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Un moyen pour améliorer le traitement de l’onchocercose
  • Un moyen pour améliorer le traitement de l’onchocercose

Crédit image: Flickr / Prilfish

Lecture rapide

  • Il y a 20 ans, les soins au Mectizan avaient révélé de graves effets secondaires

  • Maintenant, un test identifie d’abord les patients éligibles à ce médicament

  • Cette nouvelle méthode n’a présenté jusqu’ici que des résultats positifs

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Depuis quelques mois, le Cameroun s’est mis à l’utilisation du Cellscope loa pour déterminer les populations éligibles au traitement de l’onchocercose (encore appelée cécité des rivières) par le Mectizan.
 
Cet outil procède à un test sur une goutte de sang frais au microscope ; test mis au point par des informaticiens de l’Université de Berkeley aux Etats-Unis, pour compter les microfilaires présents dans le sang des individus ; en se basant sur les mouvements caractéristiques de ces filaires.
 
Un algorithme introduit dans un téléphone portable classique ensuite utilise le système optique de ce dernier pour énumérer le nombre de microfilaires présents dans la goutte de sang prélévée, et calculer ensuite la charge parasitaire.
 
Cette information permet alors de savoir si le Mectizan, remède contre l’onchocercose, peut être administré au patient ou pas.
 
La mise au point de cet instrument est partie d’une expérience mal vécue par les populations il y a une vingtaine d’années, après l’administration du même médicament.
 
Des sujets avaient en effet développé des complications post-Mectizan allant parfois jusqu’au coma, nécessitant une hospitalisation.
 
A cause de la gravité de ces effets indésirables, la petite ville d’Okola (près de Yaoundé) et ses environs n’avaient plus bénéficié des traitements de masse contre l’onchocercose suite à des recommandations du Comité d’experts du Mectizan et du comité consultatif technique du Programme africain de lutte contre l’onchocercose (APOC).
 
Ceux-ci avaient instruit d’exclure du traitment de masse les zones où la loase (filariose provoquée par le ver loa loa) est fortement endémique et où l’onchocercose est hypoendémique.
 
Ce qui constituait alors pour le pays un coup de frein à la lutte contre l’onchocercose qui toucherait environ 37 millions de personnes dans le monde sur près de 89 millions de personnes jugées à risque, et se trouvant essentiellement en Afrique.

“Jusqu’ici des gens ont eu peur de prendre du Mectizan. En rassurant les populations que par le test, on peut savoir si le patient peut développer des effets secondaires graves et ainsi lui administrer un autre médicament, cela va contribuer à éliminer l’onchocercose”

Didier Benjamin Biholong
 
Programme national de lutte contre l’onchocercose, Cameroun. 

Dailleurs, "en 2013, des enquêtes ont montré que l’onchocercose pouvait toucher une forte proportion du district d’Okola. Il a donc été décidé que cette aire de santé sera traitée", peut-on lire sur la notice d’information adressée aux populations et signée de Joseph Kamgno, directeur du Centre de recherche sur les filarioses et autres maladies tropicales (CRFilMT).
 
Mais comment traiter une zone dans laquelle le risque de développer des effets indésirables graves est très élevé ? C’est le problème que devaient resourdre le CRFilMT et ses partenaires, notamment l’Institut de recherche pour le développement (IRD) et trois instituts américains : le National institute of health (NIH), l’Université de l’Etat de Michigan et l’Université de Berkeley.
 
"On a donc essayé de trouver un moyen de prévenir les effets indésirables ; et l’une des pistes c’était d’identifier avant l’administration du Mectizan, les personnes qui sont porteuses de charges importantes de la loase dans leur sang" affirme Joseph Kamgno qui, par ailleurs, assure la surveillance et l’appui à la prise en charge de ces effets secondaires graves au Cameroun depuis 2003.
 
Le développement du Cellscope loa a été financé par la Fondation Bill et Melinda Gates, et il est utilisé pour la première fois au Cameroun dans le cadre de la lutte contre l’onchocercose.
 
A en croire Hugues Nana Djeunga, superviseur de l’une des équipes de diagnostic et traitement sur le terrain, "en moins de 3 mois, environ 14 000 personnes ont déjà été traitées dans une cinquantaine de villages, et aucun cas d’effet secondaire grave n’a été observé, preuve que la stratégie (dite "test and treat") marche".
 
« Cette stratégie contribue à ce que toute la population soit couverte par le traitement. Jusqu’ici des gens ont eu peur de prendre du Mectizan. En rassurant les populations que par le test, on peut savoir si le patient peut développer des effets secondaires graves et ainsi lui administrer un autre médicament, cela va contribuer à éliminer l’onchocercose", analyse pour sa part Didier Benjamin Biholong, coordonnateur du programme national de lutte contre l’onchocercose au Cameroun.
 
Transmise par la piqûre d’une mouche infectée de la filaire Onchocerca volvulus, l’onchocercose est la deuxième cause mondiale de cécité d’origine infectieuse.
 
Au Cameroun, le ministère de la Santé publique estimait en 2006 la population à risque à plus de dix millions de personnes dont six millions étaient infectées.

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