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  • La résistance à l'artémisinine, réalité ancienne thaïlando-birmane

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Une nouvelle étude montre que la résistance des parasites à l’artémisinine, un traitement de première ligne contre le paludisme, a émergé le jour le long de la frontière entre la Thaïlande et la Birmanie il y a au moins huit ans, menaçant ainsi les efforts de réduction de l’incidence de cette maladie dans le monde.

La résistance à d’autres traitements clés contre cette maladie a émergé au Cambodge pour se répandre dans le reste de l’Asie et en Afrique sub-saharienne, faisant des millions de morts. Les chercheurs doivent donc établir si les parasites résistants à l’artémisinine identifiés au Cambodge seraient en train de se répandre de la même façon.

Les chercheurs ont analysé les taux auxquels les parasites du paludisme ont été éliminés des organismes des patients qui, entre 2001 et 2010, ont reçu un traitement oral d’artémisinine dans des cliniques le long de la frontière nord-ouest de la Thaïlande.

Dans un article publié la semaine dernière (5 avril) dans The Lancet, ils concluent à une baisse constante des taux d’élimination des parasites dans le sang pendant la durée de l’étude, une indication claire d’une hausse de la résistance à l’artémisinine, phénomène qui a émergé il y a au moins huit ans, et qui progresse à une vitesse telle que le niveau de la résistance au Cambodge sera atteint d’ici les six prochaines années.

Toutefois, ils indiquent qu’ils n’ont pas été en mesure d’établir si les parasites résistants ont émergé indépendamment le long de la frontière entre la Thaïlande et le Myanmar, ou s’ils proviennent du Cambodge. Quoiqu’il en soit, ils estiment que c’est la conséquence directe des stratégies  actuelles d’endiguement et de lutte contre la maladie.

Pour Tim Anderson, généticien à l’Institut de recherche biomédicale du Texas aux Etats-Unis et co-auteur de l’étude, ‘le plus important est que la résistance à l’artémisinine n’est pas circonscrite à un lieu précis du Cambodge et qu’elle est plus répandue, en réalité. Par conséquent, les stratégies de lutte [contre la maladie] doivent être véritablement repensées’.

Dans un commentaire accompagnant l’article paru dans The Lancet, Anne-Catrin Uhlemann et David Fidock de l’Ecole des médecins et chirurgiens de l’Université Columbia aux Etats-Unis affirment que c’est tout particulièrement le cas au Myanmar où les infrastructures de santé publique sont insuffisantes.

‘Si la résistance à l’artémisinine se propage au-delà de la zone limitée où elle a été identifiée, ce sera une catastrophe de grande ampleur’, estime Martin de Smet, président du groupe de travail sur le paludisme de Médecins sans Frontières, dans une interview accordée à SciDev.Net.

Il a lancé un appel en faveur du renforcement des interventions en Asie, et à mettre plus d’accent sur la prévention de l’émergence de la résistance à l’artémisinine en Afrique.

Dans une autre étude parue le même jour dans Science, la zone clé du génome où se développe la résistance à l’artémisinine a été identifiée.

Des chercheurs ont analysé le génome de 91 parasites du plasmodium falciparum au Cambodge, au Laos et en Thaïlande. Ils ont trouvé des preuves d’une forte sélection évolutive dans 33 zones du génome du parasite.

Ils ont évalué ces régions relativement aux taux d’éradication du parasite chez les patients thaïlandais ayant reçu une traitement entre 2001 et 2010. Deux zones adjacentes du chromosome 13 affichent une forte corrélation avec des niveaux réduits d’élimination.

La prochaine étape consiste à identifier les mutations précises responsables de la résistance, selon Ian Cheeseman, auteur principal de l’étude.

Ceci nous permettra de comprendre comment la résistance se propage en Asie du sud-est et peut-être dans le monde, et comment l’endiguer’, explique-t-il à SciDev.Net.

Cela pourrait aussi permettre de mieux comprendre l’action du médicament. ‘Si nous arrivons à la comprendre, nous serions alors mieux à même de modifier le médicament pour en restaurer l’efficacité,’ ajoute-t-il.

Lien vers l’article paru dans Science

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