Rapprocher la science et le développement

  • Analyse africaine : Les ambitions scientifiques de l'Angola

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L'Angola a les moyens financiers, les appuis et la volonté politique nécessaires pour peser dans le domaine scientifique en Afrique. Mais le pays s'attaquera-t-il aux inégalités sociales ? Linda Nordling mène l'enquête.

Si vous n'avez pas entendu parler des mesures prises par l'Angola pour dynamiser son secteur scientifique et technologique, soyez rassurés, la presse internationale n'a pas beaucoup écrit sur ce sujet. Par ailleurs, sa stratégie en matière de politique scientifique de ce pays, votée un peu plus tôt cette année, n'a que récemment été traduits en portugais et en anglais.

Mais l'Angola, pays doté d'immenses ressources naturelles et dont l'économie est en forte croissance, est bien placé pour devenir la prochaine grande révélation en matière de science en Afrique. Le passage rapide du budget scientifique à presque un pour cent du produit intérieur brut (PIB), même s'il n'a pas encore été validé, pourrait donner un coup d'accélérateur au développement du pays.

Et c'est là le défi que l'Angola doit relever pour ses ambitions : la science et la technologie contribueront-elles à réduire l'immense écart de revenus entre riches et pauvres ?

Un lourd tribut à la guerre

L'Angola se lance dans cette aventure en partant quasiment de rien. Longtemps après avoir acquis son indépendance en 1976, le pays était surtout connu pour avoir connu une guerre civile qui a détruit ses infrastructures et fait environ un demi-million de morts.  

L'histoire tumultueuse du pays a grévé sa capacité à former des scientifiques. Malgré l'héritage, à l'indépendance, d'un système éducatif solide, seulement 5.000 étudiants ont obtenu leurs diplômes pendant cette guerre qui a duré de 1976 à 2002.  

Avec le retour à la paix, entre 2002 et 2008, 10.000 étudiants ont été diplomés, et les nouvelles universités qui ont poussé comme des champignons à travers le pays ont renforcé ces capacités.

Mais pendant que les universités progressaient, la science restait à la traîne. En 2009, les dépenses que le pays a consacrées à la science et a la technologie représentaient seulement 0,004 pourcent du PIB, un taux bien inférieur à la moyenne africaine.

La production scientifique du pays reflète ce faible niveau d'investissement. Entre 2005 et 2009, les scientifiques angolais n'avaient publié que 120 articles scientifiques indexés selon les critères internationaux, soit le quart du nombre d'articles publiés par le Mozambique, un autre pays lusophone encore plus pauvre. La production angolaise est égale à celle du Lesotho, un pays dont l'économie est 40 fois inférieure à la sienne.

Un avenir prometteur…

Aujourd'hui, l'Angola est mieux connu pour ses richesses minières et sa croissance économique. Le pétrole et le diamant représentent 50 pourcent de son PIB et 90 pourcent de ses recettes d'exportations.

En 2009, il a tenu son premier congrès national sur la science et la technologie. Grâce à une impulsion politique, le secteur scientifique et technologique national a enregistré un taux de croissance de 0,2 pourcent en 2010, et poursuit son développement, si l'on en croit certaines sources nationales.

Le financement de la science et de la technologie « serait sur le point d'atteindre le seuil de un pourcent du PIB », selon Domingo Neto, directeur national de la science et de la recherche.

Ces investissements seront guidés par une stratégie nationale de la science et de la technologie adoptée par le gouvernement angolais au début de cette année.

Cette stratégie [1] prévoit des critères de formation de base et une politique de vulgarisation dans le domaine de la science afin de promouvoir la culture scientifique à travers le pays. Elle compte promouvoir une science dont le secteur très lucratif des industries extractives pourrait tirer profit, mais accorde aussi la priorité aux domaines capables de diversifier son économie et d'améliorer les conditions de vie de la population, comme l'agriculture , l'hydroélectricité, la réglementation des ressources en eau et la surveillance des maladies.

Elle propose également que les revenus du diamant soient consacrés à la formation et à l'acquisition des technologies utilisables pour le développement agro-industriel, notamment la réhabilitation des zones où les ressources minières sont épuisées.

Le pays entretient également d'excellentes relations avec l'extérieur, ce qui peut contribuer au développement de ses capacités. Entre 2005 et 2009, le Portugal était son principal partenaire de coopération scientifique, suivi du Brésil. Le pays a également d'excellentes relations avec le Canada et Cuba.

Cette année, il a également lancé avec l'Afrique du Sud son premier appel conjoint à propositions de recherche. Les relations entre l'Angola et le moteur de la science en Afrique sub-saharienne, l'Afrique du Sud, sont faibles mais cela ne porte pas véritablement à conséquence dans la mesure où, dans le domaine scientifique, le Brésil est un partenaire plus solide et probablement plus dynamique. Il peut également être un exemple à suivre pour ce qui est de la contribution de la science et de la technologie au relèvement des défis nationaux.

…mais les pauvres vont-ils en profiter?

L'Angola a les moyens financiers, et dorénavant la volonté politique, pour faire de la science une priorité. Ses ambitions dans le domaine de la science et de la technologie seront jugées par la capacité de ce secteur à contribuer à la transformation du pays en une société plus ouverte et transparente et dont les richesses sont plus équitablement redistribuées.

Une petite élite se taille la part du lion dans les richesses du pays, tandis que la plupart des Angolais n'ont pas accès aux services de base comme les soins de santé et l'éducation. L'écart de revenu entre les riches et les pauvres est l'un des plus élevés d'Afrique, sinon du monde.

L'atteinte de certains objectifs en matière de stratégie nationale dans le domaine scientifique et technologique pourrait contribuer à la réduction des inégalités de revenus. Toutefois, il reste à savoir si ces objectifs sont réalisables. Il faut une culture plus ouverte et davantage de transparence dans le traitement politique de la science dans ce pays. L'Angola était, en 2010, en tête du classement des pays d'Afrique subsaharienne les plus corrompus. [2]

L'un des premières mesures efficaces que le gouvernement angolais pourrait prendre consisterait à publier les statistiques réelles de ses investissements dans la science, la technologie et l'innovation. Par exemple, les déclarations sur les 1% du PIB que le pays consacrerait à la science et à la technologie mériteraient d'être démontrées.

Il faudrait également démontrer l'utilité de ces investissements pour les populations les plus pauvres. Le peuple angolais le mérite.

La journaliste Linda Nordling, spécialiste de la politique africaine pour la science, l'éducation et le développement travaille au Cap, en Afrique du Sud. Rédactrice en chef de Research Africa, elle collabore au Réseau Sciences et Développement (SciDev.Net) et collabore à des journaux comme Nature, etc.

Références

[1] National policy for science, technology and innovation (Republic of Angola, 2011)  [624kB]
[2] Corruption perceptions index 2010 – results (Transparency International, 2010)

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