Rapprocher la science et le développement

  • L'instabilité politique menacerait les programmes scientifiques de Côte d'Ivoire

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[LE CAP] Les troubles politiques en Côte d'Ivoire menaceraient de faire capoter les efforts visant à mettre en place un fonds scientifique national : c'est ce qu'affirme un éminent scientifique du pays.

L'avertissement fait suite à un énième report par le gouvernement de ce pays de l'Afrique de l'Ouest des élections générales, prévues initialement en 2005, sur fond de controverses sur les listes électorales.

Pour Bassirou Bonfoh, le directeur général du Centre suisse de recherches scientifiques (CSRS) en Côte d'Ivoire, s'exprimant marge d'une réunion internationale qui s'est tenue en Afrique du Sud la semaine dernière (11-15 avril) la situation politique du pays constitue une menace pour l'engagement pris par le gouvernement de mettre sur pied un fonds fiduciaire scientifique de US$ 24 millions et de créer un organisme indépendant chargé de la distribution des subventions.

Les scientifiques ivoiriens ont reçu une aubaine de US$ 12 millions de la Suisse en 2007 dans le cadre d'un fonds ivoiro-suisse de développement national. À l'époque, le gouvernement ivoirien a promis de fournir une somme équivalente et de mettre les deux mannes de côté pour créer un fonds fiduciaire national. Les intérêts annuels issus de ce fonds devaient ensuite venir soutenir les subventions de recherches, et les contributions des bailleurs de fonds étrangers seraient encouragées.

Selon Bonfoh, le gouvernement ivoirien s'est également engagé à créer une fondation de recherche nationale indépendante chargée d'allouer les subventions, se fixant 2013 comme date butoir pour le lancement de chacune des ces structures.

Or pour Bonfoh, s'exprimant au Cap en marge de la conférence de l'International Network of Research Management Societies, il sera très difficile pour les scientifiques de pousser le gouvernement à respecter ses engagements.

Le gouvernement "peut [à présent] vouloir utiliser cet argent à d'autres fins" a-t-il dit, ajoutant qu'il faudrait très probablement "passer par de longues négociations" pour aboutir à une fin acceptable,

Selon les déclarations de Bonfoh à la conférence, le ministère des sciences dépense peu pour la recherche, allouant à peine US$ 800.000 pour la recherche et développement chaque année.

Le CSRS gère un programme de subventions d'une dotation annuelle de US$ 720 000, provenant des intérêts générés par l'aubaine des US$ 12 millions initiaux. Mais pour Bonfoh, ce n'est qu'une solution provisoire, et l'absence d'un organisme spécialisé pour l'administration des fonds pourrait empêcher de nouveaux investissements dans le domaine de la science.

L'instabilité politique persiste, et le délai de fin mai pour les élections imposé par l'Union africaine se rapprochant, l'espoir s'amenuise.

Pour Marcel Tanner, le directeur de l'Institut suisse de Santé publique et tropicale, à Bâle - qui entretient des liens étroits avec le CSRS - le gouvernement suisse pourrait réduire le financement en accordé à la Côte d'Ivoire si la crise électorale se poursuit.

Cela porterait un coup à la recherche dans tout le pays, mais surtout au CSRS, qui dépend fortement du financement suisse. 

Tanner souligne que le fait que l'actuel ministre de la science et l'éducation ne soit qu'intérimaire - puisque le gouvernement a été dissout en février – semble indiquer une absence d'engagement politique à ces activités. "Il est certain qu'au ministère de la science, [la création de ces fonds] ne constitue pas une priorité".

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