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  • Les intellectuels africains disent non au prix Obiang de l'UNESCO

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D'éminents intellectuels africains ont intensifié leur opposition à un prix scientifique controversé parrainé par le président de la Guinée équatoriale.

Les lauréats du prix Nobel l'archevêque Desmond Tutu et Wole Soyinka, Graça Machel du Mozambique et l'écrivain nigérian Chinua Achebe se sont joints à 123 autres africains, dont des équato-guinéens, pour exprimer leur opposition à ce prix dans une lettre adressée à l'UNESCO (l'Organisation des Nations unies pour l'éducation, la science et la culture), au nom de laquelle le prix doit être décerné.

Le Prix international Obiang Nguema Mbasogo de l'UNESCO pour la recherche en sciences de la vie est l'objet de discussions qui devraient aboutir ou échouer lors de la réunion du conseil exécutif de l'UNESCO qui se tient à Paris ce mois-ci (05-21 octobre).

Ce groupe est opposé à ce prix d'une dotation de US$ 3 millions et portant le nom d'un dictateur – qui en est le financier - aux antécédents douteux en matière de respect des droits de l'homme. Ce prix a été voté à l'unanimité par le Conseil exécutif de l'UNESCO en 2008, mais décision a été prise en juin dernier de retarder sa première attribution après l'intensification l'an dernier de l'opposition de groupes de défense des droits de l'homme..

L'on pouvait lire dans la lettre : "Le maintien de ce prix est contraire à la mission de l'UNESCO et constitue un affront pour les Africains qui travaillent partout dans le monde pour l'amélioration de nos pays".

"Tous les africains ne pensent pas qu'un dictateur devrait pouvoir s'acheter une légitimité grâce à un prix créé à Paris".

"Le Conseil exécutif de l'UNESCO a la responsabilité de protéger l'intégrité de cette organisation, que ce prix met en péril".

Parallelement, un groupe d'écrivains et d'intellectuels originaires d'Amérique latine, dont le lauréat du prix Nobel 2010 de littérature Mario Vargas Llosa, reclamait l'abandon de ce prix. La Guinée équatoriale est une ancienne colonie espagnole.

Enfin, les États-Unis ont présenté au conseil exécutif, ou siègent 58 pays, une résolution demandant le retrait du prix "en raison de l'importante réaction mondiale" que souleve ce prix et son "impact négatif sur la crédibilité, le prestige et les valeurs fondamentales de l'UNESCO".

Des propos similaires ont été tenus par les diplomates français lors de la réunion du conseil cette semaine, pour indiquer l'appui de l'Europe à la résolution présentée par les États-Unis.

Mais ce  prix bénéficie d'un large soutien de la part des délégations africaines et arabes de l'UNESCO, qui estiment que ces manœuvres, parmi lesquelles la résolution présentée par les États-Unis, ne feront que retarder l'attribution du prix plutôt que de conduire à son retrait.

Hier (11 octobre), le Groupe africain au sein de l'UNESCO a envoyé à toutes les délégations une lettre réaffirmant son soutien au prix. Il est largement admis que les pays occidentaux opposés au prix seront moins nombreux que les pays africains et d'autres qui y sont favorables.

La Guinée équatoriale a demandé à l'UNESCO de cesser de différer l'attribution du prix. Son ministre des relations extérieures, Pastor Micha Ondo Bile a déclaré lors d'une réunion de l'Assemblée générale des Nations Unies à New York le mois dernier que l'UNESCO était obligée de progresser sur ce sujet.

Bile a décrit la situation "sans précédent et par conséquent inquiétante" dans la mesure ou le prix pouvait permettre d'atténuer les souffrances des populations dans le monde, et en particulier en Afrique, ajoutant que certaines ONG étaient racistes.

Lien vers la lettre du Groupe africain

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