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Premier conseil des ministres 'sans papier' au Burkina
  • Premier conseil des ministres 'sans papier' au Burkina

Crédit image: SciDev.Net/Mathieu Bonkoungou

Lecture rapide

  • Le gouvernement burkinabé a tenu son premier conseil des ministres en réseau, en n'utilisant que des tablettes et des ordinateurs

  • Selon les autorités, l'initiative devrait permettre de réaliser des économies substantielles et d'accélérer le traitement des dossiers

  • Mais des voix s'élèvent déjà, pour s'inquiéter de la sécurité des données échangées sur le réseau

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[OUAGADOUGOU] Le gouvernement burkinabé vient d’inaugurer l'ère des conseils des ministres sans papier. Une plateforme e-conseil des ministres a été lancée qui se veut une solution de collaboration électronique entre les membres du gouvernement et leurs proches collaborateurs.

La nouvelle plateforme gère de bout en bout les processus administratifs liés aux réunions hebdomadaires du gouvernement, de l’initiation des dossiers dans les départements ministériels à leur archivage, en passant par leur traitement et leur adoption en conseil des ministres.
 
Ce mardi 25 mars, à 10 heures, autour de la table ovale du Conseil des ministres, l’ambiance est quelque peu tendue. Elle est même presque studieuse. Les nombreux journalistes exceptionnellement admis dans la salle ont tout de suite remarqué l’absence sur la table des habituelles grandes piles de dossiers. En lieu et place, devant chaque ministre, une tablette numérique de dernière génération.
 
Certains ont encore besoin de l’assistance des experts du ministère de l’économie numérique, mais c’est bel et bien parti pour le premier conseil des ministres sans papier du gouvernement burkinabé.
 
L’exercice n’a pas été des plus faciles. En témoignent les propos du président burkinabé, à la fin du premier e-conseil des ministres du gouvernement.
 
"Nous avons appris à travers ce premier exercice qu’il nous faut encore apprendre parce que travailler à deux ou trois, c’est encore plus facile qu’à trente. Mais nous allons nous y mettre pour profiter de cette nouvelle technologie qui, aujourd’hui, est devenue un facteur important pour nos ambitions de développement", a déclaré Blaise Compaoré à SciDev.Net.
 

“Je ne peux qu’appuyer cette initiative du conseil des ministres sans papier parce que quelque part, cela nous fait réaliser des économies”

Lucien Bembamba, ministre burkinabé des Finances

Après plus d’un an de gestation, le projet e-conseil des ministres, qui en a fait sourire plus d’un au Burkina, prend définitivement forme. C’est que malgré le scepticisme affiché par certains observateurs, les concepteurs du conseil des ministres sans papier sont convaincus des multiples avantages qu’il présente.
 
En tête, le ministre de l’économie et des finances, Lucien Bembamba, qui entrevoit déjà l’économie que cela induit dans les dépenses en papier, en impression et en transmission.
 
"En tant que ministre des finances, je ne peux qu’appuyer cette initiative du conseil des ministres sans papier parce que quelque part, cela nous fait réaliser des économies, en terme de papier. Un dossier du conseil des ministres doit être multiplié non seulement par le nombre de ministres, mais il y a aussi leurs collaborateurs et d’autres institutions", a-t-il expliqué à SciDev.Net.
 
Productivité
  
Mais l’élément qui semble le plus motiver le gouvernement burkinabé est la performance de l’administration.
 
Pour la ministre de l’éducation nationale et de l’alphabétisation, Koumba Boli, "c’est très utile parce qu’on gagne du temps. On est au même niveau d’information en temps réel", affirme-t-elle.
  
D'autres encore, à l'instar du ministre du Commerce, insistent sur la sécurisation des informations qui circulent sur la plateforme.
 
"Il faut que nous travaillions à la maitrise des outils mais le point qui me préoccupe surtout, c’est que l’on assure la sécurité  et la fluidité dans le réseau.  Parce que si le réseau  n’est pas fluide, si la bande passante n’est pas suffisante, nous serons confrontés à des difficultés. Il faut donc que le ministère de l’économie numérique travaille à augmenter les capacités et à faire en sorte que la sécurité soit optimale aujourd’hui au niveau de cette plateforme", affirme notamment Arthur Abandon.
 
Des inquiétudes que balaie du revers de la main le ministre de l’économie numérique et des postes, qui assure que la sécurité est garantie dans cette plateforme e-conseil des ministres.
 
"D’abord, explique-t-il,  parce que la plateforme est gérée à partir d'un système intranet. Donc à partir d’internet, on ne peut pas avoir accès à la plateforme e-conseil des ministres. Et même quand vous êtes dans l’intranet, pour accéder à la plateforme, il faut disposer d’un appareil qui est autorisé parce que enregistré au préalable. Même un ministre avec son mot de passe ne peut pas accéder à la plateforme avec un autre appareil. Enfin, il faut avoir un mot de passe complexe".
 
Sécurité
 
Les techniciens du ministère de l’économie numérique sont aussi confiants que leur ministre et expliquent que pour accéder à la plateforme e-conseil, il faut être dans le RESINA - le Réseau Informatique National), disposer d’un ordinateur préalablement enregistré dans l’annuaire des postes autorisés à accéder à la plateforme et disposer bien sûr d’un compte et d’un mot de passe valides.
 
En outre, les transactions électroniques concernant la plateforme sont cryptées et signées électroniquement, grâce à une infrastructure PKI (Public Key Infrastructure).
 
Au nombre des autres points forts de cette plateforme, ses concepteurs relèvent l’instantanéité des communications, qui induit des gains de temps dans la transmission. Il y a aussi la traçabilité des opérations, grâce à laquelle toute opération réalisée sur la plateforme e-conseil des ministres est authentique et son acteur unique identifié, de même que les autres paramètres de l’opération (date, heure, etc.)
 
Malgré les assurances du ministre du développement de l’économie numérique et de ses techniciens, des écueils existent toutefois, qui pourraient freiner la mise en œuvre de ce projet, tels que les coupures de courant fréquentes à Ouagadougou, les changements fréquents de collaborateurs des ministres ou les résistances au changement des acteurs concernés dans l’administration. Mais le défi majeur est d’accroître au niveau de l’administration publique, la capacité à absorber et à adopter les technologies de l’information et de la communication.
 
"Nous devons donner à notre administration des possibilités d’être plus performante car c’est bien que nous travaillions en conseil des ministres avec ces instruments, mais il est certain qu’au niveau de chaque ministère, il faut qu’avec les directeurs, les conseillers, ce système soit mis en place pour permettre de donner de meilleurs résultats au travail gouvernemental et cela ne peut pas s’organiser seulement à notre niveau. Il faut que progressivement à partir des ministères, nous puissions faire rayonner ces instruments de progrès vers tous les travailleurs de l’administration d’Etat. C’est à nous de donner l’exemple", a affirmé le président Blaise Compaoré.
 
Les ministres ont pour leur part fourni les efforts nécessaires pour se mettre à niveau. La séance expérimentale d'e-conseil des ministres a été précédée de nombreuses sessions de formation qui vont d’ailleurs se poursuivre jusqu'à ce que tous les membres du gouvernement maitrisent l’utilisation de la plateforme.
 
"Nous avons demandé un délai d’un mois pour pouvoir prendre en compte l’ensemble de ces suggestions et recommandations et pour pouvoir organiser des sessions de formation plus approfondies et plus personnalisées, allant jusqu'à la signature électronique et à l’archivage des dossiers, au profit des ministres par groupes de cinq ou six", a expliqué Jean Couldiati à SciDev.Net.
 
Très prudent, le président Compaoré a autorisé le ministre du développement de l’économie  numérique à prendre le temps qu’il faut, pour s’assurer que tout va bien.
 
"Au bout de la formation personnalisée, nous allons faire des conseils des ministres mixtes, avec et sans papier. C'est-à-dire que nous travaillons en e-conseil, mais pour ne pas déranger ceux qui ne seront peut-être pas à jour de leur formation, ils auront le papier a cote.

Et au bout de trois ou quatre conseils des ministres mixtes, on basculera totalement dans le conseil des ministres sans papier intégral", indique Jean Couldiati.
 
D’après le calendrier du ministre du développement de l’économie numérique, la première session d'e-conseil des ministres intégral devrait se tenir le dernier mercredi du mois de mai.
 
Rendez-vous est pris donc pour le 28 mai 2014.


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