Rapprocher la science et le développement

  • L'ONU crée un groupe de travail sur le développement durable

[LONDRES] Susilo Bambang Yudhoyono et Ellen Johnson Sirleaf, les présidents indonésien et libérien et David Cameron, le Premier ministre britannique, vont coprésider un groupe de travail de haut niveau créé par les Nations Unies afin d'émettre des recommandations sur les approches du développement après l'échéance des Objectifs du Millénaire pour Développement (OMD) en 2015.

Annonçant à l'Assemblée générale des Nations Unies cette semaine (9 mai) le choix de ces personnalités, Ban Ki-Moon, Secrétaire général de l'ONU, a également promis qu'il nommerait un secrétaire général adjoint chargé de la planification du développement pour l'après 2015.

Le groupe de travail sera chargé d'examiner les raisons du succès mitigé des huit OMD fixés en l'an 2000, de définir les objectifs de réduction de la pauvreté et de promouvoir le développement social par l'action dans des domaines comme l'éducation, la réduction des taux d'infection au VIH et la mortalité infantile.

'Au fil des ans depuis l'adoption des OMD, nous avons accompli des progrès considérables et tiré de nombreuses leçons en matière de réduction de la pauvreté', concluent les coprésidents dans une déclaration commune rendue publique hier.

Cet article fait partie de notre série sur les préparatifs de Rio+20, la Conférence des Nations Unies sur le développement durable qui se tiendra du 20 au 22 juin 2012. Pour consulter les autres articles de la série, rendez-vous sur Science à Rio+20

'Nous en savons plus sur le rôle essentiel de la croissance économique, des échanges, de la lutte contre la corruption, de la bonne gouvernance et des sociétés ouvertes dans la création des richesses et la libération du potentiel des pays les plus pauvres.

'Nous comptons œuvrer ensemble pour assurer la pleine réalisation des OMD, et prendre en compte de nombreux autres points de vue pour définir un nouveau programme ambitieux pour mettre fin à la pauvreté dans les années après 2015'.

Les trois coprésidents sont les représentants d'une économie à revenu élevé, d'une économie à revenu intermédiaire et d'une économie à faible revenu, dont chacune peut se vanter d'une certaine réussite en matière de développement. Ainsi, le Libéria est l'un des rares pays africains à avoir tenu sa promesse de consacrer 15 pour cent de son produit intérieur brut (PIB) à la santé, et la Grande-Bretagne est l'un des rares pays développés à tenir l'engagement de consacrer 0,7 pour cent du PIB à l'aide au développement.

Claire Melamed, chargée du programme de croissance et d'équité à l'Overseas Development Institute au Royaume-Uni, s'est félicitée de l'avènement de ce groupe de haut niveau.

'Jusqu'à présent, le débat sur l'après-OMD s'est situé beaucoup plus au niveau technique,' fait-elle remarquer. 'Si nous n'y apportons pas un zeste de politique, nous n'y arriverons jamais'.

Mais elle prévient contre un nouveau retour de balancier, avec un nouvel accent placé dans la théorie du développement sur la croissance économique, comme dans les années 80, dogme qui a précédé la focalisation quasi-exclusive depuis, notamment par les OMD, sur des objectifs sanitaires et sociaux.

'Le danger est de voir une volte-face totale,'  estime-t-elle. 'C'est l'occasion de bâtir un nouveau consensus qui reconnaisse l'importance des deux approches'.

Ban Ki-moon a précisé que les autres membres du groupe de travail seront nommés au lendemain de la conférence des Nations Unies sur le développement durable (Rio+20) qui se tiendra au Brésil le mois prochain (du 20 au 23 juin).

'Il est clair que les membres du groupe de travail ont été choisis en fonction des progrès accomplis dans les domaines de la pauvreté et du développement', juge Melamed. 'Il sera intéressant de voir, une fois que les autres membres du groupe seront nommés, si certains parmi eux sont issus des groupes de protection de l'environnement ou de la société civile'.

Selon une opinion largement partagée, les OMD doivent être suivis d'une approche plus sophistiquée englobant les impératifs environnementaux, économiques et sociaux.

Ce point de vue est au centre d'un débat intense dans le cadre des négociations en prélude à la conférence Rio+20 et pourrait permettre aux pays de s'entendre, du moins sur une question de principe, pour fixer des Objectifs de développement durables.

Reste à savoir comment le travail du groupe de haut niveau s'adaptera à de tels objectifs.

Cet article fait partie de notre couverture sur la Science à Rio+20.