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Vers un vaccin antipaludique pour la femme enceinte
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  • Vers un vaccin antipaludique pour la femme enceinte

Crédit image: Flickr/Gates Foundation

Lecture rapide

  • Le candidat-vaccin est censé être administré avant la première grossesse

  • Si les tests sont concluants, le produit ne sera pas disponible avant 2025

  • 50 millions de grossesses sont risquées chaque année du fait du paludisme

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PAM VAC, un vaccin développé au Bénin pour lutter contre le paludisme chez la femme enceinte, sera soumis à des phases d’essais cliniques à partir de cette année 2015.

La phase 1 de l’essai, qui sera effectuée sur respectivement 30 à 40 volontaires allemands et béninois se déroulera en deux temps.

Le premier test aura lieu à l’Université de Tubingen en Allemagne tandis que le second est prévu pour l’année prochaine, dans la commune d’Abomey-Calavi (Bénin).

Le succès de ces différentes étapes de l’essai permettra au vaccin de subir d’autres phases de contrôle, explique Adrian Luty, chercheur à l’Institut de Recherche pour le Développement (IRD) au Bénin.

Ce processus prend normalement des mois, voire des années ; mais, il risque de durer plus longtemps parce qu’il s’agit de la femme enceinte.

En général, le processus de mise d’un vaccin sur le marché est très long, a laissé entendre Adrian Luty, qui estime qu’il faut attendre jusqu’à 2025 pour espérer une commercialisation de PAM VAC.

Le Centre d’étude et de recherche sur le paludisme associé à la grossesse et à l’enfance (CERPAGE) du Bénin est au cœur du processus de développement de ce vaccin.

Son directeur, Achille Massougbodji, a expliqué à SciDev.Net que ce médicament a été mis au point à partir d’une molécule immunogène appelée "var2csa", issue des parasites qu’on retrouve chez les femmes enceintes.

Le vaccin en question a été développé après dix ans de travaux impliquant des chercheurs de divers centres de recherche du Bénin, de la France et du Danemark.

Six partenaires internationaux font partie du consortium de ce projet financé par l’Union européenne à hauteur de 6 millions d’euros (presque quatre milliards de FCFA).

Le paludisme chez la femme enceinte ou paludisme gestationnel est dû aux interactions entre les hématies infectées du plasmodium falciparum et une protéine spécifique du placenta.

Selon Adrian Luty, cette infection qui se manifeste uniquement dans le placenta, n’est souvent pas dépistée en raison du fait que les femmes enceintes, la plupart du temps, ne déclarent pas la maladie quand elles sont affectées et ne présentent pas de symptômes.

Pour ce chercheur, PAM VAC a la particularité d’induire un anticorps qui inhibe l’interaction des hématies infectées avec la protéine exprimée au niveau du placenta de la femme enceinte.

“Ce vaccin visera de préférence les jeunes adolescentes âgées entre 13 et 15 ans avant qu’elles aient leurs premières grossesses de façon à ce que quand elles vont tomber enceinte, elles aient déjà des anticorps qui vont les protéger.”

Adrian Luty, chercheur à l'Institut de Recherche pour le Développement (IRD), Bénin

Il indique que ce vaccin ne peut pas traiter le paludisme ni chez l’enfant ni chez l’homme ni chez la femme qui n’est pas en état de grossesse.

"Ce n’est pas un vaccin qui viserait le paludisme chez l’enfant, l’homme ou la femme qui n’est pas enceinte. C’est vraiment unique pour la femme enceinte", a affirmé Adrian Luty.

Il a ajouté que ce vaccin sera destiné aux adolescentes et ne sera jamais utilisé pendant la grossesse mais avant, de préférence avant la première grossesse.

"Ce vaccin visera de préférence les jeunes adolescentes âgées entre 13 et 15 ans avant qu’elles aient leurs premières grossesses de façon à ce que quand elles vont tomber enceinte, elles aient déjà des anticorps qui vont les protéger".

"Si son efficacité est prouvée, ce vaccin permettra aux mères d’éviter l’infection au niveau du placenta, de réduire l’incidence de l’anémie chez les mères ; mais aussi, en même temps, les fausses couches. Pour les enfants, il permettra de réduire le taux de naissance prématurée et de réduire la prévalence de faible poids à la naissance", a indiqué Adrian Luty.

En Afrique subsaharienne, 50 millions de grossesses par an sont à risques à cause de l’infection placentaire du plasmodium falciparum.

Celle-ci est un véritable problème de santé publique majeur dans de nombreux pays africains.

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