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La loase, un facteur de mortalité en Afrique centrale
  • La loase, un facteur de mortalité en Afrique centrale

Crédit image: Community Eye Health

Lecture rapide

  • Une étude estime que plus d’un décès sur 10 était dû à la loase, dans une trentaine de villages du Cameroun

  • Les chercheurs appellent à classer la maladie parmi les maladies tropicales négligées

  • 300 000 personnes auraient une espérance de vie diminuée en Afrique centrale

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Une récente étude révèle que les personnes atteintes par les formes les plus sévères de la loase auraient une espérance de vie réduite. La filariose à loa loa, communément appelée le "ver de l'œil", est une affection parasitaire qui touche exclusivement l'Afrique, et particulièrement, l’Afrique centrale.
 
Des chercheurs de l’Institut de recherche pour le développement (Ird) et leurs collègues de l’Université de Yaoundé 1 et de la Délégation régionale de
Santé publique (Région de l’Est), au Cameroun qui ont réalisé cette étude, ont mesuré le taux d'infection de la Loa loa, nom du petit ver filaire responsable de la maladie, dans le sang de 3.000 personnes dans une trentaine de villages du Cameroun, en 2001.

Quinze ans plus tard, ils ont dénombré les décès enregistrés dans cet intervalle de temps.

Les analyses effectuées ont permis aux chercheurs de mettre en évidence une relation directement proportionnelle entre le taux de mortalité et la prévalence de la loase.

“A l'échelle de la population, il existe une relation directement proportionnelle entre le taux de mortalité dans un village et la proportion d'individus qui, dans ce village, ont un nombre élevé de larves (microfilaires) de parasite dans le sang.”

Cédric B. Chesnais
Chercheur, IRD

Ce taux d’infection à la loase élevée aurait, selon eux,  en réalité des conséquences sur l’espérance de vie des personnes infectées.

"A l'échelle de la population, il existe une relation directement proportionnelle entre le taux de mortalité dans un village et la proportion d'individus qui, dans ce village, ont un nombre élevé de larves (microfilaires) de parasite dans le sang", a expliqué à SciDev.Net Cédric B. Chesnais, chercheur à l’IRD et auteur principal de l’étude, publiée le mois dernier (21 Octobre 2016) dans The Lancet Infectious Diseases

De la même façon, au niveau individuel, la proportion de personnes en vie au bout des 15 ans de suivi, était diminuée d'environ 20 % chez les personnes fortement infectées (avec plus de 30.000 microfilaires par millilitre de sang) par rapport aux personnes sans microfilaires", poursuit le chercheur.

"Nous avons utilisé des seuils dans notre étude mais nos résultats suggèrent qu'il n’y a sans doute pas de seuil au-delà duquel il y a un risque de surmortalité. Il est probable que l'effet de la loase sur la durée de vie soit proportionnel à la quantité de microfilaires dans le sang, et qu'il existe déjà des effets délétères pour des quantités de parasites plus faibles", a souligné Cédric B. Chesnais.

La loase touche beaucoup de pays sur le continent : du Bénin à l’Ouest à l'Ouganda à l'Est, jusqu’à la Zambie au Sud.

En Afrique centrale, le Cameroun est l'un de ses plus importants foyers, avec 4 millions de personnes à risque.

Selon les estimations des chercheurs, il y aurait plus de 10 millions de personnes infectées par Loa loa en Afrique centrale.

En considérant que la proportion moyenne d'individus fortement infectés est de 3%, les chercheurs déduisent qu'il y aurait environ actuellement 300.000 personnes ayant une espérance de vie diminuée en lien direct avec leur infection.

Selon Michel Boussinesq, chercheur à l’Ird et co-auteur de l’étude, il n’existe actuellement aucun programme de lutte contre la maladie, ni dans les pays touchés, ni à l’échelle internationale, en raison du fait que la maladie est considérée comme n'affectant pas le pronostic vital du malade.

"La loase est seulement considérée pour les effets secondaires graves qui peuvent survenir, chez les personnes ayant une forte densité de microfilaires, après la prise d’ivermectine (Mectizan), médicament distribué en campagne de masse dans le cadre de la lutte contre l'onchocercose", a expliqué Michel Boussinesq à SciDev.Net.

Les médicaments actuellement disponibles pour traiter la loase occasionnent de graves effets secondaires chez les patients très infectés.

Les chercheurs expliquent que dans l’attente de nouveaux médicaments qui ne présenteraient pas ces inconvénients, le seul moyen de prévention est de limiter l’exposition aux piqûres des taons (Chrysops), connus aussi sous le nom de la "mouche rouge" qui transmettent le parasite.

Cédric B. Chesnais et ses collègues recommandent aussi que la loase soit incluse dans la liste OMS des maladies tropicales négligées pour qu’elle soit prise en charge par les politiques de lutte contre les affections tropicales dans les pays touchés.


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