Rapprocher la science et le développement

  • Des politiques adaptées contre les disparités entre les sexes en science

La science doit davantage souvrir aux femmes : cest ce qui ressort dune valuation portant sur six pays, et que prsentent Sophia Huyer et Nancy Hafkin, spcialistes des questions de genre

De nombreuses femmes dans le monde quittent le monde du travail dans nos socits du savoir certaines ny entrent jamais - mme aprs avoir complt des tudes en sciences et technologie. Les effectifs de femmes dans toutes les filires scientifiques except les sciences de la vie sont faibles, et les taux dabandon des carrires scientifiques aprs luniversit levs (pratiquement un tiers des femmes dans le monde scientifique).Cela implique non seulement la perte de leurs contributions potentielles, mais aussi des investissements consentis pour leur ducation.

Une tude pilote rcente portant sur le statut des femmes dans la socit du savoir - regroupant les secteurs de la science, de la technologie et de linnovation (STI) et des technologies de linformation et de la communication (TIC) - examine le potentiel et les contributions relles des femmes dans six pays et sur une rgion: au Brsil, en Inde, en Indonsie, en Afrique du Sud, en Core du Sud, aux Etats-Unis, et dans lUnion europenne.

Ltude, ralise par les Femmes dans la science et la technologie mondiales (Women in Global Science and Technology, ou WIGSAT) et lOrganisation pour les femmes scientifiques dans le monde en dveloppement (Organisation for Women in Science for the Developing World, ou OWSD) entre les mois de novembre 2011 et mai 2012, a bnfici du soutien de la Fondation Elsevier.[1]

Notre constat gnral est que tous les pays tudis nont pas su intgrer de faon galitaire les femmes dans lconomie du savoir et dans plusieurs cas, cette inclusion est mme plutt insignifiante. Toutefois, cette valuation permet de mettre en vidence les politiques susceptibles de contribuer remettre les pays sur la bonne voie en matire dinclusion des femmes.

Lampleur de la fracture

Ltude identifie les obstacles lis au genre dans une srie de domaines notamment la sant, la situation sociale, lconomie et laccs aux ressources. Autant dobstacles qui empchent les femmes et les jeunes filles daccder la technologie, linformation et la formation, et de participer autant que les hommes la recherche scientifique et lemploi, la prise de dcisions et au secteur priv.

Les rsultats montrent quel point les pays qui collectent des donnes cohrentes dans ces domaines sont rares, entranant ainsi une absence de preuves pour llaboration de politiques scientifiques, technologiques et de linnovation et pour la socit du savoir.

Il ressort galement des donnes disponibles que la fracture entre les sexes est incontestable. Les femmes sont autant reprsentes que les hommes seulement dans les domaines de la sant et des sciences de lducation. Dans la plupart des pays, elles demeurent largement sous-reprsentes dans lingnierie, la physique et linformatique, et reprsentent moins de 30 pour cent des diplms dans ces secteurs.

Le nombre total de femmes travaillant dans tous le secteur scientifique au sens large est faible et recule partout. Et mme dans les pays o le nombre de femmes qui tudient la science et la technologie a augment, cette hausse ne sest pas traduite en une augmentation du nombre de femmes poursuivant une carrire dans ces domaines.

Une question de politiques et de fonds

Que faut-il faire pour remdier cette situation ? La solution consiste en un mlange dactions portant dans les domaines de lducation, du statut conomique, du statut social et de la sant.

Les leviers susceptibles de renforcer les capacits des femmes incluent lamlioration de leur statut conomique, un rle accru dans la gestion des affaires publiques et laccs aux ressources. Mais la garde denfants, les soins de sant, lgalit dans la rmunration et lintgration de la problmatique des sexes dans les politiques nationales sont toutes aussi importantes.

La cration dun environnement politique favorable est une premire tape cruciale.Il faut une approche interministrielle pour prendre en compte et rpondre aux questions de genre et leurs effets dans tous les domaines la sant, lducation, les infrastructures, lnergie et la banque. La politique nationale tient-elle compte, par exemple, de la ncessit dun systme de transport sr, abordable et efficaces rpondant aux besoins spcifiques des femmes?

Toute politique adapte se doit dtre accompagne par un financement appropri. LInde a cr un excellent environnement politique pour les femmes, mais le pays se classe au dernier rang des zones tudies cause dun financement et dune application insuffisants.

Les pays qui progressent

En revanche, le Brsil est trs en avance comparativement son poids mesur selon les critres habituels de dveloppement. Le pays est globalement bien class, et arrive en tte pour ce qui est de la participation des femmes la science et la technologie, grce des programmes de soutien professionnel aux femmes, un financement stable pour lducation et la recherche, et lappui accord lentrepreneuriat fminin.

LAfrique du Sud enregistre aussi de bonnes performances, avec un nombre lev de femmes dans les sciences au plan national. Le pourcentage de femmes membres de lacadmie nationale des sciences y est le plus lev dans cette tude ce qui tmoigne de lexistence dun environnement politique favorable et constitue la preuve que les femmes peuvent aussi faire ce travail.

Ce bon classement est le rsultat dune promotion de la participation des femmes la vie politique en Afrique du Sud (45 pour cent des responsables lus ou nomms sont des femmes), la prise de dcisions et aux postes de direction, ainsi que de la libert dont elles jouissent dans le choix du nombre denfants et du moment de leur naissance. Le pays sest par ailleurs dot dun systme national de quotas favorisant la diversit de participation et de leadership en fonction de la race et du sexe.

Des opportunits de croissance

Notre tude montre que lappui aux femmes dans les secteurs de lducation et de la sant nest que la premire tape de ce qui doit tre une approche politique multidimensionnelle. Il est ncessaire de soutenir la capacit des femmes raliser leurs aspirations professionnelles et en matire dducation, de proposer une offre dopportunits dducation et de formation flexibles, et de renforcer leur capacit faire des choix et prendre des dcisions concernant leurs vies.

Tout cela doit tre complt par un appui sur les plans social et sanitaire, comme la garde denfants, le travail flexible et laccs aux soins de sant. Notre tude a constat que dans les cas o la sant des femmes et/ou leur statut social est fragile, certains pays accusent un retard et ce ds le dpart, mme dans un environnement politique favorable lInde en est lillustration. De mme, le succs de lAfrique du Sud se limite une minorit de sa population fminine cause dun statut conomique et dune sant prcaires des femmes.

Si la rmunration des femmes tait porte au mme niveau que celle des hommes, le PIB augmenterait de cinq pour cent aux Etats-Unis, et une hausse qui atteindrait mme 34 pour cent en Egypte. [2] Les pays qui nexploitent pas les potentialits des femmes ne parviennent pas crer une socit du savoir ni renforcer leurs capacits dinnovation inhibant ainsi leur dveloppement et leur potentiel de croissance.

Sophia Huyer est directrice excutive et fondatrice de Women in Global Science et Technology (WIGSAT) et conseillre auprs de lOrganization for Women in Science pour the Developing World (OWSD). Nancy Hafkin est associe principale auprs de WIGSAT et membre du Panthon de la socit de lInternet depuis 2012. Sophia peut tre contacte shuyer@wigsat.org et Nancy nhafkin@wigsat.org.

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