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  • Le seuil de basculement de la surpêche sur les récifs de corail a été identifié

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D'après certains chercheurs, les écosystèmes des récifs coralliens sur lesquels les stocks de poissons sont passés à moins de 300 kilogrammes par hectare sont vraisemblablement sur le point de perdre leur équilibre et leur productivité.

Selon eux, ce chiffre est un indicateur du 'seuil de basculement' pour une pêche durable.

Cette conclusion, publiée dans Proceedings of the National Academy of Sciences (PNAS) le mois dernier (11 octobre), est fondée sur une analyse de la relation entre la biomasse des poissons et l'état des récifs coralliens dans plus de 300 récifs peu profonds dans neuf pays de l'Ouest de l'Océan indien, notamment le Kenya, les Maldives, les Seychelles et la Tanzanie.

Selon M. Aaron MacNeil, chercheur à l'Institut australien des sciences marines de Townsville, qui a contribué au calcul du point de basculement, « les poissons et les coraux interagissent dans une sorte de relation synergétique ».

« Les coraux offrent un habitat de protection et de vie, ainsi que de la nourriture pour les poissons, tandis que les poissons se nourrissent d'algues avec lesquels les coraux sont en compétition pour l'espace, et recyclent les nutriments à travers le système ».

Les récifs coralliens en bon état produisent jusqu'à 1000-1500 kilogrammes de poissons par hectare. Mais ils sont vulnérables à des facteurs tels que la surpêche et les équipements de pêche qui peuvent à terme les détruire, permettant ainsi aux algues de prendre le dessus.

« Lorsque la biomasse pêchée est inférieure à 300 kilogrammes par hectare, nous avons affaire à une déséquilibre brutal et rapide des écosystèmes des récifs », selon MacNeil.

Pour que les récifs demeurent productifs, les pays doivent prendre des mesures de lutte contre la surpêche, et être en mesure de réguler le nombre de pêcheurs, la quantité des prises de poissons, et les techniques de pêche, recommande Tim Mac Clanahan, biologiste en chef de la conservation à la World Conservation Society, coauteur de la mise au point de l'étude et coauteur du rapport.

Il ajoute que les filets ou pièges à petites mailles devraient être interdits sur les récifs, et imposer une limitation sur le nombre de poissons pêchés. Des interdictions pures et simples peuvent également être instituées sur la capture de certaines espèces.

Certains considèrent l'aquaculture comme une alternative à la pêche libre sur les récifs et comme une aide à la conservation.

Mais Nicholas Graham, chercheur–associé au Centre de Recherche Australien d'Excellence sur les récifs coralliens de l'Université James Cook (JCU), ainsi qu'un autre membre de l'équipe de recherche, ont observe que le modèle de l'aquaculture n'était pas simple.

« Cela peut avoir des implications sur la santé des habitats voisins ou conduire à pêcher de grandes quantités de poissons sauvages pour nourrir les poissons élevés », explique Graham.

En plus de la réglementation sur la pêche, des zones de protection marine (ZPM) peuvent être créées là où la pêche est interdite. Selon les chercheurs, elles ont fait leurs preuves dans la région occidentale de l'Océan indien et au Kenya.

« La mise en place de ZPM peut réduire efficacement le temps nécessaire à la reconstitution des récifs coralliens », affirme Porfirio Aliño, océanographe philippin qui a étudié diverses ZPM en Asie du Sud-Est et qui fait du lobbying auprès des législateurs pour la création d'un réseau de ZPM aux Philippines.

La taille des ZPM doit représenter au moins dix pourcent de la superficie d'un récif pour pouvoir freiner le phénomène de détérioration et la perte de la biodiversité, explique Aliño. En outre il serait préférable que cela soit co-géré par toutes les parties intéressées, qui se répartiront les coûts.

Il faut également imposer une application rigoureuse de la réglementation et la sensibiliser le public à la détection et à la lutte contre les activités destructrices et illégales de pêche, recommande Aliño.

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