Rapprocher la science et le développement

  • L'UNESCO juge le succès de la science dans le monde en développement mitigé

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D'après le dernier rapport sur la science de l'UNESCO (l'Organisation des Nations Unies pour l'Education, la Science et la Culture), entre 2002 et 2008, les pays en développement ont plus que doublé le nombre de publications scientifiques, mais la proportion des demandes de brevets qui leur est due est restée très faible.

La part du monde en développement dans les articles scientifiques est passée de un cinquième à environ un tiers pendant cette période. C'est ce qu'affirme le 'Rapport de l'UNESCO sur la science 2010 : L'Etat actuel de la science dans le monde'.

Le rapport, rendu public aujourd'hui (10 novembre), évalue le nombre d'articles enregistrés dans l'Index de Citations scientifiques de Thomson Reuters entre 2002 et 2008, période pendant laquelle le nombre de publications scientifiques dans le monde a augmenté d'environ 35 pour cent.

L'essentiel de cette croissance dans le monde en développement s'explique par la croissance enregistrée au Brésil, en Chine et en Inde.  Néanmoins, le rapport a établi que les pays les moins avancés (PMA), une catégorie de pays en développement, ont aussi augmenté le nombre de leurs publications scientifiques, de l'ordre de 80 pour cent. Mais cette progression part d'un point bas de 2000 articles par an, comparativement à la production totale des pays en développement de 165.000 articles, et les PMA ne représentent ainsi que 0,4 pour cent de la production mondiale.

La part de la production de l'Amérique latine est passée d'un peu moins de quatre à presque cinq pour cent, le rapport soulignant en effet que plusieurs pays de la région ont adopté des politiques favorables à l'innovation.

Dans les 22 pays et territoires insulaires du Pacifique, le volume de publications a augmenté de 42 pour cent entre 1998 et 2008. Si la science et la technologie ne figurent pas encore en tête des priorités des décideurs politiques, selon ce rapport, on note pourtant une présence et une collaboration régionales croissantes dans le domaine de la science et de la technologie.

Ce phénomène "est en grande partie attribuable à des préoccupations communes à de nombreux petits pays de basse altitude du Pacifique, comme la montée du niveau des mers, l'intrusion des eaux salées et la fréquence croissante de tempêtes dévastatrices".

Le nombre d'articles de l'Afrique sub-saharienne a augmenté de 84 pour cent, mais ne représente que 0,6 pour cent de la production mondiale, l'Afrique du Sud et le Nigéria étant les pays les plus prolifiques de la région.

Dans le même temps, l'Iran a enregistré une multiplication par cinq de sa production, essor que l'on impute à l'utilisation de revenus pétroliers par le gouvernement pour développer l'enseignement supérieur, surtout de troisième cycle.

Une grande partie du rapport traite des dépenses dans le domaine de la science et du nombre de chercheurs présents dans chaque pays, et conclut que les deux sont en hausse dans les pays en développement, comme l'a précédemment révélé SciDev.Net.

Les brevets constituent un autre élément majeur d'évaluation de la production scientifique, et le rapport a pris en compte ceux déposés auprès des offices de brevets américain, européen et japonais entre 2002 et 2006.

Les pays en développement contribuent à moins de cinq pour cent des brevets dans le monde, avec une seule demande de brevet issue des PMA en 2006.

"La plupart des pays africains, asiatiques et latino-américains ne contribuent en rien [au nombre de brevets dans le monde]", conclut le rapport, plaçant un accent sur l'absence d'interactions entre chercheurs et industriels, ainsi qu'entre les secteurs public et privé, un problème qui se pose également dans les pays arabes.

Pour Anastassios Pouris, directeur de l'Institut de l'Innovation technologique à l'Université de Prétoria, en Afrique du Sud, ce rapport surestime probablement l'augmentation de la part des pays en développement dans les publications, l'index des citations s'étant enrichi en 2008 de 700 revues, principalement des pays en développement.

Pouris impute la faible représentativité des chercheurs africains dans les demandes de brevets aux coûts élevés en Occident, et au fait que les chercheurs redoutent que leurs technologies ne soient volées, au vu des coûts prohibitifs des procédures judiciaires.

"Je ne crois pas qu'une université du continent africain a les moyens de protéger sa propriété intellectuelle".

Pour Mohamed Hassan, Directeur de TWAS, l'Académie des Sciences du Tiers-monde, "la hausse de la productivité des articles de recherche évalués par les pairs en provenance des pays en développement est évidente, mais cette hausse se limite à quelques pays comme le Brésil, la Chine et le Mexique".

Un groupe de pays les moins avancés et de pays à faible revenu accuse un retard dangereux, constate-t-il.

Représentant le quart de la population mondiale, ces pays souffrent de systèmes éducatifs inefficaces et manquent à la fois d'équipements et de compétences.

"Aucune université de ces pays ne figure au classement des 500 premières universités dans le monde", fait remarquer Hassan. "Il est surprenant que ces 80 pays contribuent si peu au progrès des connaissances."

"Cette disparité au sein des pays en développement doit être mieux soulignée dans les rapports de ce type".

Lien vers le 'Rapport de l'UNESCO sur la science 2010: L'Etat actuel de la science dans le monde' [14MB]

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