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06/08/13

Catherine de Lange
Lusaka, Zambie

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D’après les journalistes locaux, en Zambie, à cause de la mainmise du gouvernement sur les médias, il n’est pas possible pour les journalistes d’assurer une couverture exhaustive des problèmes de santé que connaît le pays et de toucher les populations qui souffrent le plus des maladies répandues comme le paludisme.

Selon certains parmi les meilleurs journalistes du pays, huit pour cent de la population zambienne vit en milieu rural. Cependant, le gouvernement ne prend pas des mesures pour inciter les journalistes à rendre compte des problèmes auxquels ces populations sont confrontées.

Edem Djokotoe, journaliste de nationalité ghanéenne vivant et travaillant à Lusaka, la capitale, a passé l’essentiel de sa carrière à sillonner, contre vents et marées, les zones rurales du pays. Il fait cependant partie d’une minorité.

« Non seulement il n’y a pas de budget, mais aucun plan rédactionnel n’est élaboré pour soutenir la couverture régulière [des questions rurales] », déplore-t-il. « Les éditorialistes vous diront que les nouvelles concernant les zones rurales ne se vendent pas. Résultat, vous avez une population urbaine de législateurs et de décideurs qui n’ont pas la moindre idée des difficultés du monde rural ».

D’après Djokotoe, grâce au contrôle des deux quotidiens nationaux et de la chaîne publique, le gouvernement a une mainmise totale sur une bonne partie de la presse nationale, et juge que les questions de santé en milieu rural sont des vérités dérangeantes et sans intérêt pour la plupart décideurs qui vivent à Lusaka.


Défis du monde rural


En décembre dernier, Djokotoe a passé deux semaines en zone rurale dans l’Ouest du pays et a conduit un groupe de journalistes dans un village de la région.

« Nous sommes tombés sur un centre de santé rural tenu par un technicien en santé environnementale », révèle-t-il. « L’accoucheuse est un agent d’entretien – elle n’a reçu aucune formation en obstétrique. Son assistant, un homme, est aussi agent d’entretien. Tous les trois gèrent le centre de santé ».

Quand il a évoqué cette situation dans la chronique qu’il publie dans un journal, « cela a provoqué un tollé » poursuit Djokotoe. Ce n’est qu’à partir de cet instant que le Ministère de la santé s’est penché sur le problème.

C’est une preuve des conséquences de l’absence de couverture des questions de santé en milieu rural par les médias, affirme-t-il. « Et il ne s’agit que d’un seul village dans un pays qui en compte des milliers ».

Souvent, ce sont les populations rurales qui sont les plus touchées par les maladies, surtout le plus grand tueur du pays, le paludisme, alors que les plus faibles taux de prévalence nationale sont relevés dans la province de Lusaka.

L’un des plus grands défis auxquels nous faisons face, surtout en matière d’information sanitaire, tient à ce que de nombreux journalistes exercent dans ce domaine parce ce qu’ils n’arrivent pas à trouver des emplois décents.

Zarina Geloo, journaliste zambienne

Mais à cause de la trop grande disparité entre les styles de vie et les infrastructures à la disposition des riches citadins de Lusaka où sont basés la plupart des autorités publiques et la plupart des organes de presse, les journalistes de la capitale ne croiraient simplement pas à la situation qui prévaut dans les campagnes.

« Ils pensent que ce sont des histoires fabriquées », dit Djokotoe. Et à cause de ce déphasage, « ils n’éprouvent pas la nécessité de critiquer les politiques ».

Il estime aussi que plusieurs journalistes zambiens écrivent pour plaire aux acteurs politiques : « ils sont tellement prudents, ils considèrent les hommes politiques comme leur public ».


Investissements insuffisants


Selon Zarina Geloo, journaliste zambienne chevronnée, qui a mené une étude sur le traitement du VIH/SIDA dans les médias et évalué l’impact de cette couverture, la couverture de l’actualité de la santé pâtit d’un manque d’investissement.

Elle a récemment achevé un projet de deux ans dont l’objectif était de convaincre plus de vingt organes de presse zambiens d’élaborer des politiques pour lutter contre le VIH/sida sur le lieu de travail, et organisé des ateliers à l’intention de jeunes journalistes sur les stratégies de traitement des questions de santé.

« L’un des plus grands défis auxquels nous faisons face, surtout en matière d’information sanitaire, tient à ce que de nombreux journalistes exercent dans ce domaine parce ce qu’ils n’arrivent pas à trouver des emplois décents », dit-elle. « Vous n’êtes pas une denrée rare, c’est pour cela que vous constaterez une forte rotation de journalistes dans ce secteur et la qualité ne cesse de se détériorer. On devient journaliste pour travailler dans le secteur privé, les relations publiques, ou entrer dans le système des Nations Unies ».

Les gens restent juste le temps de trouver un meilleur emploi, ce qui est néfaste pour la profession ».

« C’est inquiétant de constater que le gouvernement semble désormais étendre sa mainmise sur les médias aux contenus en ligne, et de nombreux journalistes et bloggeurs sont préoccupés par ce qu’ils considèrent comme l’utilisation de la censure et du harcèlement pour mettre la presse en ligne au pas ».

La bloggeuse Nancy Handabile estime que « les organes de presse sont apeurés par les lois dont certaines remontent à l’époque précoloniale ».

Suspectés d’avoir des liens avec le blog contestataire Zambian Watchdog considéré comme géré de l’extérieur, trois journalistes ont été arrêtés au début de ce mois. L’accès à ce site et à Zambia Reports, un autre site indépendant, a été bloqué sur le territoire national.

Catherine de Lange se trouve en Zambie où elle couvre des questions de santé mondiale en tant que boursière de l’International Reporting Project



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