Rapprocher la science et le développement

  • Analyse africaine : une vision commune pour l’Afrique de l’Est est-elle possible ?

Au vu des dissensions sur une possible Fdration des Etats de lAfrique orientale, Linda Nordling se demande si la poursuite dune vision scientifique commune la sous-rgion nest pas une stratgie irraliste.

La science naime pas les frontires - elle prospre avec la libre circulation des ides et des personnes. Des pays voisins sont souvent confronts aux mmes problmes, auxquels des solutions communes seraient peut-tre mieux adaptes. Renforcer lintgration entre cinq pays dAfrique orientale parat ainsi comme une trs bonne nouvelle pour les chercheurs de la rgion. Mais les efforts dharmonisation des ambitions scientifiques dans cette rgion semblent freins par des tensions politiques.

La Communaut de lAfrique de lEst (EAC), initialement fonde en 1967, fut dissoute la fin des annes 70 suite aux divergences politiques entre les pays fondateurs, savoir, le Kenya, la Tanzanie et lOuganda. Lespace conomique fut ressuscit en 2000, le Burundi et le Rwanda y adhrant en 2007. Presque dix ans aprs sa renaissance , pourtant, lEAC nest toujours pas dot dun organe consacr lharmonisation des politiques scientifiques des pays de la rgion.

Or, lharmonisation des politiques scientifiques et ducatives fait partie des objectifs de lEAC, et ce depuis sa cration. La premire stratgie pour la priode 2000-2005 mettait ainsi un accent sur des projets conjoints dans les domaines de la recherche, de la formation et de llaboration des politiques scientifiques et technologiques en vue de la rsolution de problmes communs.

En 2003, la suite des appels lancs par les scientifiques dAfrique de lEst en faveur de la cration dun organe consacr la dfinition des politiques scientifiques rgionales ainsi qu la promotion de la coopration, lEAC avait mme annonc quelle prendrait des dispositions en vue de la cration dun Conseil est-africain de la Science et la Technologie (EASTECO).Sa mise sur pied et son fonctionnement devaient tre effectifs compter de juillet 2004.

Des obstacles lintgration

Lintgration se rvle bien plus aise en thorie quen pratique. Cinq ans plus tard, si le Kenya, le Rwanda et la Tanzanie se sont tous ports candidats pour accueillir ce Conseil, lEASTECO nest pas toujours oprationnel. Selon un responsable du Conseil national pour la Science et la Technologie du Kenya, on est, au bas mot, un an de la mise sur pied effective de lEASTECO. Revenez dans un an, suggre-t-elle, on aura peut-tre du nouveau dici l.

Pourquoi les choses tranent-elles autant ? Il est peu probable quil sagisse dun problme spcifique la science, qui ne devient un domaine politiquement sensible quassez rarement. Le retard serait plutt d la monte des tensions politiques qui minent les grands projets dintgration de la Communaut de lAfrique de lEst lhorizon de la dcennie 2010-2020.

La transformation sera graduelle. Dans un premier temps, la Communaut propose de libraliser les changes commerciaux en son sein, avant douvrir les frontires et de crer une monnaie commune.Enfin, la mise en place dune union politique intgrale avec une prsidence tournante est envisage.

Avec une population de plus de 120 millions dhabitants et un PIB estim plus de US$ 60 milliards, la Communauts de lAfrique de lEst serait un grand pays: le deuxime le plus peupl du continent aprs le Nigeria, et la quatrime plus grande conomie dAfrique. Certains doutent pourtant quelle devienne un jour une ralit.

Le Kenya, la Tanzanie et lOuganda ont convenu dune rduction des tarifs douaniers en 2005. Le Conseil commercial dAfrique de lEst (East African Business Council), estime pourtant que la mesure na pas entran daugmentation significative dans le volume des changes. La Tanzanie et lOuganda ont par ailleurs exprim quelques inquitudes quant louverture de leurs frontires, redoutant la prise de terres par des gens venus du Kenya, dont la densit de population est beaucoup plus forte. La Tanzanie affirme ensuite que les troubles qua connus le Kenya la suite des lections contestes lanne passe, freinent les progrs vers une vritable Fdration des Etats de lAfrique de lEst.

Thomas Egwang, Directeur excutif de des Acadmies de Sciences africaines Nairobi au Kenya, estime que ces profondes dissensions sont probablement responsables de la lenteur de lintgration scientifique.

Lintgration rgionale est trs souhaitable, puisque nous sommes confronts des problmes communs, comme la scurit alimentaire, la pollution et les maladies, dit-il. Pour lui, lharmonisation des rglements et des pratiques est dune importance capitale. A lheure actuelle, un essai clinique ralis au Kenya ne peut tre compar un essai ralis en Ouganda. Mais, Egwang juge lintgration rgionale un peu comme une chimre, tout simplement parce que la plupart des dirigeants africains ne veulent perdre aucun pouvoir.

Les acteurs impliqus dans le processus dintgration conteste cet avis. Pour Kizito Lubano de lInstitut des Recherches mdicales du Kenya, la volont politique est l, bien sr. Lubano est le reprsentant du Kenya dans les ngociations autour dune Commission dAfrique de lEst pour la Recherche en Sant, un organisme rgional semblable au EASTECO dont la mission sera dlaborer des politiques rgionales dans le domaine de la sant et soutenir leur mise en uvre. Selon Lubano, si cette volont politique ntait pas relle, les ngociations comme celles quil dirige nauraient pas lieu.

Mais la diffrence de son quivalent scientifique et technologique, la commission sanitaire de Lubano se fonde sur une initiative dj existante, lInitiative sanitaire rgionale de la Communaut dAfrique de lEst (Regional East African Community Health Policy Initiative ou REACH) qui milite, depuis sa cration en 2006, en faveur de la prise en compte des rsultats de la recherche en sant dans llaboration des politiques.

Linitiative REACH a dj commenc identifier les domaines prioritaires pour la recherche en sant lchelle rgionale. Elle cherche aussi faire en sorte que les politiques publiques dans le secteur de la sant soient fondes sur des preuves - comment intgrer, par exemple, dans llaboration des politiques de lutte contre le sida, les conclusions scientifiques quant aux effets de la circoncision masculine sur la transmission du VIH.

La commission sur la recherche en sant pourrait tre mise sur pied au mois de juin de cette anne, selon Lubano. Il reconnat toutefois que les retards dans les financements, que ce soit de la part des bailleurs de fonds extrieurs ou des pays membres de la Communaut, pourraient repousser lchance davantage.

En qute de leadership

Les difficults que connaissent lAfrique orientale attendent-elles les autres regroupements rgionaux africains soucieux dlaborer des politiques scientifiques communes ?

La coopration rgionale constitue lun des piliers du Plan dAction consolid, qui fait figure de programme scientifique lchelle continentale. A lexception de lAfrique australe qui sest dot dun bureau scientifique rgional en dbut danne en cours, (voir Un rseau en Afrique australe vise lintgration de la recherche scientifique et technologique), les avances en Afrique sub-saharienne sont pourtant minimes.

Ces retards sexpliquent peut-tre par un problme de leadership. Dans les rgions o il existe un leader incontest, comme lAfrique du Sud, pour apporter un cadre institutionnel et financier, lintgration rgionale de la science sest avre plus facile.

Peut-tre que la Tanzanie et lOuganda devraient enterrer pendant un temps la hache de guerre et laisser au Kenya, le pays le plus puissant de la rgion sur les plans conomique et scientifique, le leadership dans lharmonisation des rglementations et llaboration conjointe de politiques. Ou encore permettre au Rwanda, dont le Prsident, Paul Kagame, a fait preuve dune relle volont de dvelopper la science et la technologie dans son pays, de jouer ce rle.

Quelle que soit la solution, si des avances ne sont pas ralises dans domaine de lintgration scientifique en Afrique de lEst, cest toute la rgion qui serait perdante.

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