Fred Muwanga, directeur exécutif de l’African Constituency Bureau, lors d’un entretien avec SciDev.Net.
 
"Justement, nous devons être en mesure d’influencer les autres circonscriptions pour les amener à nous écouter et à comprendre notre position, afin qu’elles nous soutiennent dans notre démarche", ajoute-t-il, confiant.
 
"L’Afrique recueille entre 65% et 70% des financements du Fonds mondial. En même temps, le continent subit près de 70% du fardeau des trois épidémies. En conséquence, si la voix de l’Afrique n’est pas entendue, il y a des chances que les objectifs stratégiques du Fonds mondial ne soient pas atteints", analyse l’intéressé.
 
22 millions de vies sauvées
 
A titre d’illustration, le rapport 2017 sur les résultats du Fonds mondial indique que grâce au partenariat de ce programme, 22 millions de vies ont été sauvées.
 
Ce document indique par ailleurs que 11 millions de personnes sont sous traitement antirétroviral contre le VIH, 14,4 millions de personnes ont été traitées contre la tuberculose et 795 millions de moustiquaires ont été distribuées dans le cadre de la lutte contre le paludisme.
 
"Grâce aux subventions du Fonds mondial, mon pays a bénéficié pour le Round 8 de plus de 75 millions d'euros. Le taux de prévalence pour le VIH a diminué sensiblement et six millions de moustiquaires ont été distribuées", témoigne Zenal-Abdine Ibrahim Cherif, représentant du Fonds mondial au Tchad.
 
Néanmoins, ces maladies, en particulier le paludisme, continuent de faire beaucoup de victimes sur le sol africain.
 
Fred Muwanga croit savoir que cette réalité est surtout due au fait que les moustiques sont devenus résistants aux insecticides dont sont imprégnées les moustiquaires.
 
D’où son appel à la conception et à la fabrication d’une nouvelle génération de moustiquaires imprégnées, plus efficaces contre les moustiques.

Références

(1) Les deux circonscriptions africaines du Fonds mondial comprennent l’Afrique australe et l’Afrique de l’est, d’un côté et l’Afrique centrale et l’Afrique de l’ouest, de l’autre.
(2) Virus de l’immunodéficience humaine
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