Rapprocher la science et le développement

  • Analyse africaine : Il faut réorienter les politiques scientifiques continentales

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Le plan scientifique panafricain ne coordonne toujours pas le financement des donateurs. Linda Nordling s'interroge sur la capacité de la nouvelle présidence de l'AMCOST à relever ce défi

Lorsque l'Egypte assurera pour deux ans la présidence tournante du Conseil des ministres africains de la science et la technologie (AMCOST) le mois prochain (mars), elle devra insuffler un nouveau souffle au Plan d'action consolidé (PAC) pour la science et la technologie en Afrique.

Le PAC est un cadre d'investissements dans le domaine de la science et de la technologie en Afrique. Il a été adopté en 2005 par les ministres africains de la science avec l'appui des organismes d'aide au développement et est supervisé par l'AMCOST.

De prime abord, le PAC ne semble guère être plus qu'une liste de projets, qui fait l'ébauche des 'programmes phares de recherche et développement' (R&D) dans quatre domaines: les sciences biologiques, l'eau, la science et la fabrication des matériaux, et les technologies de communication de l'information.

Il avait pourtant été pense pour être plus que cela. Il était, en effet, destiné à mieux coordonner l'aide scientifique et à mettre un terme à une tradition qui voulait que les projets sélectionnés par les donateurs répondaient en fait à leurs objectifs propres.

Une evolution décevante

Cinq ans après l'adoption du PAC, un certain nombre d'organismes donateurs sont déçus par ses réalisations, certains le déclarant même mort. Des experts en développement affirment également que le nombre de décideurs nationaux soutenant le PAC est inférieur à celui qui existait a l'origine du projet.

L'objectif principal - la coordination du financement des donateurs – n'est pas atteint, dit Paul Van Gardingen, le directeur du Centre de développement international à l'Université d'Edimbourg, au Royaume-Uni.

"Le PAC avait l'occasion  d'être plus qu'une simple liste de projets. Il devait avoir une approche intégrée", poursuit-il. "Ce qui n'est pas le cas pour le moment".

Le mécanisme proposé par le PAC pour canaliser le financement des donateurs, en l'occurence le Centre africain sur la science et l'innovation (ASIF), ne s'est pas matérialisé (voir Analyse africaine : le fonds scientifique panafricain est-il tombé dans les oubliettes?).

Pourtant des agences africaines chargée de la mise en œuvre du PAC contestent son échec et défendent au contraire son bon bilan. "Le CPA reste le cadre privilegié pour les activités scientifiques et technologiques sur le continent", dit Aggrey Ambali, du Nouveau Partenariat pour le développement de l'Afrique (NEPAD), conseiller en science et technologie.

Des progrès partiels

Les deux points de vue peuvent sembler contradictoires, mais ils sont également valables..

Beaucoup de progrès ont été enregistrés dans plusieurs programmes individuels au sein du PAC, en particulier dans les domaines des sciences biologiques et de la recherche sur l'eau.

De plus, le PAC atteindra un autre de ses objectifs lorsque l'Initiative sur les indicateurs de la science, de la technologie et de l'innovation en Afrique (ASTII), une composante clé du PAC, livrera sa première série de statistiques panafricaines en R&D, dans les deux prochains mois (voir L'enquête sur la R&D en Afrique accuse un retard).

Mais la non matérialisation de l'ASIF demeure un obstacle majeur. Les mouvements de personnel au sein du NEPAD, de la Commission de l'Union africaine et de la Banque africaine de développement ont également contribué à cette perte d'élan.

Les soucis financiers

Certains pointent l'absence de financement provenant des pays et des donateurs, une situation aggravée par la crise financière, comme étant l'explication des difficultés rencontrées dans la mise en oeuvre de l'ASIF. Il n'était en effet pas prévu que le PAC serait tributaire du financement des donateurs uniquement. Les pays africains étaient également censés verser cinq pour cent de leurs budgets de R&D à ce centre.

Selon une source qui a souhaité garder l'anonymat, les problèmes peuvent être liés au changement de statut du centre, devenu « fonds » pour la science, la technologie et l'éducation en 2007.

D'après cette source, ce passage de 'centre' à 'fonds' a provoqué un changement d'orientation depuis la livraison des résultats jusqu'à la collecte des fonds.

"Lorsque nous nous heurtions à la situation suivante : 'nous avons besoin de X millions de dollars au cours des 5 prochaines années et nous déciderons ensuite de la façon d'utiliser cet argent', il est alors est devenu plus difficile de bénéficier de l'appui des donateurs et des gouvernements africains », d'après cette même source.

Retour à l'objectif majeur

Il est faux de dire que le PAC est mort. Ou qu'il a échoué. Hormis les progrès concrets qu'il a accomplis sur le terrain, il a également porté la science et la technologie à l'attention des donateurs et des hommes politiques africains.

Mais le PAC a indiscutablement été une occasion manquée de coordonner et de consolider le financement de la science et de la technologie en Afrique.

Lorsque l'Egypte prendra les rênes de l'AMCOST, elle devrait promouvoir la réintroduction des ambitions du 'grand objectif' dans le PAC.

Trois choses doivent être faites pour restaurer la vision originelle du PAC, affirme van Gardingen. Premièrement, sa mise en œuvre doit se recentrer sur les résultats et la coordination. Deuxièmement, il a besoin du leadership de l'Union africaine et du NEPAD. Et troisièmement, il a besoin de l'appui politique et financier des pays africains.

De ces trois choses, l'appui national est le plus important, poursuit-il. "C'est lui qui pourrait convaincre les donateurs".

En d'autres termes, il est temps pour l'AMCOST de relever le défi.

La journaliste Linda Nordling, spécialiste de la politique africaine pour la science, l'éducation et le développement travaille au Cap, en Afrique du Sud. Rédactrice en chef de Research Africa, elle collabore au Réseau Sciences et Développement (SciDev.Net) et collabore à des journaux comme The Guardian, Nature, etc.

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