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CMJS : A quand le tour de l’Afrique ?
  • CMJS : A quand le tour de l’Afrique ?

Crédit image: Flickr/CIFOR

Lecture rapide

  • Les lacunes africaines en matière de collecte de fonds expliqueraient l’échec de la candidature du continent à l’organisation de la Conférence mondiale 2015

  • Et pourtant, elle a ce qu’il faut – grands centres de conférences, hôtels et excellents organisateurs d’événements

  • Elle doit améliorer sa capacité à collecter des fonds et organiser un événement scientifique phare pour prouver qu’elle est à la hauteur.

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L’Afrique dispose des infrastructures d’accueil, mais elle doit améliorer la gouvernance de ses associations et leurs capacités en matière de collecte de fonds, soutient Diran Onifade.
 
En juin dernier, le Kenya et l’Afrique du Sud ont été surpris et déçus à l’annonce de la victoire de la candidature coréenne à l’organisation de la prochaine Conférence mondiale des journalistes scientifiques (CMJS 2015).
 
Je ne l’ai pas été moins.
 
Mais nous avons accueilli cette déception avec calme, probablement parce que, pour expliquer leur choix, les organisateurs se sont cantonnés à « l’excellence du contenu du programme sud-coréen », un jugement qui, en définitive, relève de leurs seules prérogatives.
 
Evidemment, mon jugement est partial.

Entre 2004 et 2009, j’ai été successivement secrétaire, vice-président de la Fédération mondiale des journalistes scientifiques (FMJS), et cheville ouvrière du lancement de ses activités en Afrique lorsque ni le SjCOOP – le programme de mentorat par les pairs en journalisme scientifique de la Fédération –, ni aucune association de journalistes scientifiques n’existait sur le continent.
 
En tant que président de la Fédération africaine des journalistes scientifiques, j’ai été témoin de l’émergence des journalistes scientifiques et de leurs associations en Afrique et je comprends mieux leurs difficultés.

Je souhaite le meilleur à la Fédération mondiale et à l’Afrique.
 
 
Raisonnement à controverse

 
Pourquoi l’organisation de la prochaine Conférence mondiale a-t-elle été confiée à la Corée? Selon ScienceAfrica, une publication basée à Nairobi, Vesa Niinikangas, président sortant de la Fédération mondiale, aurait déclaré que la candidature coréenne a été retenue parce qu’elle émanait d’une association forte, soutenue par de grands mécènes, dotée d’un bon programme et capable de s’acquitter de la lourde responsabilité d’abriter cet événement.
 
S’il en était resté là, il n’y aurait pas eu de problème – mais Niinikangas a également évoqué deux autres motifs à controverse qui avaient des relents d’excuses.
 
D’une part, il a estimé que les associations kényanes sont trop jeunes pour organiser la conférence.

Un argument qu’on peut balayer d’un revers de la main, puisque l’Association des journalistes scientifiques arabes n’a été fondée qu’en 2006, mais on lui a néanmoins confié l’organisation de la Conférence mondiale 2011 initialement prévue au Caire, qui s’est finalement tenue à Doha au Qatar, à cause de la révolution égyptienne.
 
D’autre part, il a invoqué un autre motif tiré la composition raciale de l’équipe qui défendait la candidature sud-africaine.

Ce qui témoigne de sa méconnaissance des mutations qu’a connues la « nation arc-en-ciel » depuis la sortie de Nelson de la prison de Robben Island. 
 
Pour illustrer mon propos, je prendrais l’équipe nationale de football d’Afrique du Sud qui est presqu’entièrement composée de joueurs de race noire, alors que celle de rugby ne comprend presque pas de joueurs de couleur. Mais, les Sud-africains soutiennent les deux équipes en tant qu’une seule nation.

C’est ainsi que fonctionne cette société en mutation et il serait malavisé pour les organisations internationales régissant les sports concernés de dicter la couleur des joueurs alignés sur le terrain. La WFSJ est une fédération mondiale et devrait comprendre que c’est ainsi que le monde fonctionne. 
 
 
L’heure de l’Asie

 
Intéressons-nous à présent à ce que je considère comme étant les véritables raisons de la victoire sud-coréenne.
 
Avant le lancement du programme de mentorat SjCOOP en 2006, il n’existait presque pas de journalisme scientifique sérieux sur le continent africain.

Aujourd’hui, on y recense des associations assez audacieuses pour se porter candidates à l’organisation de la Conférence mondiale.

La Fédération mondiale a probablement beaucoup fait pour l’Afrique pour se tourner désormais vers l’Asie.

“Que les journalistes scientifiques africains organisent une vraie conférence panafricaine qui servira de vitrine au continent.”

Diran Onifade, AfricaSTI.com

Une partie du raisonnement ayant sous-tendu le choix de la Corée du Sud tiendrait au fait que l’Afrique doit d’abord tirer le meilleur parti des avantages qu’offre la SjCOOP pour être considérée comme assez mûre pour la scène mondiale.
 
L’argent a aussi toute son importance. La conférence est une source de revenus pour la Fédération mondiale.

La candidature coréenne semble également être une manne parce qu’elle a reçu le soutien du président de Samsung, du directeur de LG Electronics, ainsi que d’autres multinationales.

L’appui de ces grosses entreprises augure d’un bel avenir pour les conférences mondiales – et pour la Fédération mondiale.
 
Cela dit, l’Afrique a pourtant tout ce qu’il faut pour accueillir la Conférence mondiale, même si le monde tarde à se rendre compte de la transformation.
 
Comme le dit As Lynne Smit, présidente de la candidature sud-africaine, « au fil des ans, j’ai compris qu’être Africain est un peu comme être une femme : vous devez être meilleur que tout le monde pour prouver votre valeur ».

 
D’excellentes infrastructures


Par exemple, l’Afrique est aussi capable de collecter des fonds.

Même si le monde continue à faire une fixation sur les images de faim, le continent dispose de grandes salles de conférence et de grands hôtels, ainsi que d’excellents organisateurs d’événements.
 
Depuis Montréal 2004, j’ai pris part à toutes les Conférences mondiales et, hormis la Cité de l’éducation à Doha, aucune salle ayant accueilli cet événement ne peut rivaliser en termes de grandeur et de capacités avec le Centre de congrès de Sandton à Johannesbourg, la Commission économique des Nations Unies pour l’Afrique à Addis-Abeba ou le Programme des Nations Unies pour l’environnement à Nairobi au Kenya. 
 
En outre, la Conférence sur la communication publique de la science et de la technologie (PCST), conférence sœur de la Conférence mondiale des journalistes scientifiques, s’est déjà tenue au Cap en Afrique du Sud.
 
Nombre de pays africains ont maintenant des associations de journalistes scientifiques, en plus de la Fédération africaine des journalistes scientifiques.
 
Il reste une dernière chose à faire : nous devons mettre de l’ordre dans notre maison afin d’améliorer la gouvernance de nos associations. Elles doivent être renforcées en tant qu’organisations au lieu d’être l’affaire d’un seul individu.

Et il faut consacrer davantage de temps et de ressources au réseautage au niveau régional pour contribuer à l’identification de donateurs et des conférenciers sur le continent, et mener plus d’activités ensemble.
 
Nous devons surtout développer notre capacité à collecter des fonds et à rédiger des demandes de subventions.

Les fonds ne manquent pas, mais souvent les techniques pour persuader les donateurs et les entreprises à nous les donner font défaut.
 
Nous frisons aussi souvent le ridicule quand une association nationale tient une simple réunion et la baptise pompeusement « Conférence africaine ».

A la fin de l’année dernière, trois associations nationales ont organisé de telles réunions dont le contenu, les conférenciers et les participants n’avaient rien de panafricain.
 
Que les journalistes scientifiques africains organisent une vraie conférence panafricaine qui servira de vitrine au continent.

Montrons au reste du monde que l’Afrique qui a organisé une Coupe du monde avec succès, peut accueillir une conférence regroupant moins de 1000 participants.

 


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