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L'impact de la crise du tilapia sur les pays africains
  • L'impact de la crise du tilapia sur les pays africains

Crédit image: Sayda Nargish Parvin

Lecture rapide

  • Le tilapia est considéré comme crucial dans la sécurité alimentaire des pays africains

  • Trois pays ont suspendu leurs importations : la Côte d'Ivoire, la RDC et le Bénin

  • Dans les pays producteurs, un certain flou persiste quant à la situation épidémiologique

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Depuis l'alerte [1] émise fin mai par l'Organisation des Nations unies pour l'Alimentation et l'Agriculture (FAO) concernant le virus du tilapia lacustre (TiLV), plusieurs pays africains ont pris des mesures conservatoires pour éviter que leurs stocks de poisson ne soient affectés.

C'est le cas, notamment, de la République démocratique du Congo (RDC), de la Côte d'Ivoire et du Bénin.

A Cotonou, le gouvernement a suspendu "l'importation du tilapia en provenance de certains pays grands producteurs comme l’Equateur, la Thaïlande, la Colombie, Israël et l’Egypte".

“Il n’est signalé aucun risque pour l’homme qui mange du poisson infecté de TiLV. Ce n’est pas une maladie qui se transmet du poisson à l’homme.”

Dossa Wenon
Ministère de l'Agriculture, de l'Elevage et de la Pêche (Bénin)

La décision concerne "l’importation par les voies terrestre, maritime, aérienne et fluviale de tilapia vivant sous forme d’œufs, de larves, de juvéniles, de géniteurs ou de poisson tilapia mort sous forme congelée ou dérivée."
 
Le gouvernement justifie la mesure par le fait que le Bénin, en tant que pays éleveur et consommateur de tilapia, est susceptible d’être attaqué par le Virus du Tilapia Lacustre (TiLV), en raison des cours d’eau qu’il a en partage avec d’autres pays d’Afrique de l’Ouest.
 
Toutefois, dans la région, le Togo, voisin de l'Ouest avec lequel le Bénin partage le fleuve Mono, n'a pas jugé utile de suivre l'exemple béninois.
 
"Il n’y a aucune menace pour notre pays. Nous avons pris des mesures depuis des mois et toute entrée de tilapia suit des circuits sanitaires rigoureux", a indiqué à la presse le directeur de l'Elevage et de la Pêche, Komla Batawila.
 
Selon Dossa Wenon, chef du service d’appui au développement de l’aquaculture au ministère béninois de l’Elevage et de la Pêche, "par rapport au volume global de poisson congelé importé au Bénin, la proportion de tilapia est de l’ordre de 2%."
 
La suspension des importations de tilapia ne devrait donc pas faire courir au pays un risque majeur en terme de sécurité alimentaire.
 
Mais si l'épidémie venait à perdurer et à s'étendre, la sécurité alimentaire de plusieurs pays africains traditionnellement considérés comme de grands consommateurs pourrait être menacée, notamment l'Egypte, la Côte d'Ivoire, le Ghana, l'Ouganda, la RDC, le Kenya, la Tanzanie et le Zimbabwe.
 
Mévente
 
C'est précisément pour éviter d'en arriver là que certains gouvernements ont pris des mesures conservatoires.
 
Elles se traduisent, pour ce qui est du Bénin, par une mévente que déplorent notamment beaucoup de revendeuses de poisson.
 
A l’embarcadère d’Abomey-Calavi, dans la banlieue nord de Cotonou, le tilapia est de moins en moins présent sur les étalages.
 
Edith Winsou, une revendeuse, raconte que les clients évitent carrément les tilapias, même ceux produits localement ou pêchés dans les plans d’eau du pays.
 
"Nos ventes ont chuté", renchérit sa voisine, Yvette Agadi.
 
Maurice Kokpé, gérant d’une poissonnerie à Abomey-Calavi, se plaint aussi de la mévente causée, selon lui, par cette mesure gouvernementale.
 
"Aujourd’hui, nos ventes n’atteignent pas 3% de ce qu’elles étaient il y a quelques mois. Les clients affichent une certaine réticence vis-à-vis du tilapia, quelle que soit son origine. Certains poussent la crainte jusqu’à se détourner de tous les types de poisson importés."
 
Le président du Groupement des importateurs de produits congelés (GIPC), Auguste Issa Kora, déplore pour sa part une décision qui "fait énormément mal".
 
"Certains de nos conteneurs sont restés bloqués longtemps au port", indique-t-il, ajoutant que la clientèle est restée ferme, puisque le message véhiculé par la communication gouvernementale entretenait dans l'esprit de la population l'idée que "le tilapia tue".
 
Selon l’Organisation mondiale de la santé animale (OIE), le Virus du Tilapia lacustre (TiLV) ne présente aucun risque zoonotique, comme le précise Dossa Wenon : "Il n’est signalé aucun risque pour l’homme qui mange du poisson infecté de TiLV. Ce n’est pas une maladie qui se transmet du poisson à l’homme".
 
En ce qui concerne les pays producteurs affectés par la maladie,  plus de six mois après l'alerte, la situation reste quelque peu floue.
 
Selon une source de la FAO contactée par le desk Asie/Pacifique de SciDev.Net, la seule chose confirmée est que le virus continue de faire des ravages à Taïwan et en Thaïlande et la maladie est soupçonnée d'être présente aux Philippines et dans d'autres pays asiatiques, alors qu'Israël met au point un vaccin, sans fournir de détails.
 
La FAO [2] estime la production mondiale de tilapia à 6,4 millions de tonnes métriques (MMT).
 
En 2015, les trois premiers producteurs étaient la Chine (1,78 MMT), l'Indonésie (1,12 MMT) et l'Égypte (0,88 MMT). Les autres principaux producteurs sont le Bangladesh, le Vietnam et les Philippines.

Références

[1] Outbreaks of Tilapia lake virus (TiLV) threaten the livelihoods and food security of millions of people dependent on tilapia farming
 
[2] [FAO] Organisation des Nations Unies pour l'alimentation et l'agriculture. 2017. Statistiques sur la Pêche et l'aquaculture. Production mondiale par source de production 1950-2015 (FishstatJ). Département des pêches et de l'aquaculture de la FAO [en ligne]. Rome. Mis à jour en 2017. 
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