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Un détecteur de polluants pour protéger le patrimoine culturel
  • Un détecteur de polluants pour protéger le patrimoine culturel

Crédit image: University of Wisconsin-Madison African Studies Program

Lecture rapide

  • Le prototype mesure la pollution de l'air en utilisant des cristaux revêtus de métal

  • Il a été testé sur les sites du patrimoine mondial dans les pays en développement

  • Des preuves des dégâts occasionnés par la pollution pourraient aider les restaurateurs à obtenir davantage de ressources

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Un simple détecteur pourrait aider les restaurateurs sur les sites du patrimoine mondial dans les pays en développement, à comprendre et à assurer une protection contre les polluants atmosphériques susceptibles d'endommager des artefacts.

Un prototype du dispositif de mesure des polluants a été mis en place par Henoc Agbota, ingénieur à University College London, au Royaume-Uni, et a été présenté le 30 octobre dernier lors d'une conférence marquant la fin d'un programme universitaire quinquennal de financement des sciences du patrimoine.

Le travail d'Henoc Agbota a été motivé par la décision prise l'an dernier par l'UNESCO (l'Organisation des Nations Unies pour l'éducation, la science et la culture) de commencer à demander à ses sites certifiés, par le biais du Comité du Patrimoine Mondial, de fournir des données annuelles sur les niveaux de pollution atmosphérique.

En réponse, Henoc Agbota a mené une enquête auprès de25 sites dans le monde en développement et a constaté que seuls quelques-uns de ces sites avaient la capacité de répondre à la demande de l'Unesco.

Sur le site des Palais royaux d'Abomey, le siège historique des souverains du royaume du Dahomey, - le Bénin d'aujourd'hui  -, les restaurateurs s'occupent d'artefacts tels que des bas-reliefs, des trônes en bois et des armes en métal. Urbain Hadonou, le gestionnaire du site des Palais Royaux d'Abomey, explique à SciDev.Net qu'il dirige un projet appelé "Le Musée à l'école", à travers lequel les chercheurs locaux viennent étudier des artefacts.

Mais ces projets pourraient être en danger si les artefacts ne sont pas protégés contre la pollution. Près des trois-quarts des répondants à l'enquête d'Enhoc Agbota ont signalé avoir observé des dégâts qu'ils ont attribué à la pollution. Ces dégâts pouvaient se décliner sous diverses formes: dépôts de particules, corrosion et formation de « croûtes noires » sur les artefacts.

Henoc Agbota espère que son dispositif permettra de remédier à cette situation. Son appareil se compose d'une série de cristaux de quartz piézo-électrique – qui génèrent des courants électriques au fur et à mesure qu'ils se développent, ou un contact électrique en quantités infimes - revêtus d'épaisseurs variables de cuivre, de fer, de nickel ou d'étain. Au fur et à mesure que les polluants entrent en contact avec ces surfaces métalliques, ils changent la masse des cristaux, en modifiant le signal de sortie électrique et permettant ainsi de calculer les niveaux de pollution.

Le prototype peut détecter de l'oxyde de soufre et d'azote, l'ozone et l'humidité, autant de composés susceptibles d'accélérer la dégradation des artefacts.
Selon Henoc Agbota, le matériel nécessaire à la construction du détecteur coûte moins de 400 € (environ 640 $ US, soit 314.000 Francs CFA environ) et le chercheur espère qu'il pourrait être produit à moindre coût, à échelle industrielle. Il note que son plus proche concurrent sur ​​le marché, le OnGuard 3000, fabriqué par la firme américaine Purafil, coûte beaucoup plus cher.
 
Le dispositif d'Henoc Agbota a été testé sur plusieurs sites du patrimoine mondial, dans les pays en développement, dont les palais d'Abomey, et a été favorablement accueilli par les spécialistes. Suite à son utilisation, explique-t-il, "un site au Kenya a effectivement décidé de transférer une partie de sa collection vers un endroit moins pollué."


Une forte demande, peu d'offre


Henoc Agbota souligne le besoin de plus de recherche en vue de solutions pour les restaurateurs du monde en développement, mais il estime qu'il est difficile de trouver des financements. "Il y a beaucoup de demande de la part des conservateurs dans le monde en développement, mais du côté de la recherche, l'offre est encore faible", regrette-t-il.

Urbain Hadonou reconnaît pour sa part qu'il y a un besoin de meilleurs outils de surveillance des niveaux de pollution, mais ajoute : "Nous avons besoin de quelque chose qui identifie non seulement les niveaux de pollution, mais aussi utilise des techniques pour protéger efficacement les artefacts."

Henoc Agbota perçoit son projet comme une façon de montrer que la pollution est un réel problème pour les restaurateurs sur les sites du patrimoine mondial. Prendre conscience de cette réalité pourrait aider les conservateurs sur les sites du patrimoine mondial à faire pression pour plus de ressources.

"Tous ceux que j'ai rencontrés dans le domaine de la conservation dans les pays en développement recherchent des preuves pour les présenter aux décideurs", explique-t-il. "Ce projet peut nous aider à faire un bout de chemin dans ce sens."


Références

PLoS Biology doi 10.1371/journal.pbio.0030298 (2005)
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