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Nutrition: Des experts africains préconisent des solutions endogènes
  • Nutrition: Des experts africains préconisent des solutions endogènes

Crédit image: Flickr/UNHCR, F. Noy

Lecture rapide

  • Les chercheurs ont évalué les priorités de recherche de 117 experts dans 40 pays africains

  • Ils ont constaté que la recherche en matière de nutrition est orientée par les donateurs et se concentre sur le traitement

  • Ils soulignent la nécessité de mettre l’accent sur les problèmes et les solutions à l’échelle locale, pour résoudre les problèmes de nutrition

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[MUTARE, ZIMBABWE] Chercheurs et décideurs africains en matière de nutrition appellent à la mise en place d’approches africaines privilégiant un savoir endogène et l’implication des communautés à la base pour remédier aux grands problèmes de malnutrition et de faim qui affectent des millions de personnes sur le continent.
 
Selon un groupe de chercheurs de la Belgique, du Bénin, des Pays-Bas, d’Afrique du Sud, de la Tanzanie et du Royaume-Uni, bien que les taux de malnutrition soient en déclin à l'échelle mondiale, la plupart des pays d'Afrique subsaharienne sont à la traîne en raison de l'absence d'interventions efficaces.

Ce constat est contenu dans une étude menée par les chercheurs et intitulée Recherche sur une Nutrition durable pour l'Afrique dans les années à venir (Sustainable Nutrition Research for Africa in the Years to come - SUNRAY).
 
L'étude, qui a été menée du 1er janvier 2011 au 31 décembre 2012 et financée par l'Union européenne, s’est focalisée sur l'identification de solutions pour résoudre les problèmes nutritionnels et les priorités de recherche dans quarante pays d'Afrique subsaharienne, dont l'Angola, le Bénin, le Cameroun, le Tchad, le Kenya, l’Afrique du Sud, le Soudan, la Tanzanie, l'Ouganda et le Zimbabwe.

“L'Afrique a besoin de prendre en charge les priorités de recherche [en matière de nutrition] si elle veut vaincre la faim et la malnutrition.”

Eunice Nago Koukoubou, Université d'Abomey-Calavi, Bénin

 
Les chercheurs de l’initiative SUNRAY ont passé en revue des publications de recherche en matière de nutrition sur l'Afrique sub-saharienne publiés entre 2000 et 2010, interviewé 117 spécialistes de la nutrition dans les quarante pays et analysé les résultats de trois ateliers qu'ils ont organisés à l’intention des experts africains, pour aider à définir les priorités de la recherche en matière de nutrition pour la région.

Une des publications issues de l'étude a été publiée dans la revue PLoS Medicine du mois dernier (28 janvier).
 
Selon les conclusions de l'étude, les programmes de nutrition financés par des donateurs étrangers se concentrent généralement sur ​​le traitement et les solutions techniques plutôt que la prévention et les interventions communautaires.

Eunice Nago Koukoubou, co-auteur de l'étude et conseillère en nutrition à l'Université d'Abomey-Calavi, au Bénin, affirme que leurs résultats montrent que les vrais problèmes du continent en matière de nutrition ne sont pas détectés et traités parce que les chercheurs africains ne parviennent pas à prendre la responsabilité d'identifier et de résoudre les problèmes de leurs propres populations.
 
"L'Afrique a besoin de prendre en charge les priorités de recherche [en matière de nutrition] si elle veut vaincre la faim et la malnutrition", estime-t-elle." Il est important que les chercheurs trouvent la meilleure façon de communiquer avec les décideurs, de l'identification des problèmes à l'identification des solutions, afin que leurs résultats servent à élaborer des politiques en matière de nutrition et de santé."
 
Eunice Nago Koukoubou a en outre déclaré à SciDev.Net que la recherche en nutrition en Afrique est orientée en fonction des objectifs des donateurs et caractérisée par une mauvaise collaboration entre chercheurs sur le continent. 

Elle a par ailleurs averti qu’en l’absence d’un changement de paradigme, beaucoup d’argent serait dépensé, sans que les problèmes liés à la malnutrition ne soient réglés.

Lara Rickard, diététicienne et nutritionniste à l'hôpital de Murambi Jardins au Zimbabwe, a quant à elle applaudi les chercheurs pour avoir identifié les lacunes et les liens entre la politique nutritionnelle et la recherche, soutenant que les interventions communautaires sauveront le continent de ses problèmes en matière de nutrition.
 
"Dans une perspective plus large, les résultats de la recherche sont destinés à la conception de politiques maison adaptées pour combler les fossés en matière de nutrition en Afrique et dans d'autres pays en développement", estime Lara Rickard.
 
Lien vers l'article intégral dans la revue PLoS Medicine PLOS Medicine
 
Cet article a été rédigé par le desk Afrique sub-saharienne de SciDev.Net.



Références

PLOS Medicine doi 10.1371/journal.pmed.1001593 (2014)
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