Rapprocher la science et le développement

  • La mauvaise qualité scientifique d'un projet sur les fonds marins dénoncée

La validité scientifique de la Déclaration d'impact sur l'environnement (DIE) de la toute première exploitation minière des fonds marins, au large des côtes de la Papouasie-Nouvelle-Guinée (PNG) fait l'objet d'un vif débat.

Un scandale qui pourrait pousser le gouvernement de la PNG à convoquer une nouvelle table ronde d'experts avant de démarrer l'exploitation l'an prochain.

L'évaluation d'impact initiale, qui a incité le gouvernement à donner le feu vert pour ladite exploitation en 2009, était "totalement inacceptable au regard des normes scientifiques". Elle s'est, de plus, appuyée sur une "science de seconde zone", avance une étude publiée par le groupe de pression Deep Sea Mining Campaign, début novembre.

Il affirme que la DIE, qui a ouvert la voie à l'octroi d'un bail minier de 20 ans en 2011 à une société canadienne, Nautilus, n'a pas correctement évalué les risques de contamination de la pêche et des personnes par les métaux.

Le gouvernement de la PNG et Nautilus Minerals Inc, la société basée à Toronto qui s'apprête à conduire l'exploitation minière en haute mer, Solwara 1, affirment qu'ils prennent très au sérieux ce nouvel examen. Quant à Coffey Natural Systems, le bureau de consultants chargé de l'étude d'impact environnemental, il maintient que son évaluation était valide sur le plan scientifique.

Nautilus projette d'exploiter les sédiments issus des sources hydrothermales sous-marines qui déposent des métaux tels que le cuivre, l'or et l'argent en fortes concentrations sur les fonds marins de la région.

La mine Solwara 1 creusera et pompera les sédiments vers une plate-forme flottante, où le minerai sera extrait. Les déchets seront, eux, retournés au fond de la mer par le biais de tuyaux.

Dans son évaluation de 2008, la DIE a affirmé que le projet serait "socialement acceptable, écologiquement responsable, techniquement réalisable et économiquement viable".

Mais le réexamen de cet EIE, conduit par John Luick, physicien en océanographie physique en poste à l'Institut sud-australien pour la recherche et le développement (South Australian Research and Development Institute ou SARDI), constate "de graves omissions et de sérieux défauts". Il souligne en particulier les lacunes portant sur les données relatives à la vitesse et à la direction des courants à différentes profondeurs, ainsi que sur la remontée des matériaux du fond marin.

Ces omissions empêchent d'évaluer de manière adéquate le risque de contamination pour l'homme et la pêche, précise le rapport.

Par ailleurs, la DIE a minimisé le risque de pénétration de métaux dans l'eau  par le canal d'émissions sur le fond marin, de fuites lors du processus de pompage ou de déversements sur la surface, ajoute Luick.

"Ils n'ont pas procédé à une analyse correcte", indique-t-il à SciDev.Net.

Un porte-parole de Nautilus a déclaré que la société prenait ce rapport au sérieux et qu'elle s'apprêtait à publier un communiqué à ce sujet.

Gunther Joku, directeur des projets spéciaux pour le ministère de l'Environnement et de la Conservation de la PNG, a indiqué son souhait d'organiser un forum, de sorte que Deep Sea Mining Campaign, Nautilus et d'autres groupes intéressés puissent exposer leurs points de vue publiquement.

Cela permettrait aux scientifiques d'exposer les tenants et aboutissants de leur projet et de s'assurer que les experts issus de tous les groupes intéressés disposent d'un espace pour se réunir, a noté Joku, interrogé par SciDev.Net.

"Nous [expliquerions] également le rôle du gouvernement dans l'application des lois au projet", a-t-il ajouté.

Pour sa part, Coffey Natural Systems s'en tient à ses résultats et soutient que le ministère de l'environnement de la PNG a même sollicité les services d'un deuxième cabinet-conseil, Cardno, pour assurer un examen de la DIE par les pairs avant d'accorder à Nautilus son permis environnemental.

Il reste que les conclusions de ce réexamen n'ont pas été rendues publiques et la communauté scientifique semble divisée sur ce sujet.

Chalapan Kaluwin, professeur de sciences environnementales à l'Université de Papouasie-Nouvelle-Guinée, note que "la DIE aurait dû constituer pour le gouvernement de la PNG une base solide pour décider d'approuver ou non ce projet et, si oui, dans quelles conditions".

"Les conclusions de ce nouveau rapport indiquent que d'importantes décisions ont été prises sur la base d'une science de pacotille", s'est-il indigné.

John Wiltshire, président associé du département du génie océanique et des ressources de l'Université de Hawaii, annonce pour sa part qu'il n'est pas préoccupé par la qualité d'analyse de la DIE.

"J'ai le sentiment que Nautilus a abattu une quantité de travail raisonnable," a-t-il indiqué à SciDev.Net. "Je ne pense pas qu'ils seraient parvenus à une conclusion différente s'ils avaient effectué davantage d'analyses".

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