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Le recours au secret par les entreprises kenyanes risque de freiner l'innovation
  • Le recours au secret par les entreprises kenyanes risque de freiner l'innovation

Lecture rapide

  • Il est rare que les entreprises prennent des brevets ou utilisent le droit de la propriété intellectuelle

  • Ceci est peut-être dû au fait qu’elles pensent que les brevets seront difficiles à obtenir ou à faire respecter

  • La recherche en collaboration avec des universités s’en ressent

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[GENEVE] Les entreprises kenyanes recourent au secret plutôt qu'aux brevets pour protéger leurs précieuses idées et innovations, d’après les résultats préliminaires d'une étude menée par la Banque mondiale, qui souligne que la pratique entrave la collaboration et la créativité dans le pays.

Les résultats ont été présentés le mois dernier (19-21 mars) lors d'une réunion d'experts en innovation organisée par la Conférence des Nations unies sur le commerce et le développement (CNUCED), en Suisse.

Pedro Mendi, chercheur en économie de l'innovation à l'Université de Navarre en Espagne, a déclaré lors de la réunion que ses résultats préliminaires indiquent que les entreprises kenyanes utilisent "très rarement" le droit de la propriété intellectuelle (PI) pour protéger leurs idées, et que les brevets étaient "presque inexistants".

"La conséquence de ces secrets commerciaux est qu’on collabore très rarement", a déclaré Pedro Mendi. "Le résultat est que les entreprises ne collaborent pas beaucoup avec les universités - elles sont très repliées sur elles-mêmes".

Pedro Mendi y voit une entrave à la recherche en collaboration entre les entreprises et les universités.

“La conséquence de ces secrets commerciaux est qu’on collabore très rarement.”

Pedro Mendi, Université de Navarre


Pour l'étude, Pedro Mendi a sondé 310 entreprises au Kenya. Il a utilisé 'l’enquête communautaire sur l'innovation', qui est utilisée depuis plusieurs décennies comme un modèle pour mesurer l'innovation en Europe.

Mais parce que ces enquêtes peuvent être peu fiables dans un contexte de pays en développement, il a modifié légèrement la méthodologie, en remplissant les questionnaires après avoir eu des entretiens avec les entreprises. Il a également ajouté des questions pour prolonger certains thèmes. Par exemple, il a posé des questions sur le pourcentage d'employés possédant un diplôme ainsi que sur le niveau d’instruction des directeurs des entreprises.
 
Ses résultats ont confirmé bon nombre des conclusions de Xiaolan Fu, chercheuse de l'Université d'Oxford, au Royaume-Uni, qui a récemment mené une étude pilote sur l’innovation au Ghana. A l’instar de Xiaolan Fu, Pedro Mendi a considéré une activité comme 'novatrice' si elle est nouvelle pour l'entreprise, plutôt qu’une idée totalement nouvelle. En utilisant ce critère, il a constaté, comme Xiaolan Fu, que l'innovation était florissante dans le pays objet de l'étude.
 
Pourtant, cette image prometteuse de départ  masquait une grande complexité. Pedro Mendi a déclaré à SciDev.Net qu’il y avait des doutes sur la "qualité" de ces innovations. Son enquête portait sur les activités d'innovation, mais selon lui il était difficile de déterminer dans quelle mesure une innovation était réellement nouvelle.
 
"Nous devons vraiment travailler sur une nouvelle génération d'enquêtes qui nous permettraient de nous faire une meilleure idée de la position des innovations par rapport à la frontière de la technologie", ajoute Pedro Mendi.
 
Le chercheur souligne aussi l'utilisation limitée des brevets et du droit de la propriété intellectuelle. Pedro Mendi laisse entendre que cela peut être en partie dû au fait que les entreprises pensent que les brevets seront difficiles à faire respecter et en partie au fait que certaines de leurs innovations - par exemple de nouvelles méthodes de travail dans l’industrie des services - peuvent être difficiles à décrire concrètement, et par conséquent difficiles à faire breveter.
 
Victor Nzomo, avocat et spécialiste de la propriété intellectuelle basé au Kenya, déclare à SciDev.Net que "les Kenyans n’ont pas encore proposé des publications de base qui aideraient le mwananchi [citoyen] ordinaire à comprendre comment le système de PI fonctionne et comment y accéder". Il soutient que le manque d'expertise juridique et de financement chez les entreprises kenyanes rend les brevets problématiques pour elles.
 
Lors de la réunion, Pedro Mendi a déclaré que le but ultime de son étude était d'essayer de proposer des mesures d’orientation politique qui pourraient soutenir l'innovation. En raison de la faiblesse qu’il a identifiée des liens entre les entreprises et les universités, il a fait savoir que le gouvernement pourrait devoir servir d’intermédiaire entre les deux parties.
 
Xiaolan Fu, qui prenait également part à cette réunion, a approuvé cette idée. Au cours de son enquête au Ghana, elle a demandé aux innovateurs qu’elle avait déjà identifiés comme n’ayant pas de liens avec les universités, pourquoi tel était le cas. Selon elle, ils auraient répondu : “les universités ne s’intéressent tout simplement pas à nous".

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