Rapprocher la science et le développement

  • Un accord tunisien avec l'Inde marque une nouvelle ère de coopération

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[TUNIS] La Tunisie prend les premières mesures pour renforcer ses liens scientifiques avec d'autres pays en développement, après la révolution de 2011 par lequel un gouvernement perçu comme étant plus préoccupé par la politique que par la science a été renversé.

Après les appels lancés par le ministère tunisien de la science cherchant à promouvoir les relations scientifiques avec les pays en développement, en particulier avec les pays émergents comme le Brésil ou l'Inde, la Tunisie a conclu un accord avec le ministère de la science indienne.

Les deux pays ont convenu de mettre en place un programme de US$ 8 millions destiné à financer la collaboration entre les chercheurs tunisiens et indiens œuvrant dans des domaines liés à la biotechnologie et aux sciences médicales. Ce programme sera financé par l'Inde, par son programme de diplomatie technologique.

Les deux Etats ont identifié les domaines de recherche au cours d'une réunion ministérielle organisée à New Delhi le mois dernier (25 avril). Le programme de collaboration s’étalera sur les trois prochaines années, et impliquera l'échange de scientifiques, la formation de chercheurs tunisiens dans des laboratoires indiens, ainsi que l’organisation d’ateliers et la réalisation de projets de recherche conjoints.

Pour Mohammed Nejib Azhari, directeur de la programmation de la recherche et de la coopération au ministère tunisien de l'enseignement supérieur et de la recherche scientifique, les universités et les instituts de recherche dans les deux pays ont été invités à soumettre des propositions de recherche conjointes, et les projets retenus démarreront en septembre de cette année.

Azhari ajoute que le programme fait partie de la réforme de la stratégie tunisienne de recherche scientifique après le soulèvement de 2011.


"L'ancien régime a lié les projets de coopération en matière de recherche à son agenda politique, mais aujourd'hui la Tunisie est plus ouverte aux pays du Sud et de nombreuses négociations pour de nouveaux programmes de coopération sont en cours", souligne-t-il.

Mokhtar Essadok, un chercheur en génie à l'Université de Tunis, rappelle que l'ancien régime a surtout noué des liens entre la Tunisie et le monde industrialisé qui ont maintenu le pays dans une situation de dépendance à la technologie importée.

"Après la révolution, la Tunisie doit améliorer ses relations avec d'autres pays en développement qui pourraient avoir une meilleure expérience dans des domaines particuliers [qui peuvent être profitables à la Tunisie], parce qu’il est plus facile de transférer la technologie de ces pays-là," a-t-il noté.

"L'expérience avec des pays en développement en pleine ascension comme l'Inde pourrait améliorer les capacités tunisiennes de recherche ", se félicite Hafidha Lamine, chercheuse en service au Centre international des technologies environnementales de Tunis.

Mais elle juge que "la sélection de bons projets et la détermination des bonnes priorités de recherche sont les clés pour garantir des résultats positifs".

Si les chercheurs tunisiens voient d’un bon oeil l'accord avec l'Inde, certains ont prévenu que la bureaucratie gouvernementale pourrait entraver la mise en œuvre et le suivi du succès de ces programmes, qui seront administrés par les gouvernements plutôt que par des institutions de recherche.

Mounira Hmani, chercheuse en poste au Centre de Biotechnologie de Sfax, explique qu'un comité national devrait être mis en place pour s'assurer que les accords de collaboration opèrent harmonieusement et que les fonds parviennent aux chercheurs au lieu d'être mal utilisés ou gaspillés.


La bureaucratie et la mauvaise utilisation des fonds doivent être combattues "afin de permettre à la recherche scientifique tunisienne, qui possède de très bonnes infrastructures, de se développer et de devenir efficace", a-t-elle affirmé.

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