Rapprocher la science et le développement

  • Mises en garde contre la 'ruée' vers les ODD avant le Sommet Rio+20

Parmi les probables débouchés majeurs de la conférence Rio+20 du mois prochain au Brésil figurent la détermination de nouveaux objectifs de développement durable (ODD) convenus au niveau international.

Ces objectifs seront fondés sur les principes de l'Agenda 21, établi en 1992 lors du premier Sommet de la Terre, à Rio, et chercheront à améliorer le bien-être humain et naturel en plaçant les pays sur des voies d'un développement qui soit économiquement, socialement et écologiquement acceptable dans des domaines comme l'eau , l'énergie ou l'alimentation.

Un accord de principe sur leur bien-fondé a émergé cette semaine lors du deuxième round de négociations informelles sur le texte appelé 'ébauche zéro' du document final qui servira de feuille de route à la Conférence des Nations Unies sur le développement durable. Toutefois, de profondes divergences subsistent entre les défenseurs des objectifs.

Certains font pression pour que le progrès soit rapide, et suggèrent que les objectifs -- et même les cibles – soient déterminés à Rio.

Cet article fait partie de notre série sur les préparatifs de Rio+20, la Conférence des Nations Unies sur le développement durable qui se tiendra du 20 au 22 juin 2012. Pour consulter les autres articles de la série, rendez-vous sur Science à Rio+20

D'autres, en revanche, craignent qu'avancer trop vite ne contribue à l'adoption d'objectifs mal ciblés et ne détourne l'attention des Objectifs du millénaire pour le développement, largement non atteints, et qui n'expirent que dans trois années.

"A l'heure actuelle, sur la base des négociations en cours, il est clair qu'il n'y a aucun doute que les ODD figureront parmi les résultats de Rio +20 et c'est probablement le nouvel élément majeur", affirme Gisbert Glaser, conseiller principal au sein du Conseil international pour la science (CIUS), qui prend part au deuxième round des discussions à New York (23 avril-04 mai).

Paula Caballero, directrice des affaires économiques et environnementales au ministère colombien des affaires étrangères et largement considérée comme la créatrice de l'idée d'ODD, se félicité du "grand appétit pour [que Rio+20 débouche sur] des résultats. Nous avons très fortement l'impression qu'à Rio, nous devrons adopter une liste indicative, préliminaire d'Objectifs de développement durable".

Selon Caballero, les objectifs pourraient être suffisamment avancés d'ici le sommet pour que leur suivi soit réalisé par un comité technique.

Pourtant, Alex Evans, qui dirige le programme sur la rareté des ressources au Centre de coopération internationale, à l'Université de New York, a exprimé sa consternation devant cette perspective, et a exhorté les négociateurs se préparer plutôt "à déclencher les discussions sur l'après-2015".

Il craint que des objectifs trop ambitieux fixés à Rio suscitent "l'acrimonie" sur le long terme. Dans le même temps, il met en garde contre des objectifs "rhétoriques" sans détail et sans plan d'action.

"Par-dessus tout, ma plus grande crainte est de perdre le ciblage par les OMD des plus pauvres pour aucun avantage correspondant", a-t-il souligné.

Pour Neva Frecheville, conseillère en politique de développement international auprès de WWF Royaume-Uni, "les politiciens ont beaucoup investi pour que Rio +20 débouche sur des résultats positifs ... les gouvernements nationaux veulent une grande victoire.

"Mais si nous nous trompons, nous allons devoir vivre avec les conséquences pendant un bon moment".

Selon Caballero, que le processus d'identification des ODD dure "deux ans ou dix minutes", les mêmes résultats sont à attendre. En revanche, reporter la prise de décisions clés au-delà de Rio+20 pourrait conduire à des milliers de pages de suggestions "et peut-être à 80 objectifs", et réduire la liste prendrait des années.

Indépendamment des résultats de Rio+20, il est aujourd'hui largement admis que les objectifs seront suivis par un groupe intergouvernemental placé sous l'autorité directe du Secrétaire général, Ban Ki-moon.

Cet article fait partie de notre couverture sur la Science à Rio+20.