Rapprocher la science et le développement

  • Le monde en développement doit impulser les politiques économiques vertes

L'absence de progrs significatifs Durban sur les changements climatiques signifie que les pays en dveloppement doivent accrotre les pressions politiques.

Cela fait dsormais trois ans que les confrences internationales successives qui auraient d dboucher sur un accord quant aux mesures ncessaires la prvention des catastrophes humaines et cologiques susceptibles de dcouler de l'absence d'efforts pour limiter les changements climatiques d'origine anthropique se terminent de faon dcourageante.

Le dcor a t plant il y a deux ans Copenhague quand la 15me Confrence des parties la Convention cadre des Nations Unies sur les changements climatiques(COP 15), prsente peut-tre par erreur par les groupes cologistes comme la dernire chance pour sauver la plante, s'est acheve dans la confusion.

Aprs la toute aussi dcevante confrence de Cancun au Mexique (COP 16) de l'an dernier, les perspectives d'une fin heureuse pour la confrence organise Durban en Afrique du Sud (COP 17) au dbut du mois dcembre 2011 taient minces. La crise financire qui a frapp les pays industrialiss ces deux dernires annes n'y est pas trangre, relguant les changements climatiques loin des domaines politiques prioritaires.

Il est donc peu surprenant que la confrence de Durban n'ait pas permis d'avance significative, mis part une dcision de lancer en 2015 des ngociations sur un nouvel accord sur la rduction des missions qui devrait entrer en vigueur en 2020.

Pourtant, le message de Durban sur les changements climatiques et d'autres objectifs de durabilit a t clair. Une transition globale vers l'conomie verte au moyen d'un accord volontaire est peu probable. Il faudra une volont politique ferme de la part des pays en dveloppement, et notamment de la part des conomies mergentes qui ont beaucoup gagner de la ralisation d'une croissance durable.

Des technologies disponibles

Les aspects techniques de cette transition sont relativement faciles dfinir (et les technologies comme le charbon de bambouont t exposes Durban). La voie suivre passe par le dveloppement et le dploiement des systmes nergtiques propres.

Dans ce domaine, l'nergie solaire est le candidat naturel. Le monde en dveloppement, o la plupart des pays bnficient de conditions d'ensoleillement plus avantageuses que celles des rgions tempres, est le mieux plac pour tirer profit de ces technologies, condition que l'innovation et la production de masse permettent de rduire les cots d'quipements comme les panneaux photovoltaques. Pour les grands projets comme Desertec, les pays en dveloppement peuvent raliser un gain financier en exportant l'nergie solaire.

D'autres technologies doivent galement tre mises en uvre. Ainsi, dans le domaine de la production agricole, les missions de carbone peuvent tre rduites au moyen de techniques comme l'agriculture faible labour, et en matire de construction des logements, les nombreuses opportunits de rduction de l'nergie utilise dans la construction et l'entretien des maisons doivent tre saisies.

Mettre en place une conomie verte ne dpend pas uniquement du relvement des dfis technologiques d'attnuation des changements climatiques. Il est tout aussi important de mettre en uvre des techniques de production alimentaire (comme la lutte biologique contre les parasites) capables de stimuler la production agricole tout en assurant une utilisation durable et quitable des ressources naturelles et des cosystmes.

Des cueils d'ordres conomique et politique

Ainsi, les progrs techniques ncessaires la mise en place d'une conomie verte et la recherche scientifique mener pour que les nouvelles technologies portent des fruits sont relativement faciles identifier et dvelopper. En effet, des progrs considrables ont t accomplis depuis le Sommet de la Terre de Rio de Janeiro en 1992, il y a une vingtaine d'annes, et l'on s'en rendra probablement plus facilement compte l'occasion du Sommet Rio+20 l'an prochain qui se tiendra dans la mme ville.

Comme l'a suffisamment prouv la confrence de Durban, les intrts politiques et conomiques sont les principaux cueils l'tablissement d'une conomie verte.Les personnes qui dfendent ces intrts semblent soutenir que le maintien du statu quo, en ne prenant en compte que les signaux du march, suffiront encourager le monde dans une voie durable long terme. Mais l'chec patent de cette stratgie dans le domaine de la finance internationale donne rflchir.

Prenez par exemple la question des droits de proprit intellectuelle. Plusieurs des nouvelles technologies nergtiques ont t labores dans les laboratoires du monde dvelopp qui cherche invitablement en tirer des avantages financiers. Or, c'est dans les parties les plus dfavorises du monde, souvent incapables de payer des droits de licence levs, que leur utilit est la plus grande.

Les tentatives de rduction de ces droits n'ont jusqu' prsent eu qu'un succs limit et aucun progrs n'a t accompli sur la question la confrence de Durban.

Ncessit d'une certaine quit sociale

Tout ceci laisse croire qu'il faut des initiatives politiques plus fortes dans le monde en dveloppement (avec l'appui de pays allis du monde dvelopp) pour crer les conditions d'un essor de l'conomie verte.

De nombreux arguments peuvent tre avancs en appui l'quit sociale. Comme Sunita Narain, directeur du Centre pour la science et l'environnement de New Delhi, le soutient de manire convaincante, l'quit impose que les principaux pays responsables des changements climatiques endossent la plus lourde responsabilit dans la recherche d'une solution (et mettent disposition les ressources ncessaires cet effet). [1]

La volont des pays du Sud sera aussi ncessaire, puisqu'eux aussi ont y gagner. Les pays comme le Brsil et l'Inde font dj la triste exprience des consquences sociales et environnementales d'une croissance conomique dbride. Plus ces consquences sont graves, plus ces pays comprendront que leur bien-tre futur dpend de la recherche d'un modle de croissance diffrent de celui des pays dvelopps.

La volont et la capacit politiques de traduire des objectifs durables en actions efficaces doivent tre la priorit pour tous les pays. Pour les conomies mergentes en particulier qui deviennent de puissants acteurs sur la scne mondiale, cette priorit doit rester non seulement en tte des programmes politiques dans le cadre des prparatifs la confrence de Rio prvue en juin prochain, mais galement pour plusieurs annes venir.

David Dickson
Editorialiste, SciDev.Net

Références

[1] Narain, S. Equity: the next frontier in climate talks. Down to Earth (December 2011)

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