Rapprocher la science et le développement

  • Science: si les gouvernements prennent l’initiative, ils seront soutenus

Selon Arlen Hastings, les gouvernements africains doivent investir dans la formation scientifique – mais ils ne doivent pas s’y engager seuls.

L’Afrique semble si souvent prisonnière de ses propres contrastes : pauvreté et maladies au milieu d’abondantes richesses naturelles ; famine au milieu de l’abondance. Le contraste entre la réalité et ce qu’elle pourrait être est tout frappant : le potentiel humain est à la fois un terrible gâchis et une formidable opportunité.

C’est particulièrement vrai dans le domaine des sciences. Bon nombre de ceux qui seraient les plus a meme de se saisir des problèmes les plus urgents de l’Afrique – les biologistes, les chimistes, les médecins, les ingénieurs – vont à l’étranger pour y trouver de meilleures opportunités. Ils laissent derrière eux des universités manquant de personnel, faiblement financées et une génération  de futurs scientifiques sans encadrement suffisant.   

Les bailleurs de fonds oeuvrent depuis des décennies à la résolution de ce  problème par des programmes d’appui aux universités africaines et aux chercheurs, parvenant a accomplir quelques progrès. Mais, à moins que les gouvernements africains n’allouent les financements adéquats pour former des scientifiques et des ingénieurs dans leurs propres universités, cette situation mettra du temps a s’améliorer  et l’Afrique continuera à se vider de ses éléments les plus compétents.

RELEVER le défi

Un nouveau programme, bénéficiant du soutien  d’une fondation, permet de faire face à cette situation, au moins à un modeste niveau. L’Initiative régionale africaine pour la science et l’éducation (RISE) forme des scientifiques et des ingénieurs africains de troisième cycle appelés à constituer le personnel des universités dans leurs pays d’origine et à former la prochaine génération. Gérée par le Groupe d’initiative scientifique de l’Institut d’études supérieures du New Jersey, aux Etats-Unis, en partenariat avec l’Académie africaine des sciences, la RISE compte cinq réseaux couvrant des sujets tels que la science des matériaux et la chimie des produits naturels.

Des étudiants bénéficient d’un appui à l’enseignement et des opportunités de recherche disponibles dans diverses institutions du réseau. Par ailleurs, chacune de ces institutions se renforce en s’affiliant aux autres.

Une subvention de US$ 4,9 millions de la Fondation Carnegie de New York finance la RISE. Elle bénéficie également d’un appui solide des quinze universités et instituts de recherches africains qui y adhérent, lesquels lui versent tous une partie de leurs propres ressources. Certains réseaux de la RISE entretiennent des relations avec l’industrie et tissent des liens avec des universités américaines.  

Pour parvenir à s’inscrire dans la durée, la RISE ne peut dépendre uniquement du soutien de la fondation. Tant qu’un plus grand nombre de gouvernements africains ne transformeront pas en actes  leurs discours en faveur de la science et de l’éducation, les initiatives de renforcement de capacités resteront dangereusement dépendantes de l’aide étrangère et le potentiel de l’Afrique restera non exploité.  

Les actes valent mieux que les paroles

Les dirigeants africains reconnaissent que des financements adéquats pour la formation de scientifiques universitaires sont essentiels au développement. La Déclaration d’Addis Abeba sur la science, la technologie et la recherche scientifiques pour le développement, signée par les Chefs d’Etat de l’Union africaine en janvier 2007, stipule  : "Nous…réaffirmons…notre objectif commun de faire avancer le développement du continent en promouvant la recherche dans tous les domaines, en particulier dans celui de la science et de la technologie".

Les signataires s’engagent également à "garantir l’accroissement du rôle et la revitalisation des universités africaines et d’autres institutions africaines d’enseignement supérieur, ainsi que des institutions de recherche scientifique, de sorte qu’elles puissent jouer un rôle efficace en tant que lieux d’enseignement et de développement de la science, de la technologie et de l’ingénierie."

Il n’est pas difficile pour un groupe de personnes de se réunir et de reconnaître l’importance de quelque chose. Le défi réside dans la mise en œuvre.

L’initiative du millénaire dans le domaine de la science (IMS) en Ouganda offre un modèle utile pour une coopération effective entre les gouvernements africains et les universités, les organismes donateurs, et la communauté scientifique internationale (voir 'US$30m 'millennium science initiative' for Uganda').

Initiée par des scientifiques africains et leurs collègues du monde entier, et conçue par le gouvernement ougandais en coopération avec le Banque mondiale, l’IMS est un programme de renforcement de capacités scientifiques adapté aux besoins de développement de l’Ouganda. Ce programme, soutenu par la Banque mondiale et les fonds de contrepartie du pays, aborde certains des défis contenus dans la stratégie de l’Ouganda pour la science et la technologie. Parmi ces défis figurent la formation de diplômés ayant des compétences scientifiques et techniques utiles au marché du travail, le renforcement de la formation des diplômés et l’accroissement des liens entre les universités et le secteur privé. L’IMS, qui entame sa troisième compétition annuelle,  est  considéré comme etant un succès.

D’autres pays pourraient reproduire ce modèle de collaboration. Les éléments essentiels sont les suivants : s’engager au niveau national à développer une stratégie scientifique et technologique, impliquer une banque de développement ou tout autre organisme possédant l’expertise et les ressources pour contribuer à sa mise en œuvre, faire contribuer des scientifiques travaillant sur le continent européen et à l’étranger.

Pour qu’un programme régional, y compris la RISE, puisse s’inscrire dans la durée, il ne suffit pas simplement qu’un pays y adhère – de nombreux pays devront, en effet, prendre un engagement pour la science, la technologie et l’éducation.

Les défis sont nombreux, les opportunités aussi. Les facultés et les étudiants des universités africaines veulent être capables de se développer sur le plan professionnel dans leurs pays d’origine. La communauté scientifique internationale est disposée à y contribuer et les agences de développement peuvent fournir des conseils en matière de stratégie.

Les gouvernements africains ne peuvent relever seuls les défis de développement de leurs pays, mais ils peuvent et devraient jouer un rôle central. Des amis sont prêts et impatients de leur venir en aide.

Arlen Hastings est directeur exécutif du Groupe d’initiative scientifique à l’Institut d’études supérieures, New Jersey, USA.