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Des cartes pour le contrôle du paludisme

Crédit image: Flickr/Radio Okapi & AJC1

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Pleins feux sur l'ARMA – l'Atlas du Risque de la Malaria en Afrique -, lancé en 1996.

[LE CAP] Le paludisme est une des maladies les plus meurtrières de la terre.

En 2010, environ 660 000 personnes ont perdu la vie à cause de cette maladie – la plupart d’entre elles sont des enfants d’Afrique, où un enfant meurt du paludisme toutes les minutes.

Cependant, jusqu’à récemment, il était difficile d’accéder aux informations concernant les lieux de zones sensibles du paludisme en Afrique ou sur la manière dont ces zones sont influencées par le climat.

Les informations concernant la répartition du paludisme sur le continent étaient éparpillées dans des documents publiés et non-publiés, rassemblant souvent de la poussière dans les bibliothèques.

Mais désormais, grâce à une base de données digitalisée cartographiant le paludisme qui réunit toutes les données disponibles sur cette maladie, celle-ci n’a plus le statut de tueuse qui "tire à l’aveugle" des décennies passées.

L’ARMA – Atlas du Risque de la Malaria en Afrique – a été lancé en 1996, avec un apport initial de 10 000 dollars américains de la part du Programme spécial de Recherche et Formation concernant les Maladies tropicales de l’OMS pour cartographier les informations sur la prévalence du paludisme à travers l’Afrique.

La première phase du projet (1997-1998) visait à produire un atlas précis des risques du paludisme en Afrique sub-saharienne.

Le projet a été mis en place en tant qu’entreprise panafricaine, elle n’est pas la propriété de quelque organisation spécifique que ce soit, mais elle est coordonnée par le Conseil de recherche médicale d’Afrique du Sud, dans un esprit de collaboration ouverte.

Un groupe de scientifiques, postés dans des institutions en Afrique et en Europe, a travaillé ensemble sur le projet.

Davantage de financement est arrivé de la part de donateurs dont le Centre de recherches pour le développement international du Canada, le Wellcome Trust, TDR et l’Initiative multilatérale sur le paludisme (MIM), ainsi que le Partenariat Faire reculer le paludisme.

Les institutions africaines ont contribué à travers de l’expertise, du temps de personnel et des équipements.

Cinq centres régionaux – chacun utilisant un système normalisé de collecte de données - ont été fondés à travers l’Afrique.

Les pays de l’ouest de langue française avaient un bureau à Bamako, au Mali, alors que les pays de l’ouest de langue anglaise avaient une base à Navrongo, au Ghana. Yaoundé, au Cameroun, a accueilli le bureau d’Afrique centrale, Nairobi au Kenya a accueilli le poste d’Afrique de l’Est et Durban en Afrique du Sud est devenu le foyer du centre du sud de l’Afrique.   

Le projet a apporté un savoir-faire au personnel de contrôle du paludisme local pour lui permettre de référencer les données collectées, et il a formé des épidémiologistes, des docteurs et des chercheurs médicaux.

Il a formé au total : 33 personnes à l’utilisation des SIG (systèmes d’information géographique) et des bases de données, 23 à l’étude des effets du changement climatique sur la propagation de la maladie et 45 à l’interprétation des résultats pour les personnes pouvant vouloir les utiliser.

Huit personnes ont obtenu des diplômes de master et de doctorat sur le sujet du paludisme.

Le paludisme en bits et octets

Le projet de cartographie a recherché des informations sur la prévalence du paludisme depuis des sources tant publiées que non-publiées pour identifier les zones sensibles de moustiques porteurs du paludisme, la prévalence de la maladie et les conditions climatiques qui alimentent la transmission.

La base de données de l’ARMA contient plus de 13 000 enquêtes sur la prévalence du paludisme collectées dans 12 000 lieux – dont 37 pour cent dans le sud de l’Afrique, 33 pour cent en Afrique de l’Ouest, 25 pour cent en Afrique de l’Est et cinq pour cent en Afrique centrale.

Les données restent d’actualité mais aucun nouvel élément n’est ajouté.

Le projet a ensuite disséminé ces informations auprès des décideurs politiques nationaux et internationaux, distribuant 3000 cartes de répartition du paludisme de la taille d’une affiche aux programmes de contrôle du paludisme, départements de santé et instituts de recherche dans les pays où le paludisme est endémique.

Alors qu’auparavant l’absence de données enregistrées centralisées rendait le choix de solutions appropriées très difficile, les nouveaux systèmes de données aident les pays à identifier des périodes de transmission, à mettre en œuvre des programmes de contrôle et à confectionner des mesures de contrôle adaptées aux situations individuelles – ce qui permet également de sauvegarder des ressources précieuses.

Rajendra Maharaj, directeur de l’Unité de recherche sur le paludisme au Conseil de recherche médicale d’Afrique du Sud, déclare que le projet a une riche tradition pour l’assistance qu’il fournit pour la planification des programmes de contrôle du paludisme.

Konstantina Boutsika, un chercheur en épidémiologie et santé publique de l’Institut Tropical et de Santé Publique Suisse (Swiss TPH), à Bâle, en Suisse, où la base de données est désormais hébergée, dit que les cartes originales sont toujours disponibles en téléchargement sur le site Web de l’ARMA, et un cd-rom est également développé par le Conseil de recherche médicale d’Afrique du Sud pour permettre un accès facile aux données du projet ARMA.

Compter les points

Konstantina Boutsika, qui est aux commandes de l’ARMA depuis 2006, estime qu’un fait marquant du projet est la première évaluation précise du fardeau du paludisme en Afrique, qui a été rendue possible par des avancées en modélisation géographique.

"Nous pouvons désormais apporter des réponses utiles en ce qui concerne le paludisme", affirme-t-elle.

L’AMRA a rendu ses résultats disponibles au sein de rapports techniques publiés régulièrement sur son site Web, tant en anglais qu’en français.

Les bénéficiaires principaux du programme ont été identifiés comme étant les scientifiques, le personnel du programme de contrôle du paludisme et les communautés locales.

Rajendra Maharaj explique que le plan permet de soulager la maladie et la mort, spécialement chez les enfants et les femmes enceintes et a contribué aux efforts pour atteindre les six Objectifs du Millénaire pour le développement concernant le combat contre le VIH / SIDA, le paludisme et d’autres maladies.

L’AMRA était également l’un des 700 projets – sélectionnés pour leur exemplification de solutions pratiques aux défis – présentés à l’exposition universelle EXPO2000 à Hanovre, en Allemagne.

Le programme doit son succès à sa forte équipe d’enquêteurs issus d’organisations participantes, précise Rajendra Maharaj : "La grande leçon a été la collaboration internationale, qui est essentielle pour le contrôle du paludisme."

De la lutte à la victoire

Cela n’a cependant pas toujours été une croisière tranquille.

Le défi principal a été la collecte de données non-digitalisées, explique Rajendra Maharaj. « Mais cela a été surmonté par le travail d’équipe, par lequel des paludologues de tous horizons ont travaillé au sein de ministères et d’institutions académiques et scientifiques pour se procurer des données qui étaient stockées dans des boites à archives, des bibliothèques universitaires et des entrepôts gouvernementaux », explique-t-il.

Et Konstantina Boutsika d'ajouter que l’obtention du financement pour soutenir le programme a été difficile parce que l’harmonisation de différentes bases de données nécessite un investissement lourd.

Lorsque le financement pour la recherche s’est asséché en 2006, un nouveau souffle a été apporté au projet par la Fondation Bill & Melinda Gates et Swiss TPH et il a déménagé de Durban à Bâle, où la deuxième phase a été lancée.

En 2009, l’équipe des logiciels de Swiss TPH a fusionné les bases de données de l’ARMA des phases I et II et a développé une nouvelle interface web.

Depuis, la base de données de l’ARMA se trouve dans le domaine public accessible aux utilisateurs enregistrés et peut être téléchargée dans différents formats.

Konstantina Boutsika affirme en outre que les chercheurs continuent individuellement de collecter des données en Afrique et d'utiliser la base de données de l’ARMA comme élément de référence.

Munyaradzi Makoni écrit sur les sciences depuis Le Cap, en Afrique du Sud. Il écrit principalement sur la recherche scientifique africaine pour SciDev.Net, pour University World News et sur le paysage du financement de la recherche en Afrique pour Research Africa. Ses articles sont parus dans Research Caribbean et d’autres médias. En 2011, il a obtenu une bourse de recherche de journalisme scientifique du CRDI / Afrique. Il est un des contributeurs de SciDev.Net les plus réguliers, avec depuis 2008, des reportages, des billets de blogs et des articles.

Cet article est partie de la série de SciDev.Net et de l'Unesco sur les succès de la science en Afrique.

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