Rapprocher la science et le développement

  • Analyse africaine: Passez au vert par pragmatisme et non par profit

Pour Linda Nordling, le pragmatisme doit clipser lappt du profit lorsque les dirigeants africains sengagent pour un programme de dveloppement vert.

Imaginez lanne 2060. Trois innovations technologiques ont fait voluer en profondeur le dveloppement de lAfrique. La biotechnologie agricole a augment la productivit des agriculteurs et rduit considrablement lutilisation des pesticides et de leau. La recherche sur les mdicaments a permis de dvelopper des outils de diagnostic bon march et efficaces et des traitements pour des maladies telles que le paludisme et la schistosomiase, quifrappent durement la rgion. Enfin les fleuves, le vent et le soleil dAfrique produisent en abondance une nergie propre et bon march.

Une vision rose de lavenir? Peut-tre. Mais la Banque africaine de dveloppement la considre comme un tableau raisonnable de ce que pourrait tre lAfrique dans un demi-sicle. Dans un rapport publi rcemment, LAfrique dans 50 ans Le chemin vers la croissance inclusive, elle cite linnovation technologique comme tant lune des trois forces motrices du changement qui permettront lAfrique de relever les dfis de la pauvret, des changements climatiques et des migrations. [1]

Ce rapport semble indiquer que les pays africains emprunteront des chemins de dveloppement durable pour parvenir cette vision. Cela comprendrait un programme de croissance verte, mettant laccent sur la production dnergie propre et des pratiques agricoles et industrielles durables.

Lengagement de lAfrique sur la voie du dveloppement durable dpend de la volont des gouvernements a renoncer -- si ncessaire -- aux avantages financiers immdiats en faveur de la durabilit long terme pour leurs conomies. Selon une dclaration rcente des ministres sur le continent, cette volont est pratiquement garantie.

Les Africains solidaires

La position commune du continent a t ngocie dans la perspective des ngociations mondiales sur le dveloppement durable, prvues en juin prochain Rio de Janeiro, au Brsil. Cette confrence internationale, appele Rio +20, intervient 20 ans aprs le premier Sommet de la Terre, qui sest tenu dans la mme ville en 1992.

La dclaration de consensus de lAfrique sur Rio +20 a t le rsultat majeur dune srie de runions tenues Addis-Abeba, en Ethiopie, le mois dernier, centres sur le dveloppement vert en Afrique. Elle doit tre formellement approuve par les chefs dEtat africains au dbut de lanne prochaine. Mais elle est dj un signal clair de ce que sera la position de lAfrique dans ces ngociations.

Cette dclaration adopte un ton positif en ce quelle impose aux gouvernements africains de sapproprier leurs programmes de dveloppement durable. Nous reconnaissons que les pays africains sont principalement responsables de la conduite de leur propre agenda de dveloppement durable, dit-elle.

Les pays sengagent galement accrotre les investissements dans la science, la technologie et linnovation afin de sassurer que lAfrique nest pas en retard dans la course aux technologies vertes, et de laisser les priorits de dveloppement durable guider leurs plans nationaux de dveloppement.

Largent

Cependant, quand on en vient laspect financier des choses, il incombe toujours aux pays dvelopps dhonorer les engagements quils ont pris par le pass et de sassurer que ladoption par lAfrique dun programme de dveloppement vert naffecte pas ngativement la comptitivit du continent.

En effet, les exigences que les pays africains ont lintention de prsenter la confrence de Rio+20 ressemblent une numration des engagements pris par les pays dvelopps envers les pays en dveloppement au cours de la dernire dcennie, parmi lesquelles les promesses faites depuis le sommet du G8 de Gleneagles en 2005, de meilleures rgles commerciales pour les pays en dveloppement et la rsolution des problmes de dette des pays en dveloppement.

Malgr la ncessit daccrotre les efforts locaux, lAfrique seule ne peut pas relever le dfi du dveloppement durable, en particulier face des questions nouvelles et mergentes telles que les changements climatiques et la crise financire et conomique mondiale. Nous demandons donc a la communaut internationale de respecter ses engagements sur les transferts de ressources financires et technologiques, indique la dclaration.

Est-ce rentable?

En temprant les appels au soutien financier et en promettant de sengager rsolument pour le dveloppement durable, la position de lAfrique dans les ngociations tmoigne dune bonne stratgie diplomatique. Nanmoins, fonder tous les espoirs sur le respect de leurs engagements financiers par les pays dvelopps grce ce choix de dveloppement vert est risqu.

Dautant plus que les bnfices locaux court terme peuvent se trouver menacs. En effet, si de nombreux partisans de la croissance verte assurent que les industries vertes surclasseront les entreprises travaillant avec des solutions technologiques plus anciennes, certains universitaires estiment que lAfrique devrait rester, tout compte fait, lcartdes investissements verts

Dans un expos prsent Addis Abeba et intitul Les investissements verts favorisent-ils la croissance de la productivit?, Salifou Issoufou et Nama Ouattara, de lUniversit de Paris 11, en France, ont analys les donnes sur la priode 1987-2007 provenant de 46 pays. Ils ont conclut quune croissance de 1 pour cent des investissements verts au cours de cette priode correspond la rduction de la croissance de la productivit de 0,23 pour cent. [2]

Au regard des impacts ngatifs des investissements verts, les pays africains peuvent etre contraints de renoncer aux questions lies aux changements climatiques dans leur qute dindustrialisation, ont-ils dclar la runion.

Le pragmatisme plus important que les profits

Ces tudes sont sans aucun doute a lorigine des cauchemars du secrtariat de Rio +20, bas New York, aux Etats-Unis. Si le virage cologique est considr comme un cot pour la productivit, et donc pour la croissance conomique, les pays -- en particulier ceux en dveloppement -- seront rticents franchir le pas et sengager sur une voie du dveloppement durable, pourtant ncessaire, notamment long terme.

Cest pourquoi, lorsquils se runiront pour arrter leur position commune pour le Rio+20, les chefs dEtat africains devront insister sur la ralit des dfis auxquels le continent est confront, et sur limpratif moral de sy attaquer, autant que sur lassise financire de leur engagement envers le dveloppement vert.

Ils doivent faire preuve de pragmatisme en se rendant compte que lalternative -- impliquant potentiellement des ressources surexploites et la dgradation de lenvironnement - est peu susceptible de conduire un avenir prometteur pour lAfrique dici 2060, malgr loptimisme de la Banque africaine de dveloppement.

La journaliste Linda Nordling, spcialiste de la politique africaine pour la science, lducation et le dveloppement travaille au Cap, en Afrique du Sud. Rdactrice en chef de Research Africa, elle collabore au Rseau Sciences et Dveloppement (SciDev.Net) et collabore des journaux comme Nature, etc.

Références

[1] What will Africa be like in 2060? (African Development Bank Group, 2011)
[2]
Africa's industrialisation through green growth. (African Development Bank Group, 2011)

 
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