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  • L'Afrique éliminée du 7ème programme-cadre de recherche de l'UE

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D'après certains spécialistes des politiques scientifiques, les chercheurs africains risquent d'être écartés des collaborations juteuses avec leurs confrères de l'Union européenne (UE), et ce dès 2013.

L'obligation qui incombait aux groupes de recherche européens d'inclure des confrères africains dans leurs réponses aux appels à propositions a été levée dans le programme de travail 2013 relevant du 7ème programme-cadre (PC), lancé le mois dernier (9 juillet).

Les appels à propositions du 7ème PC pour l'année 2013 concernent 11 thèmes, notamment l'agriculture, l'eau et l'énergie, pour une enveloppe totale de 8,1 milliards d'euros (US$ 10,2 millards).

Dans le cadre des subventions du 7ème PC pour la période 2010-2012, les chercheurs travaillant sur certains thèmes, notamment la pêche et les biotechnologies, avaient l'obligation de collaborer avec au moins un groupe international de chercheurs du continent africain.

Certains observateurs redoutent qu'en l'absence de cette obligation expressément formulée, les chercheurs de l'UE rechigneront à collaborer avec leurs confrères africains. L'on craint également que cette décision n'affecte les appels à propositions pour Horizon 2020, le programme-cadre de financement de la recherche et de l'innovation de l'UE pour la période 2014-2020 qui succèdera au 7ème PC, d'une valeur d'environ US$ 100 milliards.

Dans un entretien accordé à SciDev.Net, François Stepman, co-gérant européen de la Plateforme pour le partenariat Europe-Afrique de la recherche agricole pour le développement (PAEPARD), estime que s'ils n'y sont pas contraints, plusieurs chercheurs de l'UE seront réticents à coopérer avec les chercheurs africains, jugeant que cette collaboration n'apporte rien à leurs carrières.

'On note [chez les chercheurs européens] un moindre effort à collaborer avec leurs collègues africains', regrette Stepman.

Les jeunes chercheurs soucieux de leurs carrières seront plus enclins à collaborer avec des scientifiques américains, parce que cela leur donnera plus de chances de voir leurs travaux publiés dans des revues internationales, explique-t-il.

En revanche, les scientifiques confirmés sont plus enthousiastes à coopérer avec les pays du Sud, parce qu'ils ont moins à prouver et peuvent se permettre 'de travailler pour le développement'. Stepman rappelle que plusieurs vétérans de la recherche sont sur le point de prendre leur retraite et qu'ils laisseront un vide que des chercheurs plus jeunes ne s'empressent pas de combler.

Il ajoute que les chercheurs de l'UE craignent que leurs collègues africains ne manquent du soutien administratif dont bénéficient leurs confrères des pays développés, compromettant ainsi 'la soumission à temps des rapports et l'obtention des financements'.

'Il faut beaucoup travailler pour les convaincre', ajoute-t-il.

Le déclin dans le nombre de partenariats obérera la capacité des chercheurs à travailler sur des sujets d'intérêt mutuel, notamment la sécurité alimentaire, la flambée des prix des denrées alimentaires, les changements climatiques, les biocarburants et les organismes génétiquement modifiés.

Cela aurait de fâcheuses conséquences pour les chercheurs africains.

'De nombreux experts africains n'ont pas accès aux fonds de recherche dans leurs propres pays', déplore Kevin Chika Urama, Directeur exécutif du Réseau africain d'études des politiques africaines de technologies (Africa Technology Policy Studies Network, ou ATPS) à Nairobi au Kenya, dans un entretien accordé à SciDev.Net. 'Les fonds de recherche de l'UE ont joué un rôle central dans la collaboration avec les chercheurs de l'UE.'.

'De nombreux problèmes africains, comme par exemple les besoins des populations pauvres en milieu rural, ne sont pas suffisamment explorés par la recherche', regrette Urama. 'Certaines de ces questions n'intéressent pas les chercheurs européens.',  Il ajoute que l'UE pourrait apporter une solution en lançant un programme de subventions spécifiquement destiné aux chercheurs africains.

Pour Andrew Cherry, coordonnateur du Réseau pour la coordination et l'avancement de la coopération scientifique et technologique entre l'Afrique subsaharienne et l'UE (CAAST-Net), la décision de lever l'obligation de collaborer avec les chercheurs africains dans les appels à propositions du programme de travail 2013 confirme l'inquiétude des responsables politiques européens quant à l'utilisation des fonds hors de l'espace européen. Nombre d'entre eux estiment que ces fonds doivent être consacrés aux priorités de l'UE, soutient-il.  

Un fonctionnaire européen souhaitant garder l'anonymat affirme qu'une évaluation des programmes obligatoires de collaboration est en cours, et que l'UE n'avait pas su établir des liens entre les chercheurs africains engagés dans les programmes européens de renforcement des capacités et leurs confrères de l'UE qui sollicitent ces subventions. Avec pour conséquence, selon lui, une rareté de chercheurs africains suffisamment compétents pour prétendre aux subventions de l'UE.

Michael Jennings, porte-parole de la Commission européenne en matière de recherche, d'innovation et de science, juge dans un communiqué que la tâche incombant maintenant à l'UE est 'd'assurer une meilleure coordination entre les initiatives dans les domaines de la science, de la technologie et du renforcement des capacités subventionnés dans le cadre des programmes de développement européens et africains, et les activités concrètes de recherche collaborative qui pourront être sélectionnées et financées dans le cadre du 7ème PC et du futur programme Horizon 2020'.

Cherry précise toutefois que la participation des chercheurs africains au programme Horizon 2020 reste à définir.

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