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Une trentaine de pays vulnérables à une nouvelle épidémie de type Ebola
  • Une trentaine de pays vulnérables à une nouvelle épidémie de type Ebola

Crédit image: Flickr/Liberia Nursery

Lecture rapide

  • Au total, 1.88 milliard de personnes vivent dans les pays identifiés comme "à risque"

  • Save the Children appelle à investir dans les systèmes de santé de ces pays pour prévenir des épidémies d'une ampleur comparable à celle qui affecte l'Afrique de l'Ouest

  • Des spécialistes mettent en cause les programmes d'austérité du Fonds Monétaire International.

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Dans un rapport intitulé "Un appel au réveil: leçons tirées de l'épidémie d'Ebola pour les systèmes de santé à l'échelle mondiale", l'ONG Save the Children estime que près de trente pays sont vulnérables à une nouvelle épidémie de type Ebola, en raison de la faiblesse de leurs systèmes de santé.

Le rapport a classé les pays les plus pauvres du monde, selon des critères tenant compte de l'état de leurs systèmes de santé et établi que 28 de ces pays disposent de systèmes de santé encore moins fiables que ceux du Liberia, l'un des trois pays, en plus de la Guinée et de la Sierra Leone, affectés par l'épidémie d'Ebola, qui a fait à ce jour plus de 9000 morts et donné lieu à une mobilisation sans précédent de la communauté internationale, en vue de la contenir.

“Les efforts de riposte contre l'épidémie d'Ebola ont coûté à la communauté internationale 2525 milliards de Francs CFA, alors que le renforcement a priori des systèmes de santé des pays affectés n'aurait coûté que 947 milliards de Francs CFA.”

Simon Wright
Save the Children

Simon Wright, auteur principal du rapport, a déclaré à SciDev.Net que "la population des 28 pays à risque était de 1.88 milliard en 2004. Les calculs effectués à l'époque avaient montré que 31.6 millions de décès enregistrés dans ces pays auraient pu provenir d'une épidémie de grippe similaire à la grippe espagnole."

"Les facteurs qui ont prévalu dans le cas de chaque pays ne sont pas déterminés", poursuit le chercheur. "Mais nous savons que la faiblesse de leurs systèmes de santé a sans doute contribué à rendre la situation plus difficile à gérer."

Investir dans des systèmes de santé robustes

Le rapport souligne en outre l'impérieuse nécessité, dans un contexte de mobilité démographique accrue, combiné avec la menace de maladies infectieuses et l'émergence de deux nouvelles maladies zoonotiques chaque année, d'investir dans la mise en place de systèmes de santé plus solides, afin d'éviter que des maladies ne se propagent à un rythme aussi accéléré que celui de l'actuelle épidémie d'Ebola.

Rappelant le vieux proverbe selon lequel il vaut mieux prévenir que guérir, Save the Children estime que les efforts de riposte contre l'épidémie d'Ebola en Afrique de l'Ouest ont coûté à la communauté internationale £2.8 milliards (environ 2525 milliards de Francs CFA), alors que le renforcement a priori des systèmes de santé des pays affectés n'aurait coûté que £1.05 milliard (environ 947 milliards de Francs CFA).

Selon Simon Wright, "cette somme est la différence entre les dépenses budgétaires effectuées en 2012 et les dépenses que les gouvernements auraient dû effectuer pour assurer le minimum en termes de services de santé, sur la base d'un investissement de $86 par tête d'habitant et par an."

Toutefois, comme l'ont noté de nombreux spécialistes de l'économie de la santé, les politiques d'austérité imposées par le Fonds Monétaire International (FMI) aux pays les moins avancés ne sont pas de nature à permettre aux pays les plus touchés par l'épidémie d'Ebola d'entretenir des systèmes de santé susceptibles de permettre une lutte efficace contre l'épidémie.

Le FMI a toujours soutenu que ses programmes permettent aux gouvernements de rationaliser leurs dépenses en matière de santé et qu'un certain nombre d'idées novatrices ont été introduites pour permettre aux pays emprunteurs d'assurer un minimum de protection des systèmes de santé, dans le contexte des mesures d'ajustement structurel préconisées.

Mais Thomas Stubbs, sociologue à l'université de Cambridge, en Grande-Bretagne, a déclaré à SciDev.Net que "la mise en place de systèmes de santé efficaces en Afrique de l'Ouest requiert des investissements à long terme dans les infrastructures de santé et des ressources humaines. Les organisations internationales telles que l'OMS, le FMI et la Banque mondiale ont la responsabilité de renforcer leur engagement en faveur de ces pays. Elles doivent faire en sorte que les systèmes de santé reçoivent non seulement l'augmentation nécessaire des fonds, mais aussi un environnement de financement stable pour fonctionner. Investir dans les systèmes de santé permet non seulement d'éviter les catastrophes en matière de santé publique, mais donne également les dividendes pour l'économie. L'impératif d'une action est urgent."

"Idée fausse"

Mais pour le FMI, "la notion selon laquelle les programmes appuyés par le FMI reposent tous sur l'austérité dans les pays à faible revenu est une idée fausse. Depuis 1999, les conseils en matière de politique économique et l'assistance financière fournis par le FMI aux pays à faible revenu par le biais de du fonds de Facilité pour la réduction de la pauvreté et la croissance (FRPC) se sont fortement axés sur des objectifs à moyen et à long terme qui sont importants pour la réduction de la pauvreté et la croissance. Des preuves obtenues à partir de la recherche empirique par le FMI suggèrent que l'appui au programme du FMI à plus long terme a contribué à aider les pays à faible revenu à réduire la pauvreté de manière significative et à parvenir à des niveaux plus élevés en matière de santé, d'éducation et de dépenses sociales par rapport aux pays dans la même situation, sans les programmes du FMI."

L'organisation affirme en outre avoir "travaillé très étroitement avec les gouvernements de la Guinée, du Libéria et de la Sierra Leone et les aide en fournissant des conseils sur la mise en œuvre de politiques macroéconomiques appropriées dans le contexte de l'épidémie, ainsi que des financements supplémentaires considérables."

"Les financements avec des taux d'intérêt nuls fournis par le Fonds aux trois pays s'élèvent à environ 290 millions de dollars depuis septembre 2014", précise le FMI dans une note à SciDev.Net.

Ces efforts sont reconnus par Simon Wright de Save The Children, qui précise néanmoins que "le FMI doit également soutenir d'autres pays et percevoir les dépenses de santé comme un investissement – sur le marché de l'emploi et dans une main d'œuvre en bonne santé – plutôt que comme un investissement à décourager.

Simon Wright souligne en outre l'urgence de reconstruire les systèmes de santé en Guinée, en Sierra Leone et au Liberia: "A un moment où ces pays se relèvent de l'épidémie, ils doivent s'assurer de construire un système de santé plus robuste", s'appuyant sur les progrès enregistrés par les pays affectés, notamment la Sierra Leone et le Liberia, avant l'épidémie d'Ebola.

Réagissant à cette composante clé du rapport, Justin Forsyth, le président de Save the Children, a pour sa part déclaré qu'un "système de santé robuste aurait pu permettre de stopper Ebola dans son élan, de sauver la vie de milliers d'enfants et d'économiser beaucoup d'argent."

"Le monde a compris la réalité d'Ebola, mais les gens doivent maintenant comprendre la réalité du scandale des systèmes de santé déficients. Ils ne font pas que nous exposer au risque de propagation de nouvelles maladies, mais contribuent aussi à la mort de 17.000 enfants chaque jour, due à des maladies susceptibles d'être évitées, telles que la pneumonie et le paludisme."


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