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L’Afrique confrontée à la menace des maladies non-transmissibles
  • L’Afrique confrontée à la menace des maladies non-transmissibles

Crédit image: Matthias Ziegler

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  • Près de 4 millions d’Africains pourraient mourir de MNT d’ici à 2020

  • L’Afrique subit notamment le double fardeau de la malnutrition et de l’obésité

  • Nombre de ces maladies peuvent être évitées grâce à des changements de modes de vie

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Selon un rapport (1) de l’Organisation Mondiale de la Santé (OMS), dans la seule région Afrique (2), les maladies non transmissibles (MNT) pourraient causer la mort de 3.9 millions de personnes d’ici à 2020.
 
La plupart de ces affections concernent les maladies cardio-vasculaires, le diabète, le cancer, les maladies respiratoires chroniques, avec comme effets huit facteurs de risque répertoriés par l’organisation (3).
 
Le document prédit que le fardeau des maladies non-transmissibles devient de plus en plus lourd dans la région Afrique et devrait prendre le dessus sur celui des maladies transmissibles d’ici à 2030.
 
A l’échelle mondiale, ces maladies devraient causer la mort de 44 millions de personnes d’ici à la même échelle de temps, ce qui représente une augmentation de 15% par rapport aux prédictions de 2010.
 
Les maladies les plus meurtrières dans la région Afrique devraient être les maladies cardiovasculaires, les diabètes de type 2, les maladies obstructives respiratoires chroniques et le cancer.
 
Les quatre facteurs de risque identifiés sont l’obésité, l’hypertension artérielle, l’hyperglicémie, ainsi que l’hypercholestérolémie.
 
Ces prédictions sont basées sur les résultats d’études menées depuis 2003.
 
Réagissant aux conclusions du rapport, la directrice régionale de l’OMS pour l’Afrique, Matshidiso Moeti, a déclaré dans un communiqué : "Au cours de ces dernières années, le monde a consacré à raison la majeure partie de son attention et de ses ressources à la menace imminente que représentent les virus émergents, notamment Zika et Ebola".
 
Toutefois, a-t-elle ajouté, le rapport de la région Afrique de l’OMS met en évidence le fait qu'au milieu de ces situations d'urgence, "nous ne devons pas perdre de vue les risques sanitaires énormes que présentent les maladies non transmissibles, surtout que nombre d'entre elles peuvent être évitées grâce à un changement de comportements et de modes de vie."

“Nous ne devons pas perdre de vue les risques sanitaires énormes que présentent les maladies non transmissibles, surtout que nombre d'entre elles peuvent être évitées grâce à un changement de comportements et de modes de vie.”

Matshidiso Moeti
Directrice régionale de l’OMS pour l’Afrique

La plupart des affections mises en cause ont du reste été jusqu’ici considérées par certains Africains comme des maladies propres aux pays industrialisés.
 
Mais l’organisation tire sur la sonnette d’alarme et invite les gouvernements de la région à agir en mettant en place des politiques publiques appropriées.

Ci-dessous une présentation sommaire de chacune des maladies répertoriées.
 
Le tabagisme
 
On estime à un milliard de personnes le nombre de fumeurs dans le monde, dont 80% vivent dans les pays à faible revenu ou à revenu intermédiaire.
 
En Afrique, les pays les plus exposés sont la Sierra Leone (25,8% de fumeurs), le Lesotho (24.5%), le Botswana (19,7%) Madagascar (19,6%) et la Mauritanie (18,9%), tandis que le Niger (4,6%), Sao Tome et Principe (5.5%), le Cameroun (6.3%), la Zambie (6,5%) et le Togo (6,8%) sont considérés comme de bons élèves.
 

“La plupart des consommateurs de tabac de la région utilisent des cigarettes fabriquées, ce qui en fait une cible prioritaire pour les efforts nationaux de lutte antitabac.”

OMS

Selon le rapport, le tabac non fumé est aussi dangereux et addictif que le tabac fumé. Toutefois, note l’OMS, la plupart des consommateurs de tabac de la région utilisent des cigarettes fabriquées, ce qui en fait une cible prioritaire pour les efforts nationaux de lutte antitabac.
 
L'alcool, pour sa part, affecte tous les organes du corps, entraînant une gamme de troubles chroniques de la santé, en particulier les affections du foie, qui constituent la principale cause de décès chez les utilisateurs d'alcool. L'usage nocif de l'alcool est un problème de santé publique de portée mondiale, qui entraîne 2,5 millions de décès chaque année.
 
L’alcoolisme
 
En Afrique, l’alcoolisme, qui va comme presque partout ailleurs avec le tabagisme, les pays où l’alcool est le moins consommé sont le Niger (99,5% de taux d’abstention), l’Algérie (99%), les Comores (98,7%), la Gambie (98,6%) et le Mali (96,9%).
 
A l’opposé, les plus gros consommateurs se trouvent aux Seychelles (seulement 12,7% de taux d’abstention), à Sao Tome et Principe (13,3%), au Togo (33,3%), en Ethiopie (38,4%) et au Congo (40,1%).
 
Le double fardeau de l’alimentation
 
Selon l’OMS, un régime alimentaire malsain est l'un des principaux facteurs de risque modifiables de morbidité et de mortalité attribuables aux MNT, y compris les maladies cardiovasculaires, le diabète de type 2 et le cancer. La consommation de fruits et légumes est l'un des éléments d'une alimentation saine.
 
A l’échelle mondiale, la consommation insuffisante de fruits et légumes représente environ 14% des décès dus au cancer gastro-intestinal et environ 10% des décès dus à une cardiopathie ischémique et à un accident vasculaire cérébral.
 
Bien que les conséquences de régimes malsains soient plus importantes dans d'autres régions de l'OMS, la Région africaine, sujette à la fois à la malnutrition et à des régimes alimentaires malsains, subit un double fardeau.
 
En termes de nombre moyen de jours de fruits consommés en moyenne par semaine, les Seychelles arrivent en tête, avec un score de 4,5, tandis que le Botswana ferme la marche, avec 1,0.
 
Activité physique
 
L'inactivité physique est le quatrième facteur de risque de morbidité et de mortalité dans le domaine des MNT dans le monde.
 
L'activité physique régulière favorise le bien-être psychologique, la santé des muscles et des os et réduit la tension artérielle chez les personnes souffrant d'hypertension, rappelle l'organisation.
 
De nombreuses études ont montré que les personnes physiquement actives vivent plus longtemps et sont moins susceptibles de souffrir de diabète, de maladies cardiaques et de cancer.
 
Toutefois, les enquêtes de l’OMS révèlent que dans plusieurs pays africains, de nombreuses personnes ne se livrent à aucune activité physique régulière.
 
Le pays le moins performant dans la région Afrique est le Mali, avec un temps moyen de 17,1 minutes d’activités physiques quotidiennes, tandis que le Mozambique (385,7 minutes), le Bénin (360 minutes) et la Tanzanie (330 minutes) arrivent en tête.
 
Obésité
 
Le surpoids et l'obésité sont des facteurs de risque majeurs pour la santé, notamment la morbidité et la mortalité liées aux maladies non transmissibles. En plus de causer des anomalies biologiques directes, le surpoids et l'obésité peuvent également provoquer la stigmatisation et la discrimination envers les personnes obèses et en surpoids.
 
Selon l’OMS, l'Afrique subsaharienne est la seule région de l'organisation à faire face au double fléau de la malnutrition et de l'obésité.
 
Bien que les facteurs immédiats associés à l'augmentation croissante du surpoids et de l'obésité en Afrique subsaharienne soient l'apport calorique, l'inactivité physique et la génétique, d'autres causes sous-jacentes mais intermédiaires et distantes incluent les conditions de travail, les perceptions culturelles, la mondialisation et l'urbanisation.
 
L’hypertension artérielle
 
Dans la moitié des pays de la Région africaine de l'OMS, au moins un adulte sur trois est hypertendu. Bien que la distribution de la tension artérielle diastolique moyenne soit similaire chez les hommes et les femmes, les hommes adultes ont tendance à avoir une pression artérielle systolique moyenne plus élevée que les femmes adultes. Comme la plupart des personnes hypertendues ne sont pas conscientes de leur état, l’OMS recommande l’amélioration de l'accès aux services communautaires de dépistage de la pression artérielle à tous les niveaux.
 
L’augmentation du cholestérol sanguin augmente aussi les risques de maladie cardiaque et d'accident vasculaire cérébral.
 
Selon l’organisation, à l’échelle mondiale, un tiers de la cardiopathie ischémique est attribuable à des niveaux élevés de cholestérol.
 
Dans la Région africaine de l'OMS, on estime que près d'un quart des adultes ont un cholestérol sanguin élevé. C'est le taux le plus bas parmi toutes les régions de l'OMS.
 
Facteurs de risque combinés
 
L’OMS précise que prendre en compte le risque total ou absolu de développer des MNT est beaucoup plus important que de se concentrer sur les facteurs de risque individuels lors de la conception des mesures de santé publique. Par exemple, la mesure d'un facteur de risque individuel est moins susceptible de fournir une estimation adéquate du risque total de maladie cardiovasculaire. Pour une prévention primaire efficace des MNT, il est donc important de savoir quelle proportion de la population a les facteurs de risque combinés.
 
Selon l’organisation, le pourcentage médian d'adultes ne présentant aucun des cinq principaux facteurs à risque de MNT était de 2% - allant de 0,3% au Tchad à 13% à Madagascar.
 
Au nombre des autres pays dont les adultes n'avaient aucun des facteurs de risque ci-dessus se trouvent la République centrafricaine (12%), le Bénin (11%), la Guinée (8%) Sao Tomé-et-Principe et les Comores (6% chacun).

Références

(1)  Télécharger le rapport OMS Afrique 2016 [En anglais].
(2) Les pays membres de la région Afrique sont: Afrique du Sud, Algérie, Angola, Bénin, Botswana, Burkina Faso, Burundi, Cameroun, Cap Vert, Comores, Congo, Côte d'Ivoire, Érythrée, Éthiopie, Gabon, Gambie, Ghana, Guinée, Guinée équatoriale, Guinée-Bissau, Kenya, Lesotho, Libéria, Madagascar, Malawi, Mali, Maurice, Mauritanie, Mozambique, Namibie, Niger, Nigéria, Ouganda, République centrafricaine, République démocratique du Congo, République-Unie de Tanzanie, Rwanda, Sao Tomé-et-Principe, Sénégal, Seychelles, Sierra Leone, Soudan du Sud, Swaziland, Togo, Tchad, Zambie, Zimbabwe.

(3) Tabac, alcool, régime alimentaire malsain, manque d’activité physique, obésité et surpoids, l’hypertension artérielle, l’hyperglicémie, l’hypercholestérolémie, ainsi que les facteurs de risque combinés.
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