Rapprocher la science et le développement

  • Le Sud Soudan doit tourner le dos à une éducation élitiste

Pour John A. Akec, le dveloppement du Sud Soudan exige la cration d'universits publiques au service du plus grand nombre d'tudiants, mettant l'accent sur la science et la technologie et non les humanits.

Le Sud Soudan sort d'un conflit dvastateur.Avec l'un des pires indicateurs de dveloppement humain du monde, la seule chance de ce pays d'atteindre une mesure d'autonomie et de comptitivit dans l'conomie mondiale est de tourner le dos son modle litiste d'enseignement suprieur.

La nation sud-soudanaise dispose d'un norme potentiel pour exploiter ses ressources nergtiques, agricoles, et en eau. Pour ce faire, les responsables des politiques d'ducation devraient mettre davantage l'accent sur l'enseignement des matires scientifiques et technologiques.

Et plutt que de s'opposer une telle initiative, les bailleurs et les partenaires de dveloppement devraient soutenir cette stratgie, et ensuite injecter les ressources l o elles ont affirm dans le pass qu'elles taient ncessaires.

Un hritage litiste

Le Soudan, auquel le Sud Soudan tait rattach jusqu'en juillet 2011, a appliqu un modle litiste d'enseignement suprieur dont il a hrit de l'administration coloniale. Jusque dans les annes 1990, le pays comptait peine trois universits publiques offrant seulement quelques milliers de places aux quelque 100.000 tudiants qui se prsentaient aux examens d'entre chaque anne. L'Egypte, qui avait dj bascul vers une politique d'enseignement suprieur de masse, offrait plus de possibilits aux tudiants soudanais.

L'enseignement suprieur public soudanais, sous-financ, reposait ainsi sur un modle litiste et dpass de renforcement des capacits qui ne favorisait que les plus brillants -- soit une petite tranche de la potentielle population estudiantine.

Le phnomne n'est pas exclusif au Soudan. Dans le cadre des Programmes d'ajustement structurel (PAS) imposs par le FMI et la Banque mondiale aux pays lourdement endetts de l'Afrique sub-saharienne dans les annes 1980, le financement public de l'enseignement suprieur a t abandonn au profit de l'enseignement gnral.

C'est alors que les oprateurs privs sont intervenus pour rpondre la demande d'enseignement suprieur en Afrique. Cela a t le coup d'envoi d'une tendance qui privatis et gnralis l'enseignement suprieur en Afrique sub-saharienne.

Des impratifs de rentabilit

Et c'est galement cette poque que le continent a commenc accuser un retard derrire l'Asie en termes de croissance conomique. Entre 1960 et 2002, la croissance moyenne des conomies asiatiques a t de 2 pour cent, alors que les conomies d'Afrique sub-sahariennes se sont contractes entre 1974 et le milieu des annes 1990, avec pour consquence, un PIB par habitant en Afrique sub-saharienne de 11 pour cent infrieur en 2002 ce qu'il tait en 1974.

Les effets du dclin conomique se font encore sentir sur tout le continent. L'une des raisons principales est le fait que l'enseignement suprieur priv opre sur la base de considrations purement commerciales, orientes vers la maximisation des marges bnficiaires pour les investisseurs.

Ainsi, les universits prives en Afrique ont mis l'accent principalement sur les humanits - des matires comme le commerce, le droit, et les technologies de l'information - et ont donc nglig l'ingnierie et les sciences appliques, qui requirent des investissements d'infrastructure et d'quipement coteux.

Pourtant, ce sont prcisment les comptences techniques et le savoir-faire, qu'on ne peut tirer que des matires scientifiques, dont ces pays ont besoin pour prosprer et exploiter leurs ressources naturelles, dvelopper des industries valeur ajoute et des assises manufacturires, et attirer les investissements trangers directs.

Des possibilits de dveloppement

Le Soudan a fini par adopter une stratgie d'enseignement suprieur de masse. Le nombre d'tablissements d'enseignement suprieur est, en effet, pass de trois en 1990 26 en 2011. Et le nombre des inscriptions dans les universits soudanaises a augment, passant de 8 000 en 1989, 500 000 en 2011.

La part du Sud Soudan dans ce chiffre n'est que de 13000, tout au plus. Cela laisse amplement ce pays la possibilit de stimuler le nombre total d'inscriptions d'tudiants l'universit en multipliant les institutions d'enseignement suprieur.

En juillet 2011, le Sud Soudan comptait neuf universits publiques, dont seul cinq accueillent des tudiants sur leurs campus, les quatre autres ayant encore complter les infrastructures ncessaires. Cette anne, 15 000 candidats sont en comptition pour 3 000 places dans ces cinq universits.

Indniablement, ce systme produit trop d'tudiants sans comptences et sans accs l'enseignement suprieur. A mesure que la demande augmente dans le temps, et que l'offre reste statique, la situation ne peut que s'aggraver.

A l'heure actuelle, les planificateurs de l'ducation au Sud Soudan ont opt pour une politique de cration de moins d'universits, mieux quipes. Mais pour tre comptitif sur le march mondial, ce pays doit produire une main-d'uvre qualifie en plus grand nombre chaque anne, et un rythme plus rapide que celui d'un modle plus troit, litiste d'enseignement suprieur.

Mesures prendre

Le Sud Soudan devrait avoir au moins une universit publique dans chacun de ses dix Etats. Le pays doit mettre en place des projets ultramodernes pour aborder les dfis de financement et amliorer la qualit de l'enseignement des mathmatiques, des sciences fondamentales, et de l'anglais au niveau scolaire.

La structure des salaires des enseignants d'universit doit changer, dans le but d'attirer les universitaires qui ont abandonn l'amphithtre pour des occupations mieux rmunres (en travaillant par exemple pour le compte du gouvernement ou d'organisations non gouvernementales), ainsi que les universitaires expatris.

Les tudiants et les parents doivent contribuer aux cots de l'ducation par le biais de l'autofinancement et des emprunts. Davantage d'emprunts doivent tre mis la disposition des les tudiants inscrits en science et en technologie.

Le financement d'uns nouvelle campagne d'ducation publique aura besoin du soutien aussi bien du pays que des partenaires de dveloppement. La cration d'un 'fonds ptrolier' aliment par les recettes des champs ptrolifres pourrait fournir un soutien vital pour les enseignements gnral et suprieur.

Les partenaires de dveloppement peuvent apporter une aide financire ou en nature en construisant des laboratoires, en faisant des dons de livres et de matriels et en finanant des programmes internationaux d'change de personnel entre universits.

Enfin, chaque universit publique devra choisir de devenir un centre d'excellence dans un ou plusieurs domaines, et viter de copier les programmes des autres institutions. De bonnes politiques et une bonne coordination seront essentielles pour leur succs, et pour l'espoir du pays de former une main d'uvre forme techniquement et capable de relever les dfis du dveloppement.

John Apuruot Akec est vice-chancelier de l'Universit du Nord Bahr El Ghazal, et prsident du Forum des universitaires et des chercheurs pour le dveloppement, un centre de rflexion enregistr au Sud Soudan. Il blogue sur www.JohnAkecSouthSudan.blogspot.com, et peut tre contact www.unbeg.edu.sd.

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