Rapprocher la science et le développement

  • L'austérité budgétaire menace le déploiement de traitements contre le VIH

[LE CAP] La principale agence internationale qui verse des fonds pour le traitement du VIH/SIDA suspend tous les nouveaux projets, suite à la réduction des contributions des donateurs des pays à revenus élevés. Cette  suspension intervient  juste au moment où émerge une recherche prometteuse sur la prévention du VIH.

Le Fonds mondial de lutte contre le sida, la tuberculose et le paludisme a annoncé lors d'une réunion de son conseil d’administration qui s’est tenue au Ghana la semaine dernière (21-22 novembre) qu’il ne dispose pas des moyens nécessaires pour le dernier ‘round’ de subventions.

L'agence basée à Genève, finance principalement les programmes de traitement et de prévention du sida, et collecte des fonds auprès des donateurs tous les trois ans. Aucune nouvelle subvention ne sera accordée jusqu'en 2014, en raison de la réduction de 20 pour cent des engagements de financement.

"Ce que cela signifie, c’est que les pays ne pourront poursuivre que des programmes essentiels et n’envisager aucune extension", a déclaré Shaun Mellors, représentant sud-africain des communautés au conseil du Fonds mondial.

Mellors explique que le Fonds s’est vu dans l’obligation de prendre des décisions difficiles quant à la détermination des pays et des programmes qui seront soutenus.

"Incontestablement, certaines communautés vont en pâtir", a-t-il déclaré à SciDev.Net. "Mais si les donateurs versent les contributions à recouvrer nous n'allons pas nous retrouver dans cette situation".

Salim Abdool Karim, le directeur du Centre de recherches programmatiques sur le SIDA en Afrique du Sud (CAPRISA), ajoute que  "le Fonds mondial est un important donateur -- ce serait une grande perte si les ONG [organisations non gouvernementales] et les programmes communautaires ne sont pas en mesure de continuer leur bon travail en raison d'un manque de financements".

Ce n'est pas la première fois que le fonds est confronté à des problèmes de financement, et un examen financier du fonds publié en septembre a révélé qu’une restructuration en profondeur était nécessaire.

Margaret McGlynn, président de l'International AIDS Vaccine Initiative (IAVI), explique que les stratégies de prévention de la transmission du VIH – dont les vaccins préventifs, la prophylaxie pré-exposition et le traitement précoce aux antirétroviraux chez les personnes vivant avec le VIH -- ont donné des résultats positifs dans des essais cliniques à grande échelle.

Elle ajoute qu’une volonté mondiale pour élargir les programmes de traitement et de prévention aurait pu avoir un impact majeur sur le taux des nouvelles infections à VIH.

"Il est important de se rappeler que faire trop peu aujourd'hui pour endiguer le flot de nouvelles infections en investissant dans la recherche sur la prévention du VIH coûtera, dans le long terme, beaucoup plus cher au monde demain ", a-t-elle déclaré à SciDev.Net.

Elle note que la recherche sur la prévention du VIH est financée par un groupe de donateurs relativement restreint dans les pays développés, qui ont tous subi de graves revers économiques. "Nous espérons que les économies émergentes seront disposées à renforcer et à élargir la base du financement de la recherche sur la prévention du VIH", a-t-elle poursuivi.

L'Inde et l'Afrique du Sud figurent parmi les économies émergentes qui renouvèlent leur engagement à investir dans la conception et le développement de vaccins contre le sida, a relevé McGlynn.