Rapprocher la science et le développement

La science peut réduire les clivages politiques

Votre éditorial intitulé Les limites de la diplomatie scientifique met en évidence le rôle que peut jouer la science dans l'établissement de relations diplomatiques entre Etats et semble indiquer que certains grands dirigeants politiques croient de plus en plus qu'en cette époque de changements spectaculaires, la science peut leur venir en aide et leur permettre d'atteindre leurs objectifs, fussent-ils sociaux, économiques ou militaires.

La science peut aussi aider à forger un consensus, et dépasser les clivages politiques internes dans  des pays.

En démocratie, les différences d'opinion entre le parti au pouvoir et l'opposition sont fréquentes. Si chacun devrait promouvoir les intérêts nationaux, les programmes politiques individuels peuvent en réalité conduire à une impasse dans les débats, et limiter la portée des actions.

C'est le cas du Bangladesh. Les partis politiques ne se battent que pour faire valoir leurs points de vue. Un problème particulier consiste à décider de la façon d'exploiter au mieux de riches ressources naturelles ; les partis s'affrontent constamment au sujet des systèmes ou méthodes à adopter et de la manière d'utiliser les partenariats avec l'étranger.

Les progrès scientifiques peuvent ici réaliser des percées que la diplomatie ne peut égaler. D'un point de vue historique, la science a permis de surmonter des clivages politiques ou idéologiques plus grands que ceux qui opposent les partis politiques au Bangladesh.

Ainsi, la science a joué un rôle clé dans la création de régimes de vérification qui ont permis la conclusion d'accords sur les armements nucléaires pendant la Guerre froide, ou dans la création du CERN, l'Organisation européenne pour la recherche nucléaire, qui a contribué à l'apaisement des tensions entre pays européens à la suite de la Seconde Guerre mondiale.

Un dialogue libre et ouvert au parlement, fondé sur des faits scientifiques, profite en fin de compte au parti au pouvoir. Une opposition forte peut être une bénédiction à la fois pour les gouvernements et les citoyens. Si elle est justifiée, elle peut aider les dirigeants politiques à rectifier des erreurs ou de petites fautes commises par inadvertance, et à améliorer l'efficacité de leurs actions.

Au Bangladesh, c'est le parti d'opposition qui l'an passé (2009) a soulevé les préoccupations des citoyens à propos de l'idée d'introduire 'l'heure d'été' – lorsqu'on avance d'une heure pour tenter d'économiser de l'électricité -- et qui est parvenue à faire annuler cette décision.

La force ne se limite pas à la puissance musculaire. Elle se définit aussi par le 'pouvoir de connaissance', indispensable pour le développement d'un pays. L'opposition ne peut pas faire avancer les choses sans la coopération du gouvernement. Mais elle peut identifier des problèmes sociaux ou économiques - et des solutions possibles pour y remédier - et les soulever au parlement.

C'est précisément ce qui s'est passé au Bangladesh lorsque l'opposition a soulevé le problème de l'exportation du gaz naturel vers les pays voisins et a stimulé un débat éclairé qui a abouti à l'adoption de ses propositions par le gouvernement.

Un gouvernement démocratique moderne a besoin d'un parti d'opposition fort, mais également d'un parlement très bien équilibré, et doté d'une technologie pertinente et efficace. Les parlementaires doivent avoir une bonne maîtrise de l'outil informatique en vue d'entretenir la communication entre collègues sur des questions parlementaires. Ils devraient être formés et posséder des connaissances et des outils en technologie de communication de l'information.

Au Bangladesh, la science et la technologie sont à la fois en train de résoudre et de créer des problèmes à un rythme qui semble trop rapide à maîtriser. Ces problèmes sont aussi 'humains', et impliquent tour à tour l'intuition, la fierté, la lâcheté, la compassion, l'avidité, l'arrogance, la clémence et la justice.

Prenez, ainsi, les téléphones mobiles. Cette technologie s'est répandue dans la société bangladaise et apporté de nombreux avantages. Mais, en même temps, les criminels utilisent la technologie des portables à des fins criminelles.

La science a le pouvoir de déplacer les débats et, dans certains cas, de catalyser l'action politique. En particulier, la collaboration scientifique est essentielle pour l'amélioration de notre compréhension des risques associés à la rareté des ressources, et l'identification de solutions potentielles.

La science peut appuyer la politique, mais les hommes politiques doivent également soutenir la science. Au Bangladesh, la politique et la science doivent se rapprocher l'une de l'autre – de sorte que la politique puisse être mieux éclairée par le potentiel de la science.