Rapprocher la science et le développement

  • Les bailleurs de fonds doivent contribuer à la mise en place d’un cadre viable pour la recherche

Pour Berit Olsson, les bailleurs de fonds doivent financer les infrastructures ncessaires lamlioration des conditions de la recherche, tout comme les projets de recherche.

Si nous voulons vraiment renforcer les capacits de recherche des pays faibles revenus, nous devons soutenir et promouvoir des conditions propices leur dveloppement. Une recherche durable est mieux btie sur un fonds solide de disciplines et de structures cls. Et une communaut de chercheurs dynamiques produit non seulement de la recherche, mais transmet aussi les rsultats des dcouvertes scientifiques aux dcideurs, aux tudiants et toutes les personnes susceptibles de les utiliser.

Mais la majeure partie des financements de la recherche dans les pays en dveloppement est oriente vers des commandes concernant des domaines prcis, auxquels on accorde la priorit en raison de leur capacit promouvoir le dveloppement, avec des gouvernements et des organismes daide extrieure impatients dobtenir des rsultats immdiats

Le financement des activits de base participe au dveloppement des capacits

Dans des pays dvelopps tels que la Sude, les institutions de recherche bnficient dun financement de base, en plus des subventions concurrentielles fondes sur lexcellence scientifique. Ce qui favorise lmergence dune communaut de chercheurs ingnieuse. De plus, les ministres ou dautres utilisateurs des secteurs public et priv orientent leurs subventions vers des domaines de recherche prioritaires.

La Sude dispose galement dun important secteur de recherche industrielle qui son tour sappuie sur des organismes publics de qualit. Le monde industriel apprcie particulirement la recherche qui repousse les frontires du savoir. Si le financement de base quapporte le gouvernement devait tre supprim, lindustrie irait investir son budget de recherche ltranger.

On peut comparer ce systme dorganisation au type de recherche privilgi par les pays faibles revenus et les organismes de dveloppement. Ce type de recherche implique gnralement la prsence de chercheurs issus de pays en dveloppement qui jouissent dj des comptences requises. En gnral, le chercheur dun pays nordique, bnficiaire dune subvention de recherche, a le choix de collaborer, ou pas, avec des chercheurs du Sud titre personnel, dans la mesure o ils connaissent mieux les ralits et les donnes locales.

Peut-on dire quil sagit l dune utilisation efficace des rares ressources? On peut rpondre par laffirmative si lobjectif recherch est lobtention de rsultats court terme susceptibles de servir immdiatement des projets de dveloppement.

Le dveloppement des capacits

Quen est-il du renforcement des capacits, parfois cit comme un objectif majeur? Limpact dans les pays faibles revenus dpend entirement des capacits institutionnelles en place et des conditions de travail. Si elles sont suffisantes, le chercheur qui collabore au projet et son institution peuvent sen tirer avec de nouveaux contacts et perspectives. Mais dans la plupart des pays faibles revenus, o les institutions et les cadres dactivit sont sous-dvelopps, le projet aura un impact insignifiant sur le dveloppement des comptences et pourrait mme devenir un obstacle.

A titre dexemple, cest souvent les enseignants les plus rputs et les plus importants qui collaborent des projets financs par des fonds extrieurs. Et vu la raret des opportunits de financement, ces chercheurs sont tents daccepter des projets qui ne relvent pas de leurs domaines prioritaires. Etant donn que les revenus quapportent ce type de projets dpassent de loin le salaire rgulier des chercheurs, ils y consacrent plus de temps et defforts, parfois au dtriment de lenseignement ou du fonctionnement de leur propre facult. Par contre,si les ressources taient directement orientes vers les institutions, en finanant des infrastructures ou des formations conformment des programmes vots par les institutions, la communaut des chercheurs en tant que groupe, et non comme individus, en bnficierait.

Le modle sudois

LAgence sudoise de Coopration et de Dveloppement international (SIDA) reconnat la ncessit dinvestir dans au moins une universit de recherche dans chaque pays. Cest ainsi quelle finance la construction dinfrastructures de base ncessaires lamlioration des conditions de travail des chercheurs, notamment des laboratoires, des bibliothques et du matriel informatique, ainsi que la formation du personnel des universits.

Par exemple, en Ouganda, le SIDA appuie les efforts de lUniversit Makerere pour le dveloppement des capacits de formation en matire de recherche, damlioration de laccs aux quipements et aux logiciels indispensables, la modernisation des infrastructures et ladministration de la recherche. Ce partenariat est bas sur des promesses de financement long terme sur une priode de 20 30 ans. (Voir Comment lUniversit de Makerere a recouvr son prestige).

La Sude a intgr lappui la recherche dans ses stratgiesde coopration bilatrale et des conseillers en matire de recherche font partie de ses quipes pour chaque pays. Le financement de la recherche est planifi en tenant compte des stratgies des universits locales pour le dveloppement de la recherche. Par ailleurs, plus rcemment, quelques pays se sont lancs dans la promotion de stratgies nationales en tant que cadres de financement. Par exemple, le nouveau ministre mozambicain de la science et de la technologie a mis au point une stratgie de dveloppement de son secteur scientifique. Davantage de gouvernements et dinstitutions des pays faibles revenus doivent lancer des stratgies similaires, afin que les agences de coopration internationales puissent harmoniser le financement de la recherche avec des plans et des objectifs nationaux. .

Que les bailleurs de fonds sen avisent

Malheureusement, les autres institutions de financement tardent encore simpliquer dans lappui de ces stratgies largies de dveloppement de la recherche.

Les bailleurs de fonds doivent comprendre la ncessit (et investir en ce sens) de bnficier de bases saines pour le dveloppement de la recherche. Il faut diffrents types de financement assimilables au modle sudois pour le dveloppement des capacits.

Une communaut de chercheurs produit non seulement de nouvelles connaissances scientifiques, mais elle met galement la disposition des dcideurs et du public de nombreuses dcouvertes et innovations internationales. Ces informations sont vitales aussi pour llaboration de stratgies locales de dveloppement et lvaluation de la contribution de laide ces stratgies.

Si les bailleurs de fonds veulent vraiment accorder une place lappropriation dans le dialogue pour le dveloppement, ils doivent faire du financement des capacits institutionnelles lun des aspects cls de la coopration bilatrale au dveloppment.

Berit Olsson, ancienne Directrice de lAgence sudoise de coopration scientifique avec les pays en dveloppement (SAREC).

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