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Révolution solaire en Afrique de l’Ouest
  • Révolution solaire en Afrique de l’Ouest

Crédit image: Flickr/Activ Solar

Lecture rapide

  • Six femmes ont été envoyées en Inde pour suivre une formation sur l’installation, l’entretien et le développement de l'énergie solaire

  • Les femmes économisent ainsi l’argent qu’elles auraient dépensé pour acheter du pétrole et du charbon

  • Au Mali, l’arrivée de l’énergie solaire encourage les activités économiques.

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Dans quatorze villages hors réseau d’Afrique de l’Ouest, le soleil est exploité pour fournir de l’énergie destinée à l’éclairage, à la cuisine et même à la télévision communautaire.

Lorsque le soleil se couche sur les villages du Bénin, du Burkina Faso et du Mali, la plupart des activités cessent.

Les magasins ferment, les entreprises s’arrêtent et les enfants sont contraints de faire leurs devoirs à la lueur de lampes à pétrole polluantes et dangereuses ou de bougies.

Dans ces pays, la connexion rurale au réseau national de distribution d’électricité est chère et s’avère être un véritable terrain miné en termes de logistique.

Néanmoins, il existe une solution réaliste, que certaines communautés isolées commencent à adopter : l’énergie solaire.

Le Bénin, le Burkina Faso et le Mali sont des pays particulièrement adaptés à l’énergie solaire photovoltaïque : chaque année, ils reçoivent jusqu’à 3000 heures de lumière naturelle intense, qui pourraient être exploitées pour fournir l’énergie nécessaire aux communautés isolées.
 
En collaboration avec le Programme des Nations Unies pour le développement (PNUD), quatorze villages de la région (Hon, Koussoukpa, Sirakorola, Tinkaré, Bilinga, Bougouré, Fili, Kalsagado, Kayéré, Kire, Son, Yallé, Ziga, Leba) ont désormais accès à l’énergie solaire, qui contribue à changer leurs vies.
 
Dynamiser l'Afrique de l'Ouest

Depuis le lancement du projet, en 2009, beaucoup de choses ont changé.

Désormais, les villages sont équipés d’éclairages et de cuisinières solaires et les habitants peuvent charger leurs téléphones portables et même regarder la télévision sur le poste communautaire.
 
Dans les villages de Hon et de Koussoukpa, au Bénin, environ 308 foyers sur 1000 sont désormais alimentés par l’énergie solaire. À Sirakorola, dans le sud-ouest du Mali, les administrations publiques, l’école, la mairie et la mosquée sont alimentées par énergie solaire.

Il en est de même pour le dispensaire du village, qui est équipé d’un réfrigérateur, d’un congélateur et de chauffe-eau solaires.

Des réverbères solaires éclairent la place du marché et les villageois disposent de cuisinières, d’unités de conservation du lait et de dispositifs de chargement de batteries à énergie solaire.
 
À trois cents kilomètres de là, à Tinkaré, au Mali, l’énergie solaire alimente les pompes à eau des puits du village, rendant désormais inutiles les deux générateurs à essence et diesel mal entretenus.

“La vie continue bien après le coucher du soleil et les enfants peuvent lire et faire leurs devoirs pendant des périodes plus longues”

Rosalie Congo, coordinatrice nationale du Fonds pour l’Environnement mondial


Au Burkina Faso, dans six villages, 600 foyers sont alimentés par énergie solaire.

"La vie continue bien après le coucher du soleil et les enfants peuvent lire et faire leurs devoirs pendant des périodes plus longues", affirme Rosalie Congo, coordinatrice nationale du Fonds pour l’Environnement mondial.

À Boala, dans le nord du pays, les responsables des foyers déclarent dépenser moins en pétrole et en piles pour lampes de poche.
 
Propriété collective

Ces projets d’électrification solaire sont principalement financés par le PNUD, mais les dons communautaires représentent également un élément clé : la majorité de la population paye une petite cotisation volontaire, ce qui contribue à encourager l’implication et la propriété collective des projets.

À Sirakorola, par exemple, les villageois ont contribué à hauteur de dix pour cent au total des coûts de production, qui sont estimés à 34 millions de francs CFA (soit environ 70 000 dollars américains).

Les villageois ont également participé aux frais d’entretien et aux coûts inhérents à la restructuration des infrastructures.

Au sein des communautés participantes, chaque famille bénéficiaire verse une cotisation mensuelle pour l’entretien technique des installations solaires.

Dans les villages du Burkina Faso alimentés à l’énergie solaire, par exemple, le montant par famille s’élève à 10 dollars américains.
 
L’électrification solaire nécessite un entretien rigoureux et, par conséquent, une formation.

Grâce au financement du PNUD et des gouvernements nationaux, des experts en énergie solaire forment les villageois à l’installation, à l’entretien, aux opérations réalisées sur le réseau et à la rénovation des équipements.

Avant la phase de mise en œuvre du projet au Burkina Faso, six femmes rurales analphabètes âgées de quarante à cinquante ans ont été sélectionnées à travers le pays et envoyées au Barefoot College, à New Delhi, en Inde, pour suivre une formation pratique de six mois sur l’installation, l’entretien et le développement du réseau des systèmes d’énergie solaire.

"Les femmes, toutes mamans, ont été sélectionnées par leurs communautés respectives de manière démocratique et sur la base de leur contribution à la croissance de leurs communautés", explique Rosalie Congo.
 
À la fin de la formation, chacune des femmes est rentrée chez elle pour installer des unités d’énergie solaire, qui approvisionnent désormais en électricité 100 foyers dans chacun des six villages.

Elles sont maintenant ingénieures qualifiées en énergie solaire et travaillent quasiment à temps plein dans les ateliers électroniques construits pour les villages participants.

Elles sont chargées de l’entretien des unités et touchent dix pour cent des 5000 francs CFA mensuels [soit environ 10 dollars américains] payés par chaque foyer relié au réseau électrique au titre de cotisation mensuelle.

En outre, chacune des nouvelles ingénieures doit former une autre femme de sa communauté pour l’assister.
 
D’après le PNUD, au Mali, avec 99 pour cent des communautés rurales hors du réseau électrique national, l’arrivée de l’énergie solaire encourage les activités économiques.

Les femmes arrosent leurs petites exploitations maraîchères avec des pompes à énergie solaire et économisent ainsi l’argent qu’elles auraient dépensé pour acheter du pétrole et du charbon.
 
Nana Sangaré, adjointe au maire et présidente d’une association de femmes à Sirakorola, un village situé à 120 kilomètres de Bamako, la capitale, affirme qu’elle subvient désormais aux besoins de ses sept enfants, grâce au revenu supplémentaire engendré par la vente de légumes et de yaourts fabriqués avec des produits locaux.

"Avant ce projet, on n’avait aucun revenu. Désormais, je gagne 3000 francs CFA par jour (soit environ 6 dollars américains)."
 
Au Bénin, au Burkina Faso et au Mali, le PNUD fournit la majeure partie du financement destiné aux projets, le reste provient des différents gouvernements locaux et des contributions communautaires.

Les problèmes techniques auxquels sont confrontées les communautés qui utilisent l’énergie solaire comprennent le retard de livraison de certaines pièces de rechange et de certains équipements, qui sont susceptibles de priver d’électricité des lieux publics ou des familles pendant plusieurs mois.

"En cas de panne mécanique", déclare Sangaré, "nous n’avons plus besoin d’aller jusqu’à Bamako pour trouver un technicien. En fait, nous disposons de nos propres entrepôts de pièces de rechange."

Au Burkina Faso, des entrepôts d’approvisionnement en pièces de rechange et des ateliers d’entretien ont été installés dans le cadre du projet et sont, pour la plupart, tenus par des femmes.

Lorsque les revenus sont insuffisants pour couvrir les frais d’entretien et le coût des pièces de rechange, les communautés demandent une aide au gouvernement et aux ONG.

Il arrive parfois que les autorités locales aident à résoudre les problèmes techniques.
 
Récolter les fruits

Accueillie avec joie par les villageois, la mise en œuvre de l’énergie solaire a engendré la création de festivals culturels et artistiques populaires.

Et d’après Fatoumata Sangaré, présidente de l’Association des Femmes de Sirakorola, les équipements solaires contribuent de manière significative à faciliter les tâches quotidiennes des femmes.

D’après les villageois, l’électrification solaire aurait généré un revenu supplémentaire grâce à un "cercle vertueux de développement local."

Seydou Coulibaly, commerçant sur le marché de Sirakorola, explique : "Depuis que nous disposons de l’énergie solaire dans le village, je fais plus d’affaires. Avant, je fermais ma boutique après le coucher du soleil. Maintenant, je peux rester ouvert plus tard et mes activités se sont développées."
 
Buchi Sane, un maraîcher de Sirakorola, affirme : "Grâce à l’électricité, je conserve mes produits au réfrigérateur et je les vends le lendemain. Avant, j’étais obligé de jeter les légumes abîmés et je subissais énormément de pertes. L’électricité m’a permis d’améliorer mes revenus."

Buchi Sane envisage même désormais de se rendre plus loin pour vendre ses produits.
 
À l’occasion du lancement du projet sur l’énergie solaire à Khalil Boukari Bara, au nord du Burkina Faso, le gouverneur régional a déclaré : "L’électrification de ces régions contribue à fournir des avantages et l’accès à des opportunités modernes en termes de production et de marketing. Elle contribue à la création d’emplois et à la détermination des jeunes à rester sur leurs terres et à lutter contre la pauvreté."
 
Pour Rudolph Attédé, ingénieur en électronique spécialisé dans le domaine de l’énergie renouvelable à Cotonou, la capitale économique du Bénin, les avantages de l’énergie solaire pour les communautés rurales sont bien établis.

Il déclare: "tout d’abord, l’équipement n’est pas très cher, il ne nécessite pas beaucoup d’entretien et la durée de vie moyenne d’un module PV [photovoltaïque] est de vingt ans. La seule difficulté c’est la gestion des matériaux en fin de vie qui constituent des déchets dangereux."
 
Des plans sont en cours pour développer le projet dans d’autres régions du Bénin, mais le PNUD prévient qu’il doit y avoir des signes évidents de faisabilité.

Par exemple, pour garantir la durabilité au sein de la communauté de la Boucle du Mouhoun, située au sud-ouest du Burkina Faso, les villageois ont créé un comité de gestion comprenant sept membres, dont quatre femmes, pour gérer les cotisations et les dépenses liées à l’entretien.

L’exemple a été reproduit au sein des six communautés bénéficiaires du pays, avec l’objectif d’utiliser le profit généré pour acheter des équipements supplémentaires pour l’extension du réseau.
 
Christophe D. Assogba vit au Bénin. Il est journaliste d’investigation, journaliste scientifique, écrivain et doctorant en archéologie. Depuis 2011, il est pigiste pour SciDev.Net et écrit des articles sur des sujets scientifiques au Bénin et en Afrique de l’Ouest. Il est également président de l’Association des Journalistes et Communicateurs Scientifiques du Bénin et du Forum des journalistes et communicateurs scientifiques d'Afrique de l’Ouest.
 
Divine 
Ntaryike est journaliste et ancien élève du Programme de leadership des visiteurs internationaux pour le journalisme d’investigation. Il est le correspondant de Voice of America au Cameroun et pigiste pour plusieurs groupes de presse, dont Associated Press, SciDev.Net, Think Africa Press et Africa Report. Il a été élu Journaliste de l’Année au Cameroun en 2009 et a remporté le prix Best Discovery Story en 2010. En octobre 2012, il a obtenu son diplôme avec mention en coopération de journalisme scientifique.​

Cet article est partie intégrante de la série Les succès de la science en Afrique, réalisée en partenariat avec l'Unesco.

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