Rapprocher la science et le développement

  • Analyse africaine: Quels progrès en matière de budget scientifique?

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Après l'engagement pris en 2006 de consacrer un pour cent de son PIB à la science, Linda Nordling s'interroge sur les actions entreprises par l'Afrique : tient-elle parole, a-t-elle pris du retard, investit-elle ?

Il y a trente ans, les chefs d'Etat africains avaient convenu de porter leurs investissements dans la science et la technologie (S&T) à un pour cent du produit intérieur brut (PIB). En 2002, soit plus de deux décennies plus tard, ce plan baptisé Plan d'action de Lagos n'avait eu aucun effet, les pays d'Afrique sub-saharienne consacrant encore en moyenne seulement 0,3 pour cent de leur PIB à la S&T.

Depuis lors, l'intérêt mondial pour la science en tant qu'outil de promotion du développement s'est accru à nouveau et, en 2006, les dirigeants africains se sont de nouveau engagés à investir un pour cent du PIB, cette fois s'accordant à atteindre cet objectif en 2010.

Mais, où en sont-ils avec ce projet?

Des budgets en stagnation ?

Selon les données publiées par l'Institut de Statistique de l'UNESCO (ISU) au début de ce mois, les pays d'Afrique sub-saharienne (excepté l'Afrique du Sud) allouaient encore les mêmes montants à la S&T en 2007, soit en moyenne seulement 0.3 pour cent du PIB.

Les pays de l'Afrique du Nord n'ont pas fait mieux, leurs budgets scientifiques étant restés bloqués à 0,4 pour cent du PIB entre 2002 et 2007.

A ce stade, les performances sont très décevantes. Mais un réexamen des montants réellement dépensés, corrigés par l'inflation, révèle une situation un peu plus prometteuse.

Avant la récession économique mondiale, les pays africains affichaient des taux de croissance respectables. Avec une hausse concomitante des budgets scientifiques, les dépenses de l'Afrique sub-saharienne (l'Afrique du Sud exclue) étaient passées de US$ 1,8 milliard en 2002 à US$ 2,8 milliards en 2007.

Au nord du continent, à la meme période, et ce malgré un taux de croissance économique moins élevé mais tout aussi vigoureux, le budget scientifique de l'ensemble des pays de la région est passé de US$ 2,6 milliards en 2002 à US$ 3,3 milliards en 2007.

Une demie satisfaction

D'une manière générale, les financements disponibles pour la science en Afrique, excepté une fois de plus pour l'Afrique du Sud, ont augmenté de 50 pour cent au cours de ces cinq années.

C'est une somme considérable. Mais cela ne mérite encore qu'un demi satisfecit.

Il existe une relation certaine entre les investissements d'un pays dans la recherche et son niveau de développement. Que ce soit en Amérique latine ou en Asie du Sud-est, les pays qui se développent rapidement ont tous augmenté leurs investissements dans la S&T.

Si les pays africains n'augmentent pas leurs budgets scientifiques à un niveau supérieur à celui du taux de  croissance de leurs économies, le continent restera à la traîne en matière de développement.

Certes, les statistiques de l'UNESCO ont été établies il y a deux ans. Mais il est peu probable que les prochaines études révèlent une forte hausse au cours des années 2008 et 2009. Peu de dirigeants africains procèdent aux investissements nécessaires.

Même ceux qui en ont la volonté font face à des défis inattendus. En avril, le président tanzanien, Jakaya Kikwete, a annoncé qu'il comptait faire passer le budget scientifique et technologique de son pays de 0.3 pour cent à 1 pour cent du PIB au cours de l'exercice budgétaire 2009/2010.

Les difficultés pratiques

Mais, comme les responsables scientifiques du gouvernement de Kikwete le constatent, l'accroissement un budget exige plus qu'une simple ouverture des robinets financiers. Par exemple, il faut aussi planifier les dépenses.

« L'une des questions clés réside dans le choix du type de recherche à subventionner», déclare Hassan Mshinda, directeur général de la Commission tanzanienne des Science et Technologies. Ces choix ne seront pas faciles à opérer. Même si la cagnotte de financement s'accroit, la dépenser avec efficacité nécessitera d'allouer à certaines institutions plus de fonds qu'à d'autres, et donc de faire des choix susceptibles de créer des tensions.

Mais il est très important que les décisions de financement soient fondées sur le mérite, estime Maxwell, secrétaire exécutif du Conseil national ougandais des Sciences et Technologies.

« Je suis convaincu qu'il faut tout simplement que les fonds de recherche et développement ne soient pas versés à des chercheurs qui ne sont pas qualifiés, » recommande-t-il, ajoutant qu'ils ne devraient pas non plus être remis à des universitaires qui usent de leur influence pour récolter des fonds auprès de « parrains politiques ».

La décision de la Tanzanie a mis en lumière les lacunes des mécanismes de soutien à la science mis en place dans ce pays, révèle Mshinda. Les nombreuses institutions scientifiques du pays reçoivent des fonds de différentes institutions publiques. Avant que les nouveaux financements ne commencent à être débloqués, le système de distribution doit être au préalable mis à jour, recommande-t-il.

La rationalisation de ces mécanismes de financement prendra du temps, et implique que, de toutes les façons, cet objectif noble fixé par le président pourrait, malgré tout, ne pas être atteint l'an prochain.

Soutenir ceux qui le méritent...

Mais pinailler sur les pourcentages n'est pas notre objectif, insiste Mshinda. « Nous ne savons pas s'il sera de un pour cent ou d'un demi point du PIB, mais l'important c'est qu'il y'ait un engagement pour la science. C'est une décision courageuse pour un chef d'Etat africain », explique-t-il.

Il a raison, même une hausse de 0,2 point de pourcentage du PIB serait une chose appréciable sur un continent où le financement de la science n'a pas évolué depuis des décennies. Tant que cette dynamique est soutenue, il importe peu que l'objectif de un pour cent soit atteint en 2010, 2015 ou 2020.

Cependant, malgré ces louanges, il faut rappeler que la Tanzanie n'a pas encore atteint cet objectif. Jusqu'à ce que le Trésor signe les chèques, l'objectif de un pour cent restera une chanson qui ne fait danser personne.

 La journaliste Linda Nordling, spécialiste de la politique africaine pour la science, l'éducation et le développement travaille au Cap, en Afrique du Sud. Première rédactrice en chef de Research Africa, elle collabore au Réseau Sciences et Développement (SciDev.Net) et collabore à des journaux comme The Guardian, Nature, etc.

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