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Exode des médecins africains aux USA
  • Exode des médecins africains aux USA

Crédit image: Flickr/ Curt Carnemark /World Bank

Lecture rapide

  • L'Afrique ne compte que de 2% des médecins du monde, malgré son lourd fardeau de maladies

  • Le manque de satisfaction dans le travail en Afrique favorise le départ des médecins pour l'étranger

  • De l’avis des experts, les gouvernements doivent retenir les médecins avec, entre autres, des incitations.

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[NAIROBI] Selon des chercheurs, la migration des médecins depuis l'Afrique vers des pâturages plus favorables aux États-Unis s’est accentuée au cours de la dernière décennie, malgré une relative croissance économique et le recul de l'instabilité politique dans de nombreux pays.

Des médecins du continent ont émigré aux États-Unis en nombre encore plus important par rapport aux années précédentes, dans une proportion qui a augmenté de 38 pour cent entre 2002 et 2011, selon une étude publiée dans PLoS Medicine, le 17 septembre dernier. 

Les résultats, qui ont découlé de l'analyse du registre des médecins exerçant aux États-Unis selon la ‘Physician Master file’ de 2011 publiée par l’American Medical Association, montrent que l'Afrique, tout en supportant un quart du fardeau mondial de maladies, ne compte que 2 pour cent des médecins du monde.

Les chercheurs basés aux Etats-Unis ont examiné la migration de médecins de 28 pays d'Afrique subsaharienne, dont l'Afrique du Sud, le Cameroun, l'Ethiopie, le Ghana, le Kenya, le Libéria, le Nigéria, l’Ouganda, le Soudan, la Tanzanie, la Zambie et le Zimbabwe.

Leurs résultats montrent une aggravation de la situation en Afrique sub-saharienne en termes de nombre de médecin par habitant.
 
Certains médecins africains, observent les auteurs, exercent aux Etats-Unis des activités qui sont "en deçà" de leur formation : pour survivre, ils exercent toutes sortes d'emplois autres que la pratique de la médecine. 

En moyenne, les médecins migrants travaillent aux États-Unis pendant une période de 18 ans.

"L’Afrique du Sud a été l'exception en 2011, avec une baisse de 8 pour cent du nombre des médecins migrant vers les États-Unis. L'étude attribue la fuite continue des cerveaux au manque de satisfaction professionnelle dans les pays d'origine des migrants."

"C'est peut-être trop ambitieux et probablement irréaliste de stopper totalement la migration des médecins des pays pauvres d'Afrique vers les États-Unis ou le Canada. Toutefois, dans l'intérêt de l'équité sanitaire, il est possible et souhaitable de réduire l'ampleur de ces mouvements", affirme l'auteur principal de l’étude, Akhenaten Tankwanchi, consultant indépendant basé aux Etats-Unis.

C'est peut-être trop ambitieux et probablement irréaliste de stopper totalement la migration des médecins des pays pauvres d'Afrique vers les États-Unis ou le Canada. Toutefois, dans l'intérêt de l'équité sanitaire, il est possible et souhaitable de réduire l'ampleur de ces mouvements.”

Akhenaten Tankwanchi

L'étude montre que le Libéria, qui sort d'une longue période de conflit, compte 1,37 médecin pour 100.000 habitants par rapport aux États-Unis qui en comptent 250 pour 100 000 personnes, selon les estimations de 2008.

Dans le but de chercher à les retenir dans leur pays d'origine, Tankwanchi recommande qu’un plus grand accent soit placé sur des stratégies de rétention comprenant notamment l’amélioration des conditions de travail et de vie des médecins en Afrique. 

Les pays développés pourraient également contribuer à inverser la tendance, en formant leurs propres médecins en plus grand nombre, ou en refusant d'accorder le permis de résidence aux médecins migrants âgés de moins de 36 ans, selon Tankwanchi. 

Esther Ogara, directrice adjointe au ministère kenyan de la Santé, partage cet avis, en notant que les médecins migrant de l'Afrique vers les pays développés ont tendance à être principalement jeunes et au sommet de leur productivité.

Elle exhorte les gouvernements à envisager d'améliorer les salaires et fournir aux médecins des incitations comme le logement, de bons équipements de travail et des possibilités d'avancements professionnels, pour aider à améliorer et à maintenir la population de médecins à des niveaux adéquats en Afrique. 

Lien vers l’article complet dans PLOS Medicine
 
Cet article est une production de la rédaction Afrique sub-saharienne de SciDev.Net.


Références

PLOS Medicine  doi 10.1371/journal.pmed.1​001513 (2013)
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