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Le Burkina se mobilise contre les catastrophes naturelles
  • Le Burkina se mobilise contre les catastrophes naturelles

Crédit image: SciDev.Net/Mathieu Bonkoungou

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  • Un atelier a réuni cette semaine 85 participants venus des structures gouvernementales et des institutions internationales, pour analyser les mécanismes de prévention, de préparation et de réponse aux catastrophes naturelles

  • Il a permis d’évaluer la gestion des catastrophes précédentes, d’en tirer les leçons pour prendre en charge avec plus de diligence et d’efficacité les catastrophes futures

  • Les participants ont notamment proposé la mise en place d’une cartographie des zones à risque

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Entre sécheresses et inondations, les Burkinabé, gouvernants comme populations, ne savent plus à quel climat se vouer.

Une seule constante, l’insécurité alimentaire avec ses corollaires que sont la maladie, la paupérisation et l’exode.

« Les catastrophes laissent des empreintes indélébiles au sein des communautés et affectent leurs moyens de subsistance. D’où la nécessité de renforcer les mécanismes de mitigation des risques de catastrophe et de limiter leur ampleur », a expliqué le ministre burkinabé de l'Action sociale, Alain Zoubga.
 
En 2009, des inondations avaient affecté plus de 150.000 personnes au Burkina Faso et avaient causé d’importants dégâts matériels. Cette année, il est estimé que 1,8 million de personnes à travers le pays sont encore en insécurité alimentaire.

Ces populations font toujours face aux effets de la grave crise alimentaire de 2012 au Sahel, provoquée par une insuffisance des pluies et par une mauvaise production agricole.
 
« Au Burkina la récurrence des catastrophes naturelles et leur impact négatif croissant depuis quelques années ont révélé le degré élevé de vulnérabilité des populations et les capacités limitées des institutions nationales en charge de la gestion des catastrophes », affirme de son côté, Pascal Karorero, coordonnateur-résident du Système des Nations unies et coordonnateur humanitaire du Burkina Faso.
 
Les conséquences de ces catastrophes sont du reste encore perceptibles plusieurs années après la survenue des inondations.
 
« L’eau emporte tout. Quand vous arrivez, vous constate que les maisons, les greniers sont écroulés, les récoltes et les animaux emportés, les champs inondés. Les conséquences subsistent bien après les inondations. Il faut alors aider ces personnes sinistrées à se relever, reconstituer leurs moyens de subsistances pour leur permettre de retrouver une vie normale. Il s’agit là du volet réhabilitation », explique le secrétaire permanent du Conseil national de secours d’urgence et de réhabilitation (CONASUR) Karim Nignan, à SciDev.Net.
 
Surtout que l’on a constaté que les inondations, que ce soit en ville ou en campagne, affectent le plus souvent les couches les plus démunies dont les maisons construites en banco, un matériau éminemment friable, sont établies dans les zones inondables et parfois même dans le lit des rivières, exposées donc à tous les risques d’inondation et il y aurait plutôt des raisons de s’inquiéter cette année.
 
« Les prévisions saisonnières en Afrique de l’Ouest, affirme le secrétaire permanent du CONASUR, font état d’une forte pluviométrie mais tout dépendra de la répartition spatio-temporelle. C’est une question de cumul. Si les pluies sont bien réparties, les risques sont moindres ».

 
Evaluer les risques et les besoins


La saison des pluies n’en est qu’à ses balbutiements dans plusieurs provinces, mais à Matiacoali, ville située dans la région de l’Est, des pluies diluviennes ont causé des inondations, le 15 août dernier.

On ne déplore pas de pertes en vies humaines, mais le bilan au plan matériel est lourd.
 
« Nous avons recensé 266 ménages sinistrés, soit 2570 personnes. Ces personnes ont été relogées dans des établissements scolaires et le CONASUR a apporte des vivres, des tentes et du matériel de survie », explique Karim Nignan.
 
La gestion a été bien plus difficile en 2012 quand le pays a enregistré 21 233 sinistrés, soit 2 655 ménages affectés par les inondations dans 17 provinces de 10 régions, et le coordonateur-résident du système des Nations unies rappelle que près de deux mois après la survenue de ces inondations, « une situation claire des besoins d’assistance des populations sinistrées n’était pas encore disponible.

Du coup, de nombreux acteurs humanitaires n’avaient plus la possibilité d’évoquer l’urgence pour prendre des actions en faveur de populations qui avaient déjà repris certaines de leurs activités habituelles ».

 
Cartographie des zones inondables


«De cette expérience de 2012, et de bien d’autres, certainement la principale leçon à tirer, réside dans la nécessité d’accélérer la réalisation d’une évaluation rapide de la situation et des besoins des populations affectées qui constitue un préalable à la mobilisation des acteurs humanitaires et des ressources en vue d’une réponse rapide et efficace. Une autre leçon tirée est la nécessité de renforcer la synergie et la coordination entre les différents acteurs de la réponse aux crises causées par les catastrophes naturelles », indique Pascal Karorero. D’où la nécessité, selon lui, de produire une cartographie des zones inondables, des populations exposées aux risques identifiés et des abris provisoires d'évacuation.
 
De fait, le Programme d’action national d’adaptation aux changements climatiques a déjà élaboré une carte qui donne la configuration des risques de catastrophes au Burkina Faso, en utilisant six critères qui sont les risques d’inondation, le bilan céréalier, l’incidence de la pauvreté, l’importance du cheptel, la pression de la transhumance et la diversification des cultures.
 
En outre, il existe un Plan national multirisque de préparation et de réponse aux catastrophes qui a pour principaux objectifs de clarifier les relations et les responsabilités entre les différents services techniques de l’Etat et les partenaires humanitaires, de faciliter la coordination des actions et permettre une mise en cohérence des plans sectoriels, d’identifier et de diminuer les risques les plus probables, d’offrir un cadre général de planification conjointe couvrant les risques d’urgence, d’intégrer le processus de prévention, de préparation et de réponse aux urgences dans les plans et programmes nationaux de développement et de réduire les délais d’intervention et le nombre de pertes en vies humaines.

 
Plan multirisque

 
Ce plan distingue trois étapes d’égale importance qui se situent avant, pendant et après la catastrophe. Il s’agit notamment de l’organisation des structures opérationnelles et d’intervention rapide, de la situation d’urgence au cours de laquelle il faut sauver les victimes et recenser les dégâts, et de la situation de post-crise ou post-catastrophe qui correspond à la phase de réhabilitation et de rétablissement des conditions normales de vie.
 
Ces trois étapes, selon le Plan national multirisque, sont complémentaires et doivent être en relation avec les plans, programmes et projets de développement.
 
A l’issue de la concertation de Ouagadougou, les participants ont formulé des recommandations concrètes sur les différentes actions de préparation et de réponse aux catastrophes naturelles à mener au niveau national, en vue de réduire leurs risques et leurs effets.
 
Il s’agit, entre autres, de la nécessité de renforcer le CONASUR, notamment ses structures décentralisées en leur affectant chaque année les ressources financières, matérielles et humaines nécessaires à l’accomplissement de leurs missions sur le terrain, du renforcement des mécanismes d’alerte précoce existants dans la perspective de les mettre en réseau, de la vulgarisation des Plans d’Organisation des Secours d’Urgence (ORSEC) au niveau des régions et provinces du pays et de l’approfondissement de l’examen de l’outil de collecte de données proposé par l’approche MIRA, afin de l’adopter et l’utiliser comme outil national lors des évaluations de catastrophes humanitaires.

 
Stratégie de prévention des risques

 
Le MIRA (Multisectorial Initial Rapid Assessment) ou Evaluation Multisectorielle Initiale Rapide, est une nouvelle approche d’évaluation conjointe qui permet d’avoir une photographie complète d’une situation de crise dans les 72 heures de la survenue d’une catastrophe afin d’éclairer la prise de décision et de mobiliser rapidement des ressources pour une réponse multisectorielle coordonnée et concertée.
 
Cette approche est une initiative du Comité Permanent Inter organisations du Système des Nations Unies qui permet de déterminer rapidement les besoins prioritaires des populations victimes d’une catastrophe et de définir les priorités stratégiques d’intervention humanitaire.
 
La loi d’orientation en cours d’examen devrait également contribuer à renforcer les capacités d’intervention rapide, à améliorer les outils disponibles et à renforcer les structures nationales responsables de la coordination humanitaire.
 
En effet, indique le secrétaire permanent du CONASUR, « une stratégie nationale de prévention et de gestion des risques et catastrophes et un avant-projet de loi d’orientation relative à la prévention et la gestion des risques et catastrophes sont élaborés et sont en cours d’adoption par les instances habilitées. L’objectif de ces textes est de doter le Burkina Faso d’un cadre juridique et institutionnel global régissant efficacement les divers aspects des risques et catastrophes (prévention et préparation, secours d’Urgence, assistance humanitaire, rétablissement. »

 
La faute aux changements climatiques

 
La récurrence de ces catastrophes naturelles ces dernières années est une conséquence des changements climatiques. Comment donc intervenir en amont pour, sinon empêcher, du moins atténuer ces effets ?

Selon une étude réalisée par l'Université de Ouagadougou, les paysans développent plusieurs stratégies d’adaptation, afin de parer aux différents risques liés à la variabilité climatique (inondations et sécheresse etc.) qui se traduisent par une diminution de la production agricole et fourragère.

Parmi ces stratégies d’adaptation, on peut citer celles relatives à la lutte contre la dégradation des terres agricoles, à la gestion de la fertilité des sols, à la diversification des cultures, à la production animale et à la vente d’animaux, à la lutte contre les ennemis des cultures, au développement des activités génératrices de revenus, l’exode rural, l’exploitation différentielle de l’espace dans les trois zones climatiques.
 
S’agissant des populations urbaines les stratégies d’adaptation aux changements climatiques passent par la diversification des activités source de revenus, l’adoption de nouvelles techniques de construction, la création de passage d’eau dans les cours…
 
Si rien n’est fait pour atténuer les effets de ces changements climatiques et partant, des catastrophes naturelles, les répercussions, selon les auteurs de l’étude finissent par se faire sentir au niveau de la paupérisation des ménages, l’effritement de la solidarité et du tissu social, la perte de confiance et la méfiance réciproque entre et au sein des communautés.
 
Ces dernières années au Burkina, les conflits intercommunautaires et notamment entre agriculteurs et éleveurs ont très souvent endeuille plusieurs régions du pays, laissant derrière eux, rancœurs et désirs de vengeance et compromettant durablement la paix sociale.


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