Rapprocher la science et le développement

  • L’USAID redouble d’efforts dans le domaine de la science

L’Agence américaine pour le développement international (USAID) vient d’accroître son assistance dans le domaine de la science, en ouvrant des ‘laboratoires de développement’ dans de grandes universités.

L’Agence américaine pour le développement international (USAID) accorde désormais une place de choix à la science dans ses activités, avec pour finalité de mettre la science et la technologie (S&T) au cœur de la politique américaine d’aide au développement.

Dans ce contexte, l’annonce la semaine dernière de la création d’un lien direct entre le bureau science et technologie de l’USAID et l’administrateur de l’organisation devrait contribuer à faire de la S&T une priorité au sein de l’agence.

‘C’est ici [le signe de] l’engagement résolu pris par l’USAID, suite à l’appel du Président Barack Obama, de redonner à la science la place qu’elle mérite et de renforcer le rôle de l’USAID comme agence technique’, explique Alex Dehgan, conseiller scientifique et technologique auprès de l’administrateur de l’USAID, dans un entretien accordé à SciDev.Net.

‘Nous voulons repousser les frontières du développement grâce à la science et à la technologie, et passer d’un simple changement graduel à une véritable transformationdans  notre façon de travailler’, précise-t-il.  ‘Nous voyons en cela une véritable grande opportunité de remettre la science et la technologie au cœur des activités de l’USAID’. 

Grâce à cet accès direct à l’administrateur, le bureau S&T n’aura plus besoin de passer par la hiérarchie de l’agence pour faire avancer les questions techniques, souligne Dehgan.

La semaine dernière, l’USAID a également annoncé la création du Réseau des solutions universitaires (Higher Education Solutions Network ou HESN), constitué de sept grandes universités américaines et étrangères, ‘conçu pour élaborer des solutions novatrices aux défis mondiaux du développement’.

Ces universités, avec 98 autres partenaires disséminés dans le monde, ont été choisis parmi 500 candidatures provenant de plus de 33 pays sur la base de leur capacité à travailler dans l’un ou plusieurs de trois domaines - l’accès aux données, l’évaluation des technologies et l’incubation de l’innovation - que l’USAID juge comme constituant des éléments clés d’un développement réussi.

Chaque université se dotera ‘de laboratoires de développement’ pour ‘résoudre des problèmes cruciaux dans des domaines comme la santé mondiale, la sécurité alimentaire ou les conflits chroniques’. Ainsi, l’université de Makerere en Ouganda, la seule des sept universités basée hors des Etats-Unis, mènera les efforts de renforcement de la résilience des communautés africaines face aux contraintes naturelles et politiques.

Dans le même temps, le Massachusetts Institute of Technology (MIT) commencera à publier des ‘rapports de consommateurs’ pour permettre aux décideurs et aux donateurs d’évaluer la technologie la plus susceptible de répondre efficacement aux besoins des bénéficiaires.

La cagnotte initiale de US$ 26 millions pourrait atteindre US$ 130 millions de dollars sur cinq ans, si le soutien des deux partis politiques représentés au Congrès américain perdure ; un financement supplémentaire sera apporté par les principaux partenaires et les universités.

Selon Thomas Kalil, responsable de la politique scientifique et technologique de la Maison- Blanche, le réseau HESN vient s’ajouter au nombre croissant des projets de l’USAID qui permettent le renforcement des capacités scientifiques de l’Agence.

Il constate également que le Réseau compte actuellement 54 membres issus de l’Association américaine pour l’avancement de la science (AAAS), alors qu’il n’en comptait que cinq en 2007.

Pourtant, hors des cercles gouvernementaux, il règne un certain scepticisme sur cette initiative.

G. Pascal Zachary, membre du Science and Policy Outcomes Consortuim de l’Université de l’Etat de l’Arizona et spécialiste des liens entre la technologie et le développement, estime que les politiques de l’USAID sont ‘dépassées’, et remet en cause les performances de l’Agence dans le domaine de la science au service du développement.

A un moment où les Etats-Unis ont du mal à trouver des solutions à leurs propres problèmes éducatifs et infrastructurels, on peut se demande quelle expertise ce pays peut apporter au reste du monde quant il ne parvient pas à subvenir à ses propres besoins’, s’est-il interrogé dans un entretien accordé à SciDev.Net.