Rapprocher la science et le développement

Les politiques de développement doivent prendre en compte à la fois les savoirs locaux et les sciences exactes occidentales.
  • Les décideurs politiques exhortés à prendre les savoirs locaux en compte

Les politiques de développement doivent prendre en compte à la fois les savoirs locaux et les sciences exactes occidentales.
Crédit image: Flickr/Gates Foundation

Lecture rapide

  • Les politiques de développement sont souvent fondées sur la science internationale plutôt que sur les besoins des populations locales

  • Les savoirs locaux et les sciences sociales doivent également contribuer à la résolution de problèmes locaux

  • La société pourrait et devrait contribuer aux conseils que les scientifiques donnent aux décideurs politiques

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[BRIGHTON] Il ressort d'un symposium tenu la semaine dernière (6 -7 février) à l'Université du Sussex, au Royaume-Uni, que les avis scientifiques émis sur les politiques de développement devraient associer une diversité d'experts, notamment des spécialistes en sciences sociales et des personnes maîtrisant les savoirs locaux et traditionnels.

Selon plusieurs orateurs qui sont intervenus lors de cette réunion organisée par le Centre STEPS de l'Université et dont l'activité principale concerne la recherche mondiale et l'engagement politique, les programmes d'aide et de développement élaborés uniquement sur la base d'éléments obtenus à partir des sciences 'exactes', en particulier en Occident, peuvent ne pas prendre en compte les besoins locaux.


Ils ont insisté sur le fait que ces initiatives peuvent ne pas tenir compte des savoirs et de la vision des populations locales, supposées pourtant être les principales bénéficiaires de ces programmes.

Ainsi, a-t-on appris lors de cette réunion, même si les stratégies d'aide internationale se fondent souvent sur des preuves scientifiques et ont pour but de contribuer à la réalisation des Objectifs du Millénaire pour le développement, le travail des populations locales sur le terrain est souvent mû par des considérations personnelles ou locales.

Dipak Gyawali, Directeur de la recherche à la Nepal Water Conservation Foundation [Fondation du Népal pour la conservation de l'eau], et ancien ministre de l'eau, a critiqué la prééminence, ces dernières années, de l'agenda de l'aide internationale au détriment des besoins définis localement dans les politiques d'aide et la politique scientifique.

Ainsi en est-il de l'accent mis, dans les programmes d'aide au Népal, sur la reforestation pour la réduction des inondations au Bangladesh voisin.

Or dans le même temps les agriculteurs plantaient des arbres pour préserver la fertilité du sol et protéger ainsi le revenu de leurs familles et non pour prévenir les inondations au Bangladesh, ajoute-t-il.

« Il existe un grand nombre d'études internationales dont les résultats permettent de faire s des recommandations et des prévisions », a déclaré Gyawali. « Mais nous ne devons pas oublier que des millions de personnes prennent des décisions qui n'ont aucun rapport avec les Objectifs du Millénaire pour le développement ».

Ajoutant par ailleurs que les politiques de développement étaient trop influencées par les sciences « exactes » de la communauté scientifique internationale et pas assez par les sciences « inexactes » fondées sur les savoirs et l'expérience de terrain.

« Ces deux aspects de la science sont utiles, mais aucun ne suffit à lui seul », a-t-il souligné. « Les sciences exactes ne sont pas enracinées dans la communauté, tandis que les sciences inexactes pâtissent d'un manque de vision d'ensemble ».

Suman Sahai, généticien et directeur de Gene Campaign, une organisation de protection des droits des paysans en Inde, a cité d'autres exemples témoignant de la nécessité d'accorder une attention plus méticuleuse aux savoirs locaux dans la prise de décisions politiques.

D'après elle, la science locale offre souvent autant de solutions que la science moderne, ajoutant que l'inégalité entre ces deux méthodes était due en partie à la structure du pouvoir qui régentait les nouvelles sciences et technologies.

« Si nous voulons que des solutions locales soient apportées aux problèmes, les méthodes utilisées doivent être crédibles localement », explique-t-elle. « Les solutions ne doivent pas nécessairement être crédibles d'un pays à l'autre, mais seulement là où elles sont pertinentes ».

Il est important de recourir à différents systèmes de connaissances, dit Sahai. Ainsi, dans plusieurs pays en développement, ce sont seulement les sciences 'exactes' qui nourissent les avis scientifiques sur les décisions politiques.

Mais des problèmes se sont posés lorsque d'autres disciplines, dont les sciences sociales, ont été mises de côté, dit-elle.

Par exemple, la Révolution verte indienne lancée dans les années 1970, s'est concentrée sur l'augmentation des rendements agricoles au moyen de l'élevage sélectif et de l'agriculture intensive, mais cette stratégie a mis de côté l'agriculture pluviale, provoquant des problèmes importants dans les régions où la pluviométrie était faible, regrette Sahai.

Si dès le départ une attention suffisante avait été accordée aux impacts éventuels de la Révolution verte poursuit-elle, « nous aurions très probablement eu un autre type de révolution, une révolution capable de combiner les variétés à rendement élevé et des pratiques agricoles durables. Le progrès technique n'étaient donc qu'une partie de la solution ».

Lidia Brito, Directrice de la Division des politiques scientifiques et du développement durable à l'UNESCO (Organisations des Nations Unies pour l'éducation, la science et la culture), a quant à elle estimé lors du symposium que les avis scientifiques sur les questions de développement devaient être efficaces à tous les niveaux « au niveau mondial et au niveau local », et rallier divers groupes d'intervenants.

Même si les scientifiques ont posé des questions pertinentes sur l'intégration de la science dans l'élaboration des politiques, « la société peut faire encore mieux » a-t-elle conclu.

« C'est pourquoi,, si nous voulons débattre de la problématique des structures de conseils en matière de politique scientifique au niveau mondial, nous devons nous intéresser aux [interactions entre la science] et la société »

Il est également important que les preuves scientifiques soient prises en compte à chaque étape du processus de prise de décisions, a pousuivi Brito. « Il ne suffit pas de dire à un décideur politique : 'voici les faits et je vous recommande de prendre telle ou telle orientation', il s'agit également de concevoir le processus en y intégrant les preuves scientifiques», a-t-elle précisé.

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