Rapprocher la science et le développement

  • Lidia Brito réussira-t-elle à réinscrire la science au cœur de l’UNESCO ?

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En octobre dernier Lidia Brito, l'ex-ministre de la science du Mozambique et chercheuse en études forestières auprès de l'Université Eduardo Mondlane dans ce pays, a été nommée chef de la division de la politique scientifique à l'UNESCO, l'Organisation des Nations unies pour l'Education, la Science et la Culture.

Elle a pris ses fonctions le 1er décembre, succédant à Mustafa El Tayeb, qui a dirigé la politique scientifique de l'UNESCO depuis 1996.

L'expérience et le succès que compte Mme Brito dans l'élaboration et l'exécution des politiques scientifiques du Mozambique font d'elle un choix populaire pour le poste, d'autant plus qu'elle aura à travailler avec tous les pays du continent pour développer leurs propres politiques scientifiques. Elle fait part ici à Linda Nordling de ses ambitions et de ses projets.

De par le passé, les gens se sont plaints que le "s" dans UNESCO semblait muet - que la science, dans cette organisation, a été négligée au profit de l'éducation et de la culture. Cette situation est-elle en train de changer ?

La politique scientifique devient une grande priorité pour les gouvernements nationaux, et aussi pour l'UNESCO. Nous avons augmenté notre budget pour cela et nous espérons continuer dans cette voie. La demande dans ce sens de la part des Etats membres est forte et nous avons besoin de davantage de capacités pour assurer un bon service à ces Etats.

Cela dit, nous devons impérativement faire plus pour accroître la visibilité de la science à l'UNESCO. Mais je pense que c'est dans cet état d'esprit que se trouve l'organisation aujourd'hui. Si vous regardez les discours de notre nouvelle directrice générale [Irina Bokova], vous verrez qu'elle considère la science comme étant une partie très importante du travail de l'UNESCO. La science a donc bien sa niche dans le système des Nations unies.

Assurément, nous avons plusieurs défis à relever - nous devons par exemple renforcer nos partenariats au sein du système des Nations unies et également avec d'autres organisations. Des rapports et des liens existent déjà, mais nous devons mieux les utiliser. Nous nous fixons comme priorité de faire de 2010 'l'année des partenariats'. Nous allons accroître et renforcer nos partenariats. Mais nous avons également des avantages comparatifs que nous devrions davantage explorer.

Lesquels ?

Notre vaste expérience interne, le pouvoir de convoquer, d'organiser et de promouvoir des dialogues multipartites sur la science au service du développement, la science au service de la paix, pour l'amélioration de la société ... Ce sont là des caractéristiques très importantes de l'UNESCO qui nous donnent un avantage.  

Quelles sont, à votre avis, les principaux obstacles à la mise sur pied de bonnes politiques scientifiques dans les pays en développement, et quelles sont les meilleures façons de surmonter ces difficultés ?

Un défi majeur à relever est la capacité. Toute politique publique devrait bénéficier d'une forte appropriation nationale et pour ce faire, il faut de la capacité. C'est la raison pour laquelle la plupart de nos programmes à l'UNESCO mettent l'accent sur le renforcement des capacités, de façon à ce que les gouvernements puissent reposer sur une équipe nationale solide.

Un autre problème est de s'assurer que la politique scientifique touche tous les secteurs pertinents du gouvernement. Les bonnes politiques scientifiques peuvent contribuer à l'amélioration d'autres politiques et à leur mise en œuvre avec plus de pertinence et d'efficacité. Les politiques scientifiques devraient englober le volet médiatique, de sorte que le grand public puisse commencer à prendre des décisions éclairées, fondées sur le savoir-faire scientifique.

Pour finir, il y a une leçon que j'ai apprise au Mozambique : lorsque vous commencez à concevoir vos politiques scientifiques, il est utile de commencer immédiatement à budgétiser certaines activités pilotes. Vous mobilisez ainsi les acteurs qui devront être impliqués de toute façon lorsque vous passerez à la phase de mise en œuvre. C'est aussi une façon de sensibiliser et de stimuler l'adhésion à vos politiques.

L'UNESCO aide les pays à élaborer leurs politiques scientifiques, mais l'agence dispose de peu de ressources financières pour aider les pays à les mettre en oeuvre. Comment pouvez-vous vous assurer que les politiques ne restent pas lettre morte, mais qu'elles sont traduites en actions concrètes ?

Nous avons un bon exemple en Tanzanie. Le gouvernement a conduit un processus, soutenu par l'UNESCO, pour mobiliser des ressources provenant d'autres acteurs de manière à pouvoir commencer à appliquer sa politique [Voir La R&D scientifique jouit d'une manne en Tanzanie].

La volonté politique est très importante dans ce contexte. Bien sûr, c'est le cas avec toute politique publique. Mais j'estime que dans le cas des politiques scientifiques, la volonté publique est d'autant plus importante, parce qu'il s'agit de politiques structurelles qui auront à toucher l'ensemble du gouvernement.

Quelles sont vos autres priorités pour les activités de politique scientifique à l'UNESCO ?

Nous voulons mieux intégrer nos activités aux autres branches de l'UNESCO. L'une des priorités est de travailler plus étroitement avec les programmes de sciences sociales, mais nous devons aussi travailler davantage avec les secteurs de l'éducation, et de la communication et l'information.

Nous chercherons également à renforcer les capacités d'une manière moins traditionnelle. Ainsi, nous essayons de voir si nous pouvons utiliser nos programmes de campus virtuel pour offrir plus de formation dans le domaine de la politique scientifique.

La communication scientifique est un autre domaine dans lequel nous sentons que nous devons investir davantage de ressources. Ceci est très important pour le suivi des politiques et de leur impact.

Pour résumer, je dirais que je viens d'arriver dans cette organisation et qu'il me faut encore un peu plus de temps pour rendre tous ces plans concrets.

Qu'en est-il des nouveaux programmes ?  

Nous avons beaucoup d'idées neuves. Nous sommes en train d'étudier la possibilité de développer plus d'activités autour de la Journée mondiale de la Science. Peut-elle devenir un véritable élément déclencheur pour la science au service du développement ? Pouvons-nous faire de la célébration de cette journée un processus qui fait bouger et mobilise les différents acteurs ?  

Nous discutons également des possibilités d'extension de nos programmes sur l'histoire des sciences. C'est chose faite pour les Etats arabes, mais nous explorons désormais la possibilité d'inviter la participation dans ces programmes de la Chine, et peut-être d'étendre ces activités à l'Afrique et à l'Amérique latine.

Une autre idée est de créer des musées virtuels de science, en s'inspirant du modèle de la section de la Culture de l'UNESCO pour les objets historiques. Mais la plupart de ces idées doivent encore être débattues et passer par un processus de conception. Nous n'en sommes qu'au stade de l'échange des idées !

Lidia Brito est membre du Conseil d'Administration du Réseau Sciences et Développement (SciDev.Net)

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